Les trois accusés étaient à Lot
Sale journée mercredi pour Noureddine Cheikhni, Galip Kurum et Hassan Iasir. Les trois accusés doivent répondre devant la cour d'assises de Bruxelles d'un vol avec violence commis à Lot la nuit du 3 au 4 décembre 2007 - un home-jacking chez la famille Sacoor - avec la circonstance aggravante qu'un meurtre a été commis pour assurer leur fuite.
- Publié le 31-03-2011 à 07h05
- Mis à jour le 31-03-2011 à 07h06

Sale journée mercredi pour Noureddine Cheikhni, Galip Kurum et Hassan Iasir. Les trois accusés doivent répondre devant la cour d'assises de Bruxelles d'un vol avec violence commis à Lot la nuit du 3 au 4 décembre 2007 - un home-jacking chez la famille Sacoor - avec la circonstance aggravante qu'un meurtre a été commis pour assurer leur fuite. Les bandits n'ont pas hésité à tirer à la kalachnikov sur un combi de police : Kitty Van Nieuwenhuysen, 24 ans, n'a eu aucune chance.
Pendant plus de cinq heures, l'avocat général, Bernard Dauchot, a méticuleusement démontré pourquoi les trois accusés, qui font partie du milieu du grand banditisme de Charleroi, ne sont pas par hasard assis dans le box. Dans un long réquisitoire charpenté, Bernard Dauchot a méticuleusement décortiqué le dossier judiciaire, dézingant les alibis du trio et étrillant "leurs explications bringuebalantes" pour exposer le faisceau de présomptions concordantes aboutissant à une certitude : la culpabilité de Cheikhni, Kurum et Iasir dans les faits de Lot.
"Ces individus n'ont qu'une loi : la leur", a-t-il asséné. Brandissant une balle de kalachnikov AK47, en tous points semblable à celle qui a tué Kitty : "Ce meurtre n'est rien d'autre que de la barbarie." Une balle qui peut traverser volets et châssis à 50 mètres. Tirée à 5 mètres du combi, elle a transpercé les portes blindées, pulvérisé les vitres, perforé le corps de l'inspecteur Vanstalle, coéquipier de Kitty, et éclaté le crâne de la jeune policière.
D'emblée, l'avocat général balaie "un postulat gratuit" avancé par la défense : on se serait jeté fissa sur les accusés parce qu'il fallait trouver absolument des coupables, quitte à chipoter un peu avec l'enquête. "Il ne fallait pas avoir le flair de Columbo pour comprendre qu'il s'agissait de grand banditisme et que tout menait à l'arrondissement de Charleroi : la Volvo qui a conduit les auteurs à Lot y a été volée ; comme les talkie-walkies retrouvés dans le coffre. La Peugeot qui leur a servi à fuir y a été incendiée."
Les noms des trois accusés sont apparus pour la première fois le 7 décembre 2007, trois jours après les faits, par un indicateur codé de la police. L'emploi du temps, la téléphonie et les empreintes ADN d'autres suspects potentiels ont aussi été vérifiés.
Mais les enquêteurs sont revenus sur ces trois-là, qui ont pris la poudre d'escampette le surlendemain des faits : Cheikni et Iasir se sont envolés pour le Maroc ; Kurum a pris la route vers la Turquie au volant d'une camionnette. L'avocat général réduit en bouillie les explications et pseudo-justifications des accusés.
Cheikhni qui aurait postposé un départ au Maroc prévu le 1er décembre au 6 décembre pour cause de contrôle fiscal ? Ça ne tient pas, rétorque M. Dauchot. La lettre recommandée avait été adressée à la gérante statutaire de sa société; il n'était pas obligé d'être présent. D'ailleurs, l'expert fiscal ne l'a jamais rencontré le 6 décembre ! Quant au partage d'héritage invoqué pour expliquer son déplacement au Maroc, il n'a jamais eu lieu à l'époque.
Kurum serait parti dare-dare en Turquie, inquiet de l'état de santé de sa mère ? Mais quand on veut partir aussi sec parce qu'on est au comble de l'inquiétude, on achète un billet d'avion, on ne part pas en camionnette en traversant quatre pays en quatre jours, raille l'avocat général. D'autant que Mme Kurum était tombée... le 23 novembre et que Galip en avait été informé le jour même. Il avait prévu un matelas dans le coffre pour la ramener en Belgique. "C'est évidemment idéal pour une maman au dos cassé et au cœur fragile." Quant à Hassan Iasir, on n'a que l'embarras du choix : il partait au Maroc fêter son anniversaire ; il devait se fiancer, voire se marier - sauf que l'heureuse élue n'était pas au courant- ; il allait passer le nouvel an ou la fête du mouton avec sa mère...
"En fuyant ensemble à l'étranger, le même jour, et deux jours après les faits commis à Lot, les accusés ont soudé leur destin. C'est assurément une présomption majeure de culpabilité", scande l'avocat général. Les malfrats, déjà condamnés pour vols avec violence, n'en étaient pas à leur coup d'essai. Mais la mort de Kitty Van Nieuwenhuysen a fait la Une de tous les médias. "S'ils ont fui à l'étranger, cette fois, c'est parce qu'ils sont devenus des tueurs de flics."
Pour le représentant du ministère public, on ne peut dissocier les faits de Thuin (le vol de la Volvo dans le garage Antoine) de ceux de Lot : "Tout se tient, tout s'imbrique, tout se complète, tout se conforte." Comme un puzzle.
Les repérages téléphoniques montrent que les trois accusés ont eu de nombreux contacts avant et après les faits, mais pas un appel n'a été échangé pendant les heures fatidiques. Les GSM étaient coupés à Lot, comme pendant l'attaque de Thuin. Des empreintes ADN de chacun des accusés ont d'ailleurs été retrouvées dans la Volvo, sur une ceinture de sécurité, un gilet pare-balles, des outils Les accusés avaient expliqué qu'ils travaillaient dans des garages et qu'ils pouvaient avoir touché ces objets n'importe où. "Admettons même l'histoire de ces outils qui ont la bougeotte. Mais qu'ils se retrouvent la même nuit, dans le même sac de sport et dans la même voiture volée, eux peuvent parler de coïncidences, moi j'appelle ça une présomption suffisante de culpabilité, martèle l'avocat général. Tout autorise à attester leur présence à Lot cette nuit-là. Et s'ils étaient là, ils sont les coupables." Ce qu'ils nient tous les trois en bloc.
Comment les choses se sont-elles passées, la nuit du 3 au 4 décembre ? Comme les parties civiles, Bernard Dauchot affirme que c'est Galip Kurum qui a tiré sur Kitty. Il s'appuie, notamment, sur les constats des experts balistiques, selon lesquels le tireur devait être de grande taille, et sur des déclarations des deux coaccusés au juge d'instruction à propos du meurtre de la jeune policière. Hassan Iasir : "C'est pas à moi de porter le chapeau." Nourredine Cheikhni : "Je ne veux pas porter le chapeau pour quelqu'un d'autre. Je n'ai jamais tué personne et je n'ai jamais eu de kalachnikov." Du coup, déduit l'avocat général, le tueur, c'est le troisième : Galip Kurum.
Cheikhni, lui, a tiré sur Ismaïl Sacoor, et Iasir a volé les clés de la Peugeot avec laquelle ils ont pris la fuite - c'est le seul qui a parlé au domicile des Sacoor; le seul aussi qui a refusé de participer à la reconnaissance vocale.
Mais au fond, peu importe qui a fait quoi, ajoute Bernard Dauchot : "Aucun des trois ne pouvait ignorer ce que faisaient les autres. Ils ont fait cause commune et soudé leur destin commun."
