Les projets krishnas inquiètent Septon

Depuis leur installation dans le château de Petite-Somme, rebaptisé Rhadadesh en sanskrit, la communauté krishna n'a soulevé que très peu de vagues et a réussi à maintenir une relative bonne entente avec les autorités communales et les villageois. Un travail qui pourrait voler en éclats à la suite de l'inquiétude que suscite l'introduction d'un permis de bâtir.

PAR PASCAL DE GENDT
Les projets krishnas inquiètent Septon
©Johanna de Tessières

REPORTAGE

A la limite des provinces de Luxembourg et de Namur, le village de Septon, à quelques kilomètres de Durbuy, offre un paysage valonné recouvert de blanc. Un élément attire immanquablement le regard, le château de Petite-Somme et le soleil doré dressé au-dessus d'une des tours. Il n'attire d'ailleurs pas que les regards mais également de nombreux visiteurs puisqu'annuellement, ils sont environ 40 000 à venir visiter le temple Radhadesh de la communauté krishna. Un nom qui depuis son apparition en Occident, en 1965, lorsque l'Indien Abday Charan De débarqua aux Etats-Unis pour y faire connaître le message de Krishna, a toujours suscité la curiosité.

Depuis 1979, les habitants de Septon, et alentours, vivent donc, plutôt en bonne entente, aux côtés de ces curieux voisins qui occupent le domaine d'environ 45 hectares. Du moins, jusqu'à ce que les dévots de Krishna achètent également des terrains en-dehors de ce domaine, juste en face de la route, à quelques dizaines de mètres en fait. Si la première parcelle de terrain achetée, pour y construire une maison destinée à accueillir Martin Gurvicius (Mahaprabhu-das), le vice-président de l'asbl Radhadesh, sa femme, son futur enfant et sa belle-mère, fit quelques mécontents, la polémique qui secoue actuellement l'entité vise une construction autrement plus ambitieuse.

D'après un coup d'oeil jeté sur les plans de construction, la communauté krishna a introduit, en décembre 2001, une demande de permis de bâtir pour réaliser un bâtiment en T d'environ 30 mètres de façade et 100 mètres de long destiné à abriter une bibliothèque, cinq classes d'étude et 26 studios d'habitation. Une demande introduite, non pas par l'asbl locale mais par la Bhaktivedata Library services, chargée de répandre la littérature védique (les Veda sont les livres sacrés de l'hindouisme) et de construire des bibliothèques où elle sera étudiée. L'enquête publique s'est terminée lundi dernier et, à la demande des deux parties, l'échevin de l'Urbanisme, Yves-Marie Renard, va proposer au collège échevinal de recevoir les villageois inquiets (qui ont notamment demandé un moratoire en matière de permis de bâtir pour l'asbl Rhadadesh) et les dévots de Krishna dans les semaines qui viennent, afin qu'il puisse prendre position avant la fin du mois. Ensuite, la procédure suivra son cours.

CONCILIATION

Tant du côté de l'échevinat de l'Urbanisme que du côté krishna, on croit cependant à la conciliation. Mahaprabhu-das nous a ainsi expliqué que la communauté était "prête à changer d'emplacement pour la bibliothèque. Nous ne voulons pas en faire une guéguerre. Si la commune est d'accord, on peut réfléchir à concrétiser ce projet à l'intérieur des limites de notre domaine.´

Tempête dans un verre d'eau? En fait, l'inquiétude des villageois récalcitrants ne semble pas uniquement liée à ce projet de construction. Dans leur lettre ouverte, ils demandent également aux autorités locales de prendre une position claire par rapport à la philosophie krishna. En clair: est-il acceptable d'accueillir sur le territoire une communauté reprise dans le tableau synoptique des mouvements sectaires se trouvant dans le rapport d'enquête parlementaire consacré à cette question?

On touche là à un problème bien plus profond qu'une simple dispute urbanistique.

© La Libre Belgique 2001

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