La mère avait jugé la mort de ses enfants préférable à la vie

Rita a étouffé ses enfants handicapés. Informé, son frère répondra avec elle d'assassinat.

J. La.

C'était le samedi 2 mars 2013. Comme tous les week-ends, Audrey (26 ans) et Arnaud (24 ans), placés la semaine au centre Thiniheid de Stembert en raison de leur handicap mental, rentraient chez leur mère, Rita Henkinet.

Leurs cadavres, pensait-on, avaient été retrouvés en début d'après-midi par leur oncle, Benoît qui avait découvert sa sœur aînée, inconsciente. Avant de prévenir les secours, il avait fait venir son frère et sa sœur et leur père. Ils avaient hésité à appeler les secours.

A leur arrivée sur place après 16h, le médecin et l'infirmier n'avaient posé aucun acte médical au vu de l'attitude de la famille "qui comprend mal qu'ils veulent sauver la dame". Elle avait expliqué que Rita Henkinet refusait tout acharnement thérapeutique et qu'un document dans ce sens devait exister.

Ils n'en avaient pas trouvé. Mais, après avoir vu les cadavres des deux enfants, les policiers avaient découvert que Rita Henkinet avait tout préparé. Il y avait là une feuille A4 sur laquelle elle avait inscrit les médicaments qu'elle avait administrés à ses enfants et qu'elle avait ingurgités.

Sur une autre feuille, il y avait une ébauche de faire-part : "Par Amour, par Respect, pour la Dignité, pour la Vie. Rita Henkinet, Audrey, Arnaud Granville." Elle expliquait qu'elle ne voulait "pas de fleurs, de couronne, de plaque", mais une simple pensée.

Les enfants drogués et étouffés

Rita Henkinet était sortie du coma neuf jours plus tard. L'enquête avait montré qu'elle avait préparé son geste de longue date, épargnant les médicaments prescrits par son psychiatre.

Le vendredi soir, elle les avait mélangés à la mousse au chocolat qu'elle avait donnée peu avant 21h comme dessert à ses enfants. Elle les avait rejoints vers 4h dans leurs chambres respectives. Constatant qu'ils "se noient", elle les avait étouffés avec un plaid qui leur servait de doudou, en leur disant qu'elle les aimait très fort.

Le personnel du centre Thiniheid a été profondément marqué par la mort des deux enfants. Contrairement à leur mère, ils ne considéraient pas Arnaud et Audrey comme des enfants lourdement handicapés. Ils n'avaient ni l'un ni l'autre des "idées morbides", disent-ils, ne confirmant pas ainsi les dires de Rita Henkinet.

Sur les quatre dernières années écoulées, elle n'avait que rarement reçu sa fille. Audrey ne voulait plus venir chez sa mère car elle avait peur d'être conduite à l'hôpital comme cela s'était passé en 2009 après une péritonite. Elle avait assimilé ce souvenir douloureux à la maison de Rocourt où vivait sa maman.

Rita Henkinet, qui avait travaillé comme infirmière pendant 18 ans à l'hôpital de la Citadelle, était en arrêt maladie depuis 2009. Inculpée d'assassinat, elle restera détenue quatre mois.

Un frère dans la confidence

Son frère Benoît, cadet de la famille resté célibataire, la soutenait depuis de nombreuses années. Ils étaient très proches. Interrogé par la police, il a expliqué qu'il était au courant des projets de sa sœur et que celle-ci l'avait prévenu la veille qu'elle passerait à l'acte.

Le samedi, il a expliqué qu'il était présent chez elle depuis 10h, indiquant : "Pour moi, si je les avais laissés vivre, c'était accepter que le processus de torture continue."

Comme sa sœur, il se méfiait du personnel du centre qui accueillait Audrey et Arnaud. Pour un psychiatre qui l'a examinée dans le cadre de l'instruction, "tout qui n'est pas du même avis qu'elle appartient au groupe de ceux qui lui refusent leur aide".

La justice a hésité sur un renvoi de Benoît Henkinet. La chambre du conseil lui avait accordé un non-lieu. En appel, la chambre des mises en a décidé autrement. Ils comparaissent libres.

En dehors de la loi euthanasie

Une loi de 2002. Pourrait-on pratiquer l'euthanasie sur un handicapé mental à la demande d'un parent ? La réponse est clairement non. La loi de dépénalisation partielle de l'euthanasie, adoptée en 2002, l'exclut sans aucune ambiguïté. Elle exclut tout geste qui serait demandé par une autre personne que celle qui doit subir l'euthanasie. La personne doit faire elle-même une demande claire, déterminée, répétée et sans aucune pression extérieure.

Un rendez-vous chez le médecin. Rita Henkinet n'aurait donc pu obtenir l'euthanasie pour ses deux enfants. Elle avait évoqué le sujet avec le médecin d'Audrey et d'Arnaud en janvier 2012. Un mois avant leur mort, elle avait revu ce médecin en compagnie de son frère Benoît. Ils avaient argumenté en faveur de l'euthanasie d'Audrey. Le médecin leur avait directement répondu que "faire ça, ce n'était pas une euthanasie, mais un assassinat". Le docteur avait examiné Audrey sans rien déceler d'anormal et avait informé le home des enfants des propos tenus par leur mère et leur oncle.

Incurable et inapaisable. Il faut également noter que pour obtenir une euthanasie, il faut aussi que la maladie invoquée - qu'elle soit de nature physique ou de nature psychique - soit incurable et inapaisable. Des verrous supplémentaires sont de plus prévus quand la maladie ne présente pas d'issue fatale à court terme.


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