Une structure criminelle à deux ou à trois étages?
- Publié le 24-06-2001 à 00h00
ANALYSE
On imagine une structure à trois étages: tout au-dessus, deux tueurs, connus et condamnés; au milieu: les organisateurs, qu'il faut trouver parmi les inculpés, pense la justice; en dessous, encore tapi (s) dans l'ombre, le ou les commanditaire (s). Ou bien n'y a-t-il que deux niveaux, l'organisation matérielle des faits se confondant, dans les personnes, avec la commandite? A vrai dire, les deux sont pensables. Car on ignore l'essentiel: le mobile du crime.
S'agissait-il, en tuant le leader socialiste et comme c'est maintenant supposé par la justice, de favoriser les intérêts de la "mouvance Van der Biest" (MM. Taxquet et Di Mauro étaient à son service) ? Peut-être.
Mais on peut aussi ne pas y croire dur comme fer, car la réalité a montré que l'ancien député-bourgmestre de Grâce-Hollogne et son entourage n'ont rien gagné à la mort de Cools, même avant le temps des soupçons. En revanche, s'il est vrai qu'on ne peut rejeter des évidences factuelles (comme les aveux de Castellino ou ceux des tueurs), on ne peut pour autant rejeter les scénarios qui intègrent ces éléments à une commandite de type "3 étages". De fait, on peut établir certains ponts entre différents scénarios.
Par exemple, un codétenu de "Mimo" Castellino a affirmé, en Italie (LLB du 27/5/99), que celui-ci lui avait avoué que le mobile était lié à l'affaire Agusta. Vrai? Faux? M. Castellino l'a démenti, mais après que son accusateur soit lui-même décédé après avoir parlé à la justice de son pays. Autre exemple: le 29 janvier 1999, à Liège, un membre de la famille Uhoda en accusait un autre d'avoir tenu des propos très menaçants à l'égard d'André Cools, avant sa mort (LLB 19/2/99). Or, d'une part, Gabriel Uhoda et son épouse connaissent bien Alain Van der Biest (ils ont été condamnés ensemble pour détournement de fonds publics) et, d'autre part, on n'exclut plus qu'un autre inculpé ait eu des relations, ignorées jusqu'il y a peu, avec M. Uhoda. Bien sûr, même si ceci était vrai, cela ne suffirait pas à tout expliquer. Néanmoins, ces exemples montrent qu'on ne peut exclure le principe d'une commandite externe aux inculpés.
Mais peu importe: les proches d'André Cools souhaitent ardemment que ces inculpés soient jugés et on peut les comprendre, après que tant de temps se soit écoulé. De même, le ministère public souhaite qu'on aille désormais directement au procès (prévu au mieux pour 2002). Il se dit, au palais de justice, qu'on compte sur la pression engendrée par le risque de peines sévères pour délier les langues.
Las: cet espoir paraît hypothétique, quand on constate quel silence la plupart des suspects ont observé, jusqu'ici.
© La Libre Belgique 2001
