Lize Spit, étoile montante des lettres flamandes
Ses romans embarquent le lecteur dans des parcours de vie atypiques.

- Publié le 28-03-2023 à 09h00

Entre Bruxelles et Ostende, son cœur balance. Lize Spit aime les embruns de la mer du Nord autant que son pied-à-terre dans la capitale. Elle nous a donné rendez-vous dans son appartement plein de livres, situé au cœur du "triangle du textile de Cureghem". Dans les années septante, un entrepreneur juif avait lancé dans ce quartier proche de la gare du Midi un commerce de gros dans l'habillement.
De son adolescence, Lize Spit, native de Viersel (1988), en Campine anversoise, a gardé quelque chose dans sa présence enjouée et sa façon de se vêtir. La jeune femme au chignon soigne son look. Sa spontanéité désarmante et l'impression qu'elle donne d'être émerveillée de tout séduisent.
Lize Spit s'est fait connaître du grand public en 2016 avec Het Smelt ! ( Débâcle ), un livre qui lui valut un déluge d'éloges. Son roman choc a été traduit en seize langues. Rien que l'édition néerlandaise s'est écoulée à… 250 000 exemplaires. En 2020, la sortie en français de son best-seller chez Actes Sud avait connu un écho retentissant. Un succès prolongé grâce à l'adaptation au cinéma par la réalisatrice et actrice Veerle Baetens. Le film devrait sortir dans les salles en octobre prochain.
Les gros mots de son père
L'écrivaine a quitté sa Campine natale en 2005. Cette année-là, elle s'inscrit à l'école RITCS (Royal Institute for Theatre, Cinema and Sound), de la rue Dansaert. Aujourd'hui, elle y enseigne l'écriture littéraire après avoir donné des cours à Saint-Luc (LUCA, School of Arts). Enfant et adolescente, l'écrivaine a connu des moments difficiles à la maison. Aujourd'hui, elle vit tous les événements au présent et, en ce sens, elle prend aussi le recul nécessaire par rapport à ses personnages.
"Spit n'est pas un pseudonyme, c'est mon patronyme. Mon père est de nationalité néerlandaise. Mon nom de famille est plus répandu aux Pays-Bas qu'il ne l'est en Flandre. Ma mère a grandi en Flandre occidentale. À la maison, on parlait le néerlandais standard, pas le patois. Sauf quand mon père se mettait en colère… alors il reprenait son accent hollandais. C'est grâce à lui que j'ai appris un grand ombre de gros mots à consonance hollandaise", explique-t-elle.
Lize Spit a grandi dans une famille de quatre enfants. Ses parents étaient souvent absents. Sa seule planche de salut était la bibliothèque communale du village. "Quand j'étais enfant, j'ai toujours voulu coucher sur le papier ce qui n'allait pas", se souvient-elle. L'autrice de Je ne suis pas là, qui vient de paraître en français, a aussi gardé un lien avec le Chiro local, le mouvement de jeunesse de son patelin où elle s'était engagée et qui était un peu sa deuxième famille. Enfant, elle écrivait déjà des lettres truffées de métaphores à sa maîtresse d'école. Lize avait un énorme besoin de confier sa solitude, ses soucis. Écrire était pour elle un acte essentiel, dont elle a fait un artisanat. "J'aime le travail bien fait. J'ai besoin d'avoir des journées structurées. Et après le repas du soir, souvent, je continue à écrire, quelquefois toute la nuit, si je me sens portée par de bonnes ondes."
Rituels du dimanche matin
"Mes débuts n'ont rien de spectaculaire. J'ai commencé par publier des poèmes dans des revues littéraires. J'ai ensuite participé à un concours d'écriture, et remporté un premier prix. Dans un petit village, on se scrute en permanence, on se compare à tout bout de champ, ce qui peut mener à une insatisfaction chronique", observe la jeune femme. En 2006, elle s'installe à Bruxelles, où elle vit de sa plume et des cours qu'elle donne au RITCS.
Très vite, le monde des lettres en Flandre et aux Pays-Bas s'est intéressé à cette jeune autrice "mondialement connue en Flandre", mais dont l'œuvre touche maintenant aux rives d'une reconnaissance plus large. Elle avoue un fort penchant pour certains rituels flamands qui rythment ses journées. Soit de délicieux petits plaisirs de sa Flandre natale qu'elle aime perpétuer aujourd'hui. Ainsi, le dimanche matin, elle savoure son pistolet tigre à l'américain préparé. Ses auteurs favoris ? "Goh… il y a Tommy Wieringa, Judith Hertzberg, la poésie d'Hugo Claus et de Wisława Szymborska… et aussi l'écrivain néerlandais Rob van Essen, qui est aujourd'hui mon compagnon. Avant de le connaître, je l'admirais et je dévorais ses livres", lance l'autrice qui a 25 ans de moins que son partenaire.
De eerlijke vinder est une nouvelle qui vient de paraître à l'occasion de la Semaine du livre aux Pays-Bas et en Flandre. Le tirage est exceptionnel : un demi-million d'exemplaires. Ses lecteurs se réjouiront d'apprendre qu'elle est en train d'écrire un nouveau roman, à paraître en 2024 en néerlandais. Il s'agira cette fois d'une autobiographie, dans laquelle elle parlera de sa mère qui souffre d'un cancer. "Il ne me reste plus qu'à couler l'histoire dans son moule définitif."
-> À la Foire du livre : Lionel Shriver et Lize Spit en conversation. Le samedi 1er avril, à 16h, sur la Scène Fahrenheit (Maison de la Poste).