Le Roi Philippe devra convaincre en Flandre
Le Roi Philippe devra toujours ménager le sentiment nationaliste flamand. Il devra aussi s'habituer à une nouvelle façon de communiquer.
- Publié le 04-07-2013 à 05h38
- Mis à jour le 04-07-2013 à 20h29

C'est un secret de polichinelle : si le monde politique a tant voulu que le roi Albert reste sur le trône jusqu'après les élections fédérales de mai 2014, ce n'est pas seulement parce qu'il voulait pouvoir encore compter sur les indéniables qualités de médiateur du futur ex-souverain lors de la constitution du prochain gouvernement fédéral. C'est aussi parce qu'il nourrit quelques soupçons sur la capacité de Philippe de Belgique à s'imposer en Flandre et de s'y faire reconnaître comme un interlocuteur légitime.
Les milieux nationalistes n'ont pas oublié cette petite phrase qu'il a prononcée en décembre 2004 lors d'une mission économique en Chine. "Dans notre pays, glissait-il à l'oreille d'un journaliste d'un hebdomadaire flamand, il y a des personnes, des partis tels que le Vlaams Belang qui sont contre la Belgique et veulent détruire notre pays. Je peux vous assurer qu'ils auront affaire à moi."
Les nationalistes flamands
Cette petite phase, donc, avait suscité un beau tollé à l'époque. Plusieurs reproches lui avaient été adressés. Avait-il le droit de dire cela ? Certes, constitutionnellement, seul le Roi est tenu à un devoir de réserve. Dans la pratique, ce devoir est cependant étendu à toute la famille royale, et singulièrement au prince héritier. D'autres estimaient que ce n'était pas l'option séparatiste du Vlaams Belang qui devait être critiquée, mais ses thèses racistes. Mais ce qui lui a été le plus reproché, c'est d'avoir montré son attachement à l'unité du pays et ce faisant, exprimé une opinion qui pouvait difficilement être qualifiée de neutre dans un pays traversé par des courants communautaires antagonistes. Par chance pour le prince Philippe, le courant séparatiste n'était alors porté que par le Vlaams Belang. Le Premier ministre de l'époque, Guy Verhofstadt (Open VLD) n'avait eu aucune peine à faire valoir que le parti d'extrême-droite n'était guère fréquentable et qu'il n'avait pas volé les critiques du Prince. Mais on n'ose imaginer ce qui se serait passé si la N-VA avait alors déjà le poids politique qu'elle a aujourd'hui.
Aura médiatique
Cet épisode appartient désormais au passé. Une bonne partie de la Flandre a sans doute tourné la page. Mais le courant nationaliste ne l'a pas oublié. Il y fait souvent référence. Et s'en sert d'argument pour éreinter la monarchie. "Cela a toujours été comme cela, explique le politologue Dave Sinardet (Université d'Anvers). Les nationalistes flamands sont en général opposés à la monarchie, parce que c'est un symbole de la Belgique. Et ils utilisent tous les arguments."
Ce n'est cependant sans doute pas sa fonction de Roi comme symbole de la Belgique qui sera son principal handicap en Flandre. Et pour cause : l'opinion publique au nord du pays est très minoritairement favorable à la scission du pays. Et elle n'est pas davantage républicaine. Le prince Philippe pratique couramment le néerlandais et a toujours pris un grand soin à s'intéresser à ce qui fait battre le cœur de la Flandre. Ce n'est d'ailleurs pas passé inaperçu. Mais cela ne suffira pas. "Ce qui joue en Flandre, analyse Dave Sinardet, c'est l'aspect médiatique, la façon de communiquer. C'est plus vrai en Flandre que du côté francophone, j'ai l'impression. Cela ne vaut d'ailleurs pas seulement pour des princes ou des rois. Cela vaut aussi pour le monde politique. Cela cadre avec une évolution de la société. Il y a quelques décennies, on tirait son prestige de la fonction en elle-même. Le Roi était par principe respecté, et tout ce qu'il disait était nécessairement cohérent et intelligent. Même chose pour les hommes politiques ou les professeurs d'université. Mais le statut ne suffit plus pour convaincre. Il faut faire preuve de certaines capacités, notamment celle de bien communiquer. Et clairement, sur ce point-là, il y a un défi à relever pour Philippe."
Le futur Roi de Belgique joue à cet égard de malchance. Il va immanquablement subir la comparaison avec ce qui s'est passé le 30 avril aux Pays-Bas : le couronnement du prince Willem-Alexander. "La situation est comparable, prolonge Dave Sinardet. Il y a aussi un changement de Souverain. Mais vous avez là un prince qui est très médiatique, à l'aise avec les médias. C'est une attitude qui n'est pas aussi naturelle qu'on veut bien le dire. Il y a un gros travail de marketing là derrière. Mais cela marche. Il a l'air sympa. Il est populaire. Il ne s'enferme pas dans son château. C'est un Roi du peuple. Cela a beau être une construction médiatique. Pour Philippe, ce sera une comparaison pas simple à supporter."
Mais la tâche ne paraît pas impossible. "Il parviendra à s'imposer auprès de l'opinion publique flamande, expose Pierre Verjans (Université de Liège), s'il fait toujours bien attention à la bi-nationalité des Flamands."Vincent Rocour
