L'accusée endosse le manteau de la victime
Bigattini se défend d'avoir commandité l'assassinat. Elle dit avoir été victime d'extorsion.
- Publié le 15-05-2013 à 04h30
- Mis à jour le 15-05-2013 à 10h58

alambiqué Audience Rita Bigattini voulait sortir de la relation avec son compagnon, André Cornet. Mais, a-t-elle insisté au cours de son interrogatoire hier devant les assises de Liège, elle n'a pas commandité son assassinat le 17 juin 2010. Ayant approché des personnes qui auraient pu l'aider à écarter André Cornet, elle dit avoir été victime de ces personnes, qui, non seulement ont tué son compagnon, mais lui ont en plus extorqué 80 000 euros. Et, si elle n'en a pas parlé à la police en début d'enquête, c'est parce qu'elle avait peur.
Autant de déclarations qui ont inspiré des dénégations de la tête, voire des sourires sur le visage des sept autres personnes qui sont avec elle dans le box des accusés.
Elle a rencontré André Cornet dans la bijouterie de Jemeppe qu'il exploitait avec son ex-femme. Il était insistant. En 2009, ils achètent une maison à Ciplet. Il contribue le plus, mais elle est à son nom à elle.
Rita Bigattini s'y installe. André Cornet la rejoint à l'été. Ce ne sera, d'après ses dires, qu'une relation platonique car "il préférait voir des prostituées". En novembre 2009, un ancien amant reprend contact. André Cornet vend sa participation dans la bijouterie. Elle dit découvrir des cassettes pornographiques où André Cornet a filmé ses ébats. "J'étais dégoûtée. Je voulais sortir de cette relation", dit-elle, affirmant qu'André Cornet était réticent.
Elle demande alors, en mai 2010, à une amie de l'aider. Et, selon ses dires, "c'est là que les problèmes ont commencé". Un rendez-vous est fixé le 7 juin dans une pizzeria de Seraing avec cinq autres accusés. L'un, Antonio Affili, parle de 10 000 euros pour secouer André Cornet. Un second, Franco Fraccari, dit qu'elle devra payer 80 000 euros. Pas pour tuer : c'est une extorsion, elle est victime d'un racket, maintient-elle. Elle n'en parle pas, dit-elle, de peur de représailles sur sa famille.
Commence alors, selon ses dires, la recherche de l'argent : c'est pour payer qu'elle tente de puiser le 16 juin 2010 - sans succès - sur le compte d'André Cornet à Luxembourg dont elle est co-titulaire avec le filleul de son compagnon. Elle revient du Grand-Duché avec un document à faire signer par les trois titulaires pour que chacun puisse gérer seul le compte. Affili et Fraccari, dit-elle, lui conseillent alors d'imiter les signatures. Ce qu'elle fera après la mort d'André Cornet. Sans convaincre la banque.
Quelques heures plus tard, selon Rita Bigattini, deux hommes cagoulés et armés font irruption à Ciplet. Ce sont les deux derniers accusés. Le premier la maintient tandis que le second poursuit André Cornet qui est tué.
Elle a ensuite, dit-elle, été forcée de téléphoner à la pizzeria pour que les deux tueurs reçoivent des instructions. Selon les ordres reçus, elle a dû raccompagner les deux tueurs, toujours cagoulés, sur le siège arrière de sa voiture. Le cadavre, qui était dans le coffre, a été enterré sur les terrains jouxtant la pizzeria. Elle a ensuite été reconduite à Ciplet par Antonio Affili tandis que, dit-elle, les extorsions ont continué. Elle a versé au total 80 000 euros en un mois.
Ces explications sur la nature de l'appel à la pizzeria ne correspondent pas aux aveux des autres accusés. Ils affirment que c'était pour indiquer qu'elle venait chercher les deux hommes de main qui tueront André Cornet. "C'est la version des autres qui ne correspond pas à la mienne", se borne à dire Rita Bigattini. Avant d'être contredite par Antonio Affili lors de son interrogatoire : il affirme ainsi que c'est elle qui a précipité le contrat sur André Cornet, allant chercher les deux hommes de main car elle craignait que son compagnon ne découvre qu'elle essayait de vider le compte au Luxembourg.
Une fois de retour chez elle, Rita Bigattini fait un grand nettoyage afin d'effacer les traces de sang. Plutôt que d'appeler la police : "J'étais paniquée", se justifie-t-elle. Trois ans plus tard, elle dit s'en vouloir de s'être rendue le 7 juin à Seraing : "Sinon, il ne se serait rien passé. J'avais beau ne plus aimer André. Il ne méritait pas ce qui lui est arrivé".
