Un crime presque parfait: "Arrêtez, je suis morte"
Personne n'avait signalé à la police, à la fin du printemps 2006, la disparition à Nivelles d'Anne-Françoise Maque. Ni ses deux filles, alors âgées de 10 et 14 ans et leurs deux pères. Ni le mari de cette femme de 45 ans. Le procès de trois jeunes impliqués dans cette affaire, élucidée cinq ans après les faits, débute ce lundi.
- Publié le 14-09-2014 à 16h42
- Mis à jour le 15-09-2014 à 15h37

Personne n'avait signalé à la police, à la fin du printemps 2006, la disparition à Nivelles d'Anne-Françoise Maque. Ni ses deux filles, alors âgées de 10 et 14 ans et leurs deux pères. Ni le mari de cette femme de 45 ans avec qui elle partageait un petit appartement et un goût immodéré pour l'alcool.
Ce dernier compagnon s'était contenté des quelques explications fournies par des jeunes du quartier, qui zonaient régulièrement dans leur appartement, après les avoir aidés pour porter les courses en échange de quelques euros ou d'une bière. Elle serait partie, disaient-ils.
Cela lui avait paru d'autant plus crédible qu'un mois ou deux après la disparition d'Anne-Françoise, une connaissance lui avait dit l'avoir aperçue sortant d'un café du centre de Nivelles. Elle avait pris place dans une Mercedes blanche avec un homme qui "habitait du côté de Braine-le-Comte", racontait ce Nivellois.
Un témoignage anonyme
Ce n'est qu'en juillet 2011 qu'un inspecteur principal de la police de Nivelles s'était inquiété. Il avait recueilli le témoignage d'une personne qui désirait garder l'anonymat.
Quatre à cinq ans plus tôt, disait ce témoin, une dame qui résidait dans le même immeuble qu'une certaine Madame "Rat" aujourd'hui décédée, se serait fait tuer à coups de pierre ou de dalle par un jeune surnommé "L'invertébré", un certain Johan et un Bryan.
Sa disparition n'aurait inquiété personne car elle était isolée et n'avait plus de famille. Elle aurait été enterrée dans un champ au Vert Chemin, près des voies de chemin de fer, avait encore appris le policier.
La disparue a été rapidement identifiée, tout comme les trois suspects, des jeunes qui fréquentaient régulièrement l'appartement de Jean-Marie Delsipée, mari d'Anne-Françoise Maque. Interrogé, cet homme, mort quelques mois plus tard, a raconté qu'il y avait souvent de la tension entre les jeunes et sa femme, dont le comportement était erratique. Selon lui, ils disaient que "si ça continuait, ils allaient la prendre par la peau du dos et la mettre dehors".
Il n'y avait toutefois aucun corps qui aurait pu établir qu'Anne-Françoise était bien morte. Tout au plus des soupçons envers ces trois jeunes qui, au moment de la disparition, étaient âgés de 20, 18 et 16 ans.
Les policiers ont décidé de la jouer finement. Plutôt que d'interroger les seuls jeunes qui fréquentaient régulièrement le couple, ils les ont convoqués avec leurs petites amies, actuelles et anciennes et un ami.
Ils ont pu déterminer ce qui s'était passé et obtenir des aveux. La clé se trouvait chez Jonathan Vanauberg. Il s'était confié auprès de trois filles, dont deux avaient vécu avec lui. Il avait raconté qu'une dame avait été tuée par trois de ses amis et qu'il était indirectement impliqué. Il le vivait très mal. Il avait dit que c'était là l'origine de ses cauchemars récurrents.
Il a tout expliqué aux enquêteurs qui l'interrogeaient : Kevin, connu comme "L'invertébré", Johan et Bryan avaient persuadé Anne-Françoise Maque de les suivre sous le prétexte de l'emmener auprès "d'une personne bien", où elle pourrait vivre. Jonathan Vanauberg qui les accompagnait, les avait quittés car le fait qu'ils suivaient un chemin de terre isolé lui paraissait louche. Il était néanmoins revenu un peu plus tard avec le frère de Bryan.
"Arrêtez, je suis morte"
Il avait alors découvert Anne-Françoise Maque, agonisante, le crâne fracassé. Ses trois amis, qui étaient cachés, avaient surgi de leur cachette et lui avaient dit de ne pas s'en occuper. Ils en avaient reparlé le soir, après s'être retrouvés dans un club de snooker. Ils n'avaient pas le cœur à jouer et s'étaient juré tous les cinq qu'ils n'en parleraient à personne.
Ils en reparleront néanmoins à l'une ou l'autre reprise dans les années qui ont suivi, toujours sur insistance de Jonathan Vanauberg. Kevin en parlera aussi à un cousin, qui s'en est ouvert à deux professeurs. Le cousin sera orienté vers le Service d'aide à la jeunesse, qui estimera qu'il est mythomane.
Le lendemain de l'assassinat, Johan Luijten, Kevin Witpas et Bryan avaient enterré le corps. Confrontés aux déclarations de Jonathan Vanauberg, ils sont passés progressivement aux aveux. Ils ont indiqué où ils avaient enterré le cadavre. Le légiste qui l'examinera fera état d'un véritable massacre. Il confirmera que les fractures aux côtes pourraient bien avoir été causées par une personne sautant à pieds joints sur son thorax alors qu'elle était en station couchée.
Au fil de l'enquête, ils n'expliqueront pas vraiment le pourquoi de leur geste : Anne-Françoise Maque se serait moquée, ils auraient voulu lui faire peur pour qu'elle ne revienne plus chez son mari, sans toutefois vouloir la tuer. Tous se souviennent toutefois des déclarations de la victime les suppliant : "Arrêtez, je suis morte."
Ils sont donc trois à comparaître à partir de ce lundi devant la cour d'assises du Brabant wallon pour répondre d'assassinat. Bryan était pourtant mineur au moment des faits. Il avait 16 ans mais le juge de la jeunesse s'est dessaisi de son cas. C'est le seul à ne pas avoir retrouvé le droit chemin après l'homicide d'Anne-Marie Maque. Son casier judiciaire est chargé, à l'inverse des casiers de Johan et Kevin qui sont toujours vierges.
