Machiavel et ses pièges diaboliques

C'en est fini des recherches menées par les démineurs, à Pont-de-Loup. Pont-de-Loup? Cela restera le plus extraordinaire souvenir de plusieurs membres du"Sedee´, le service spécialisé de l'armée

ROLAND PLANCHAR

RÉCIT

C'en est fini des recherches menées par les démineurs, à Pont-de-Loup. Pont-de-Loup? Cela restera le plus extraordinaire souvenir de plusieurs membres du"Sedee´, le service spécialisé de l'armée.

Tout commence le 6 octobre dernier, de façon spectaculaire. Ce dimanche-là, la police découvre le corps sans vie de Louis Dethy, un ancien ajusteur-monteur qui travaillait chez Solvay, à Jemeppe-sur-Sambre. Il vivait seul dans sa maison.

La scène ne laisse pas place au doute: il a eu la carotide sectionnée par un projectile. L'oeuvre d'un malandrin? Nenni, découvrent rapidement les enquêteurs, qui ne remarquent pas de traces d'effraction... Mais pas non plus d'arme sur place! C'est d'abord le mystère. Pas longtemps: en fouillant la maison, les policiers se rendent compte que la victime, qui aurait dû fêter son 80è anniversaire le 5 novembre prochain, avait en réalité truffé sa maison de pièges aussi sournois que machiavéliques, aussi retors que dangereux, dissimulés tantôt dans des meubles, tantôt au sein même des murs, replâtrés pour l'occasion. Toujours, il s'agissait d'armes, mais actionnées ici par d'invisibles fils, là par de discrets leviers... La mise à feu? Elle se faisait le plus souvent en déplaçant, tout simplement, des objets très communs de la maisonnée.

Autant de pièges, cela apparaîtrait dès le lendemain, qu'il destinait à ses propres enfants. Pourquoi? Sans doute un vieux problème d'héritage, passé à côté de lui mais directement à sa descendance, pense celle-ci.

En tout cas, les policiers en sont sûrs: c'est de l'un de ses propres montages infernaux que Louis Dethy a été la victime. Sans doute l'avait-il perdu de vue, parmi ceux qu'il avait préparés. Dix-neuf, au total. Même si, en réalité, il avait projeté d'en réaliser un de plus. Il n'en a pas eu le temps, comme les démineurs l'ont compris mercredi, en découvrant que les pièces nécessaires se trouvaient, éparses, dans la maison.

Comme dans un roman

Un rude travail, pour arriver à cette conclusion, car Louis Dethy, dans son délire (il a par ailleurs été dépeint comme autrement"gentil´), avait rédigé des énigmes, permettant d'identifier chaque piège et de les éviter. Certaines ont aidé les gens du"Sedee´, comme "Treize à la douzaine ´, dont l'interprétation était à chercher dans le film du même nom, et d'autres non. Mais une, en tout cas, les a longuement intrigués. "Les douze apôtres sont opérationnels sur les galets´, dit-elle. Les démineurs, avertis par la famille que l'octogénaire nourrissait une haine corse contre un notaire de Gilly -"impliqué´ dans l'héritage -, entreprennent de fouiller la demeure du notable. Mais la maison - des dizaines d'heures de travail - ne contient rien de spécial. Retour à Pont-de-Loup, pour acquérir, finalement, la certitude que le vingtième piège était le plus inoffensif...

Tout redevient normal. Mais deux équipes de deux démineurs ont dû travailler chaque jour depuis le 6 octobre, en parallèle avec la police locale, pour résoudre les énigmes et achever le roman.

© La Libre Belgique 2002

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