À Velaine, on ne perd pas le nord
Un village wallon fraternise avec une commune flamande. Ce n'est pas triste...L'opération est très rare dans son genre. Généralement, les"jumelages´ locaux valent de pays à pays.Mais non, il n'y a pas de problème de langue!
- Publié le 28-05-2002 à 00h00
AMBIANCE
M aandag, dinsdag, woensdag... Les jours de la semaine s'égrènent en néerlandais, dans une des historiettes que récitent vingt enfants de primaire, en guise d'accueil. Sous le chapiteau de la ducasse, leurs auditeurs encore un rien coincés reçoivent un café-galettes pour casser un air encore un brin frisquet.
Maandag donc - pardon: lundi - sur le coup de 10 heures, à Velaine-sur-Sambre, village de l'entité de Sambreville, en cette Basse-Sambre attachante, mais parfois insaisissable qui sépare le Namurois du pays de Charleroi. Le Comité des fêtes local se coupe en quatre pour des gens de Kaprijke. C'est"de l'autre côté´, à 140 km. En Flandre orientale, entre Eeklo et la Hollande, dans les polders verts et plats du Meetjesland.
Charte d'amitié
Le langage courant, les dictionnaires, les usages internationaux réservent le terme de"jumelage´ à des localités de pays différents. C'est donc non pas un jumelage, mais une"charte d'amitié´ que s'apprêtent officiellement à signer Velaine et Kaprijke, l'automne prochain. Les uns comme les autres sont persuadés qu'entre localités belgo- belges, c'est une première du genre. Non: on connaît au moins deux autres cas (Jodoigne et Damme, Dinant et Maldegem); mais chut!, on ne va pas leur dire - ils sont si enthousiastes, et tellement persuadés qu'ils vont faire des émules...
L'histoire commence voilà deux ans. Président vitaminé et accrocheur du Comité velainois, Jean-Pol Bruyr découvre Kaprijke à la télé, dans un reportage de la RTBF. Il est séduit, il saute sur son téléphone. Jacques De Meyer, échevin de la Culture à Kaprijke, se souvient: "Je lui ai dit: "Je ne vous connais pas, mais venez une fois.´ Ils sont venus ici. Nous sommes allés là-bas. C'est arrivé naturellement, très spontanément. C'est une véritable fraternisation entre Flamands et Wallons.´
Depuis, notamment, jusqu'à 80 enfants correspondent de part et d'autre. Jeudi dernier, des 3x20 de Kaprijke ont fait le déplacement. Ce lundi donc, c'est au tour du personnel de la commune flamande (fusionnée avec Lembeke, que l'on connaît bien pour ses spéculoos...).
Une culotte du même drap
Après un détour par les châteaux de Balâtre et de Mielmont, sur les terres contiguës de Jemeppe-sur-Sambre, on se retrouve à Auvelais, à l'hôtel de ville de Sambreville, dont les édiles ont pris en marche le train Velaine-Kaprijke. À son homologue sambrien Marcel Fisenne, le maïeur de Kaprijke, Wilfried Blondeel, promet de "donner une culotte du même drap´- traduction littérale d'une expression flamande qui revient à dire qu'on le recevra aussi chaleureusement quand il se rendra dans le Meetjesland.
Retour à Velaine, au bois La Sarthe, pour le deuxième apéro. Le baron de Dorlodot ouvre ses jardins somptueux et sans fin qui toisent la Sambre de haut. Charmes garantis - et on ne pense pas qu'aux arbres. Les 50-60 invités parcourent ses roseraies une flûte de champagne à la main. Expérience pas habituelle, dont la simplicité épate, sincèrement, les hôtes flamands en plein dégel.
La Haute-Meuse, ensuite les Molignée-Maredsous incontournables, et encore le plus rare lac de Bambois suivront. La journée ne finira... qu'en soirée, entre frites et scooters à Velaine.
"On nous regarde´
Mais le problème de la langue? "Pouh! Personne ne comprend tout, mais tout le monde comprend ce qu'il faut, répond Jean-Pol Bruyr. Ce n'est pas un problème. C'est une richesse fondamentale.´ De Meyer ajoute: "Que des Flamands et des Wallons fassent ça, c'est remarquable. Et c'est important. Au début, des Flamands me disaient: "Mais à quoi penses-tu?´ Aujourd'hui, je vois bien qu'on nous regarde!´ Bruyr renchérit: "Il fallait oser. Si tout le monde faisait comme nous, il n'y aurait plus d'extrémistes.´
Au fond...
© La Libre Belgique 2002
A développer, dit Charles Michel On répertorie quelque 8000"jumelages´ internationaux entre localités dans les pays membres du Conseil de l'Europe. Les opérations de ce tonneau ne se réduisent pas forcément à des soirées bibitives, danses folkloriques et déplacements d'édiles... Et les enjeux sont peut-être plus forts entre Belgo-belges qu'entre Belges et étrangers. Ainsi, Charles Michel, le ministre wallon des Affaires intérieures, cherche à encourager des rapprochements entre localités de Flandre et de Wallonie."Ce peut être un enrichissement mutuel très positif, dit-il, à la fois en termes de bilinguisme, de relations économiques et de mauvaise image wallonne à casser en Flandre´. Il n'est pas question de légiférer en la matière - même si on peut relever qu'entre pays de l'Union européenne, un budget peut soutenir des manifestations de jumelages. Le ministre pense plutôt à informer et inciter (mettre à disposition des communes des banques de données, faciliter des échanges scolaires, etc.). On n'exclut pas qu'un accord de coopération entre régions formalise le souhait. (P.P.)
