Marie-Hélène Ska, têtue et engagée, de la Fef à la CSC
Changement de style. Claude Rolin, sa moustache et sa bonhomie partis à la chasse aux voix sur la liste européenne du CDH, c'est la très déterminée Marie-Hélène Ska qui s'empare du secrétariat général de la CSC.
- Publié le 19-03-2014 à 00h00
- Mis à jour le 19-03-2014 à 17h32

Changement de style. Claude Rolin, sa moustache et sa bonhomie partis à la chasse aux voix sur la liste européenne du CDH, c'est la très déterminée Marie-Hélène Ska qui s'empare du secrétariat général de la CSC. Elle était la favorite pour ce poste (LLB 3 février), qui revient traditionnellement à un francophone, aux côtés du président flamand. Au terme d'une procédure de confessionnal dont la Confédération des syndicats chrétiens a le secret, le président Marc Leemans a présenté, lundi soir, son nom au bureau national de la CSC, où elle a recueilli 75 % d'opinions favorables. Elle est immédiatement entrée en fonction. "Ce n'est pas une promotion, commentait-elle lundi après-midi. C'est la poursuite d'un engagement."
L'engagement, parlons-en. Des terres agricoles de la Famenne, où elle a vu le jour à l'automne 1969 (à Aye, près de Marche), au pays carolo où elle s'est fixée, sans plus jamais le quitter et malgré son job à Bruxelles, Marie-Hélène Ska a l'impression d'avoir toujours été engagée. "A la maison, les valeurs de défense des autres et d'accueil étaient importantes", confie-t-elle. La valeur du travail, aussi : "J'ai très vite appris à me lever tôt pour travailler à la ferme familiale."
"Sympathisante Ecolo"
A l'université, elle rejoint tout naturellement le mouvement étudiant. Elle deviendra vice-présidente de l'AGL (l'assemblée des étudiants de l'UCL), ainsi que présidente du Conseil de la Fédération des étudiants francophones (son assemblée générale). La Fef essaime décidément partout.
Là-bas, elle côtoie un certain Jean-Marc Nollet, président de la Fef au début des années 90, qui deviendra son mari. Elle en est aujourd'hui séparée. "A l'époque, elle était sympathisante Ecolo, explique un responsable de la CSC. Elle a milité à certains moments." Ce que l'intéressée dément farouchement.
"Sa vie privée, on s'en fout !"
Quant à sa relation avec le ministre Ecolo wallon, dont certains pensent qu'elle pourrait entacher l'indispensable apparence de neutralité politique du syndicat, elle se montre carrée : "Je refuse d'entrer dans ce genre de considération." Un de ses collègues à la CSC s'énerve à sa place : "Mais on s'en fout, avec qui elle vit ! C'est sa vie privée. Et elle saura faire la part des choses." Marc Leemans ne voit pas non plus où est le problème : "Elle est au bureau journalier (le top 8 de la CSC, NdlR) depuis cinq ans. Cela n'a jamais posé problème." Passons.
Son diplôme de sociologie (UCL) en poche, assorti d'une formation en management public (Solvay), Marie-Hélène Ska entre alors, déjà, à la CSC. Nous sommes en 1993 et Mme Ska ne connaîtra pas d'autres employeurs. "J'aurais pu travailler ailleurs, mais je n'en ai jamais ressenti le besoin. Je me suis toujours bien plu à la CSC."
Trilingue
Aujourd'hui, elle en devient le numéro 2. Bilingue (NL/FR), voire trilingue (EN), elle devient le visage de la CSC au sud du pays. Elle siégera au Groupe des dix, le saint des saints de la concertation sociale belge. Elle représentera la CSC dans les instances syndicales européennes, ainsi qu'au Conseil central de l'économie, où se discutent des dossiers aussi épineux que l'évolution des salaires.
"Pas dans le ventre mou"
Pas de quoi lui faire peur, cependant. "Ambitieuse" pour les uns, "volontariste" pour les autres, Marie-Hélène Ska ne manque pas d'atouts à faire valoir en négociations. "On dit que je suis têtue, avoue-t-elle. En tout cas, je n'abandonne pas facilement." "Elle a un caractère très fort, ce qui est une qualité comme un défaut, confirme un patron de centrale. Et elle n'a pas froid aux yeux." Ses convictions aussi, sont fortes. "Ce n'est pas quelqu'un qu'on va situer dans le ventre mou ou qui est hésitant", commente un chef de régionale.
Intelligence supérieure, résistance aux pressions, considération au nord comme au sud du pays, Marie-Hélène Ska semble cumuler les qualités comme elle cumule, depuis quelques années et au nom de la CSC, les mandats (une vingtaine selon le site Cumuleo) dans des institutions (Onem, Inami, Capac, Onafts,…) essentiellement liées à la Sécurité sociale, une de ses spécialités à la CSC, avec la fiscalité.
Une première
Et finalement, le fait que le nouveau secrétaire général de la CSC soit une femme, n'apparaissait mardi qu'à la fin d'une longue série de qualificatifs. Cette caractéristique n'est pourtant pas anodine. C'est même un "signal fort", de l'aveu général. Car si, à la FGTB, Anne Demelenne et Mia De Vits avant elle ont occupé les plus hautes fonctions, il s'agit d'une grande première à la CSC, qui n'avait connu jusqu'ici aucune présidentE, ni secrétaire généralE.
Après 127 ans d'existence, le syndicat chrétien, grand promoteur de l'égalité homme-femme, montre enfin l'exemple. Il était temps, n'est-ce pas Madame Ska ?