On a dû recompter à Assesse, et on devra sans doute y revoter
Ce fut, à son échelle locale, l'un des gros points chauds du 14 octobre. Dans la petite commune d'Assesse (6 800 habitants), contiguë à Namur côté sud, la liste ALN (Assesse la neuve) du bourgmestre sortant Luc Bouveroux (MR) manquait à un siège près la majorité absolue : 8 sièges sur 17. Soit exactement la répétition du cru 2006, marqué par un identique raté de justesse.
- Publié le 14-11-2012 à 04h15
Ce fut, à son échelle locale, l'un des gros points chauds du 14 octobre. Dans la petite commune d'Assesse (6 800 habitants), contiguë à Namur côté sud, la liste ALN (Assesse la neuve) du bourgmestre sortant Luc Bouveroux (MR) manquait à un siège près la majorité absolue : 8 sièges sur 17. Soit exactement la répétition du cru 2006, marqué par un identique raté de justesse.
Mais cette fois, la donne politique s'en trouva chamboulée. Le collège sortant est une coalition ALN/Acor (pour Action communale d'ouverture et de rassemblement, de tendance CDH celle-ci). Or, le leader d'Acor, le premier échevin Pierre Tasiaux, comme ça se trouve vétérinaire de son état tout comme son rival Bouveroux, n'a plus pactisé avec ce dernier, maïeur depuis 12 ans. Le CDH a formé une nouvelle majorité avec Ecolo (où l'on retrouve le député fédéral Gilkinet) et Aroc (pour Assesse, respect, ouverture et citoyenneté, une liste plurielle et d'abord socialiste). Soit une majorité recourant en somme au modèle par ailleurs rarissime en Wallonie de l'Olivier régional.
Cette tripartite n'a pas été plantée sans une grosse artillerie préalable : reproches de trahison, tentatives avortées d'alternatives, tiraillements entre personnes, et controverses habituelles au cas de figure de la relégation dans l'opposition du parti premier en sièges et en voix (43,4 % pour ALN contre 30,8 à Acor, 16,7 à Ecolo et 9 à Aroc).
Pourtant, l'acuité du cas d'Assesse était ailleurs : ALN a en fait raté sa majorité absolue en sièges, et donc son maintien dominant au pouvoir, à 12 voix près ! C'est dire si la contestation de la validité du scrutin était tentante Et ALN n'a pas manqué de saisir l'autorité compétente, soit le nouvel exécutif provincial namurois (MR/CDH), en arguant de soupçons apparus d'irrégularités autour d'un bureau de dépouillement de l'entité, le n° 3, celui de Crupet - précisons par ailleurs, pour apporter une touche bucolique à cet univers impitoyable : l'un des plus beaux villages de Wallonie. Un bureau dont le président a déjà été conseiller communal d'Acor : ça ne veut rien dire, d'accord, mais, bon
Bref, tout ce petit monde, avec avocats, témoins de listes et assesseurs de bureaux, s'est retrouvé au collège provincial, jeudi dernier. On y pista quatre moyens.
Le premier : une lettre anonyme a fait état de bulletins qui avaient été jugés nuls par des assesseurs mais valables par le président quand ils étaient favorables à Acor. Le président a démenti, soutenu par les assesseurs et témoins entendus.
Deux, le PV de clôture du bureau de dépouillement n'a pas été signé par les témoins. Le président en a convenu, mais argué de sa bonne foi.
Trois : ledit PV a été signé après le PV de clôture du bureau central. C'est l'inverse qui est forcément la règle.
Quatre : une cinquantaine de bulletins sont restés dans la nature durant environ une heure. Ils sont arrivés au bureau central dans un second temps. Avéré, et avoué, même si le président a assuré qu'ils avaient été dûment dépouillés et comptés.
Toujours est-il que le collège provincial décida le recomptage des bulletins du bureau incriminé. Dont acte, mardi. Stupeur : on devait recenser 1 515 bulletins ; on en débusqua 65 de plus. Rien ne peut expliquer ce décalage. Les rapports de force sont tellement serrés que le collège provincial n'avait guère d'autre choix que d'annuler les résultats du scrutin : un recomptage total ne pourrait lever toutes les ambiguïtés.
Donc, les heureux Assessoises et Assessois vont revoter, dans les 50 jours ? Minute, la décision est susceptible de recours devant le Conseil d'Etat. Les déçus de l'annulation ont huit jours pour se décider. Et pour ajouter au suspense hitchcockien, on rappellera ce précédent : voilà six ans, un collège provincial, le brabançon, avait invalidé le scrutin dans une seule commune de Wallonie, Tubize ; le Conseil d'Etat infirma ce verdict et on ne revota point.
