Mortelle rencontre d'un soir

Alicia Damoiseaux venait de fêter ses 16 ans deux jours plus tôt. En ce vendredi 20 août 2010, avec sa copine Marine, elle a décidé de prendre le bus à Stavelot pour aller à Trois-Ponts.

Jacques Laruelle
Mortelle rencontre d'un soir
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Alicia Damoiseaux venait de fêter ses 16 ans deux jours plus tôt. En ce vendredi 20 août 2010, avec sa copine Marine, elle a décidé de prendre le bus à Stavelot pour aller à Trois-Ponts. Elles y prennent un train pour Liège-Guillemins. Un ami vient les chercher : destination "le Carré", le lieu de toutes les fêtes à Liège. Les parents n'ont pas été informés.

A 22h, ils sont une dizaine de garçons et de filles pour fêter les 19 ans d'une copine, Marie. Le petit groupe fréquente divers établissements : "El Chico", "Le Petit Frère", "L'Exit", "La Fiesta".

Alicia et Marine dansent, discutent, consomment des boissons sans alcool. Aux environs de minuit trente, une bagarre se serait déroulée en rue. Un jeune homme vêtu d'un pull à lignes se trouve là. Il est légèrement éclaboussé par du sang. Marie le connaît. Alicia l'avait remarqué un peu plus tôt sur une piste de danse.

C'est un Liégeois qui a son propre studio, Samuel Weertz, 19 ans. Marine rencontre Sébastien, qui l'invite chez lui. Il est 4h. Alicia envoie discrètement un SMS à sa copine lui indiquant qu'elle peut rester chez Sébastien car elle ira dormir chez Samuel Weertz. A 5h, le quatuor se retrouve devant une friterie. Marine retourne chez Sébastien. Alicia suit Samuel. A 6h09, Alicia adresse un dernier SMS - elle en envoie 5 000 par mois - à Marine, disant qu'elle est à 20 minutes du Carré. Ce sera son dernier message.

On ne la reverra plus. Elle ne répondra plus aux messages de Marine, qui l'a recherchée toute la matinée du samedi dans le Carré, avant de reprendre le train pour Trois-Ponts à 13h18.

Samuel Weertz, auquel des amis d'Alicia ont demandé où la jeune fille se trouve, dit qu'après cinq minutes de marche, elle a fait demi-tour pour rejoindre ses copains et qu'elle n'est jamais arrivée chez lui.

A Stavelot, l'inquiétude monte. Le parquet est prévenu. Des policiers sont envoyés le samedi soir chez Samuel Weertz. Il leur donne la même version qu'à ses amis.

Mais les examens de téléphonie montrent que le dernier SMS d'Alicia pourrait bien avoir été envoyé de chez lui. Des images de caméras de surveillance les montrent, lui et Alicia, près de son domicile, dans le quartier Sainte-Marguerite.

Au fond d'une cave

La police retourne chez lui le dimanche après-midi. Des traces de sang sont découvertes dans son studio ainsi que dans les escaliers. Un foulard à motifs léopard, similaire à celui porté par Alicia, est découvert. Son corps gît au fond de la cave.

Samuel Weertz est arrêté. Il évoque un "trou noir", puis une légitime défense face à une Alicia armée d'un cutter, avant de reconnaître être responsable de sa mort. Il dit qu'à peine arrivé, elle l'a embrassé et l'a "chauffé". Elle s'est déshabillée. Ils ont eu des relations sexuelles.

Il dit avoir été "choqué" d'avoir ensuite appris qu'Alicia a un copain - ce qui est exact - et qu'elle souhaitait la discrétion. Le jeune homme, qui expliquera plus tard aux psychologues qu'il "est difficile pour lui de trouver une compagne qui présente les valeurs morales auxquelles il accorde beaucoup d'importance" et qui se décrit comme un homme qui a beaucoup de "succès" auprès du sexe opposé, l'aurait rejetée.

Elle aurait refusé de partir. Il l'aurait poussée contre le mur. Elle serait revenue. Il l'aurait rejetée, doucement puis sans ménagement, vers le palier. Elle serait tombée dans les escaliers. Il aurait constaté qu'elle était morte.

Paniqué, il aurait caché plus tard le cadavre. Il a fait des courses et est allé chez sa mère, le samedi, avant de rentrer chez lui et sortir, de 22h à 7h, dans le Carré, où les policiers l'ont réveillé le dimanche.

Plusieurs témoins ont déclaré que cette nuit-là dans le Carré, il avait son comportement habituel.

Mais la version de Samuel Weertz ne colle pas du tout avec les constatations des médecins légistes. S'ils ont bien établi qu'Alicia avait eu des relations sexuelles consenties avec Samuel Weertz, les causes de la mort ne correspondent pas.

Alicia est morte d'étranglement, après avoir reçu une dizaine de coups directs et violents au visage qui ne peuvent avoir été provoqués par les rebords des marches d'escalier. Sans doute s'agissait-il de coups de poing.

L'étranglement a vraisemblablement duré trois minutes avec une violente clé de bras. Des projections de sang ont été constatées dans la chambre.

La faute de personne

Samuel Weertz, qui consommait régulièrement de la cocaïne et du cannabis, a eu un parcours scolaire émaillé de problèmes de bagarres. Il a une très haute image de lui, se présentant comme un "personnage charismatique, très connu pour sa réputation dans les différents cafés de Liège". Au sujet des faits, Il parle d'un "accident qui n'est la faute de personne".

Son procès, devant la cour d'assises de Liège, pour assassinat et torture sur une mineure commence ce lundi. Pour les parents d'Alicia, le procès s'annonce difficile. Pour un de leurs avocats, Me Jean-Dominique Franchimont, la famille veut des explications, un peu d'humanité de la part de l'accusé qui connaît les derniers moments d'Alicia.

"Que s'est-il passé dans la tête de l'accusé ? Pourquoi s'est-il mis en colère ? Dans quelles circonstances ? Comment Alicia est-elle morte ? Dans quelles conditions et laps de temps ? Autant d'éléments qui restent mystérieux car l'accusé ne veut donner, deux ans et demi après les faits, aucune explication qui soit corroborée par les constatations scientifiques", relève l'avocat.

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