Bpost: des bureaux vont fermer la moitié de la semaine (INFOGRAPHIE)
Par endroits, le nombre de clients a chuté de 25 % en à peine cinq ans. Découvrez les bureaux de poste wallons qui verront leurs heures d'ouverture rabotées d'au moins une demi-journée au 5 septembre.
- Publié le 13-07-2016 à 06h10
- Mis à jour le 13-07-2016 à 16h02

Par endroits, le nombre de clients a chuté de 25 % en à peine cinq ans. Passer acheter un timbre, retirer de l'argent ou déposer une lettre dans un bureau de poste ne sera bientôt plus possible pour un certain nombre d'entre nous.
Au niveau national, le nombre de clients qui y passent a chuté de 25 % entre 2010 et 2015, au profit du site internet, dont le nombre de visiteurs a doublé sur la même période (en passant de 9,2 millions à 17,6 millions).
Le couperet est donc tombé. À partir du 5 septembre, selon la Dernière Heure, 179 bureaux verront leurs heures d'ouverture rabotées.
Sur ces 179 bureaux, 60 sont situés en Wallonie et fermeront au moins une demi-journée par semaine. La plupart sont implantés dans les zones les plus reculées des provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg. Le Brabant wallon est touché dans une moindre mesure.
La Région bruxelloise n'est, quant à elle, pas du tout affectée. Dans la capitale, trois bureaux verront même leurs horaires étendus (Schaerbeek Ste Marie, Molenbeek Dubois Thorn et Molenbeek Osseghem).
Mais si la nouvelle a de quoi inquiéter, le ministre en charge de bpost, Alexander De Croo (Open-VLD), a tenu à rassurer. "Le niveau de qualité du service sera maintenu partout. 80 % des clients continueront à être servis dans les cinq minutes. De plus, c'est principalement le temps inactif et les heures creuses qui ont été visées" , a-t-il précisé en réponse à une question posée par le député libéral Gautier Calomne.
Il ajoute : "Les bureaux de poste ne sont plus le seul canal d'accès aux services de bpost. Au cours des dernières années, bpost a élargi les canaux d'accès à ses services. Alors que les clients ne pouvaient compter jadis que sur les bureaux de poste, ils ont aujourd'hui tout un éventail de choix" .
La décision de modifier les horaires de ces bureaux a été prise le 28 juin dernier après avoir fait l'objet d'un dialogue social. "Ce plan respecte les dispositions du contrat de gestion sur la proximité, la densité, l'accessibilité et la continuité du réseau" , note encore M. De Croo, tout en précisant que cette adaptation "sera effectuée sans licenciements et avec maintien du régime de l'emploi" .
"Inacceptable": les syndicats crient au scandale
Réduire les horaires d'ouverture de près de 179 bureaux de poste, voilà une décision qui scandalise les syndicats. Ils craignent en effet que les habitants des communes les plus isolées du pays deviennent des citoyens de seconde zone. Il faut dire que dans certains petits patelins, la poste est parfois le seul commerce à être ouvert toute la journée.
"Une telle décision est tout simplement inacceptable , s'insurge Stéphane Doussaint, de la CSC Transcom. Les habitants des milieux ruraux vont être encore plus isolés , alors que pour certains, ils doivent déjà parcourir près d'1,5 kilomètre pour trouver une boîte postale pour envoyer leur courrier."
Du côté de la CGSP-Bpost, on partage la même opinion. "Le citoyen paye assez cher la poste pour qu'il puisse avoir droit à un service de qualité" , note Jacques Lespagnard, secrétaire général.
Mais alors, comment réussir à maintenir des bureaux dans lesquels presque plus personne ne passe ? "Nous pensons depuis longtemps que la poste doit absolument diversifier les produits qu'elle propose à ses clients. Les postiers sont capables de vendre de tout si on leur donne les conditions pour le faire. En ne vendant que des timbres et des produits bancaires, on n'attire pas les gens. Nous devrions par exemple être en mesure de fournir des tickets de concert ou encore des abonnements pour les transports publics" , suggère M. Doussaint.
Par contre, côté emploi , les syndicats se veulent rassurants. "Je ne pense pas que ces réductions d'horaires pourront mener à des licenciements. Mais nous sommes pratiquement sûrs que des postes finiront bien par être supprimés" , conclut Stéphane Doussaint.
Des premières évaluations en la matière devraient être faites dans les mois qui suivront l'adaptation des heures d'ouverture, prévue pour le 5 septembre.
"Parfois, il y a même la file !"
À la recherche d'un des bureaux de poste les moins fréquentés de Belgique, l'explorateur égaré en terres lensoises pourrait s'attendre à pousser la porte d'un bâtiment vétuste où la poussière et les toiles d'araignée ne devraient leur trépas qu'à l'œuvre quotidienne d'une technicienne de surface.
C'est pourtant une agence moderne qui se dresse sur la place de la Trinité. Petite, certes, mais on y trouve tout ce que la Poste peut fournir comme services de base.
Sur une trentaine de mètres carrés s'exposent ainsi un incontournable et unique guichet, deux tables pour remplir les formulaires, un petit banc pour patienter quand il y a file, une machine pour gérer ses extraits de compte et un Bancontact.
Le bureau a trouvé ses appartements dans ce bâtiment rénové dans le courant des années 2000. Il siégeait autrefois à la rue Valaville, avec plus d'espace et plus d'employés. C'était avant que la concurrence d'internet s'en mêle.
Aujourd'hui, la Poste s'offre sur une place reculée, dans un cul-de-sac, avec la maison communale pour voisine. Loin de la N56 qui traverse le village. Pas stratégique pour attirer la clientèle de passage. Mais pratique pour les Lensois qui disposent de toute la place nécessaire pour se garer. Et ils sont heureux de profiter de leur bureau. "Je viens régulièrement pour toutes sortes d'opérations" , confie une mère de famille. "Je n'ai pas l'impression que c'est un bureau désert. En tout cas, je ne tiens pas à me rendre ailleurs si ce bureau devait fermer. Surtout que le personnel est sympa."
Même son de cloche pour ce quadragénaire, habitué des lieux. "Je viens pour mon courrier, les recommandés, les colis ou les timbres. Je ne savais pas que c'était l'un des bureaux les moins fréquentés. Il y a régulièrement du va-et-vient. Parfois, il y a même la file !"
"J'ai peur qu'on mette le doigt dans l'engrenage"
Le bureau de la poste de Nassogne fait face à l'hôtel de ville, en plein cœur du village. À côté de la porte d'entrée trône le seul distributeur de billets automatique de la commune.
Trois jeunes venus poster un colis patientent tranquillement à l'intérieur du bâtiment pendant qu'un homme échange des billets contre de la monnaie à l'unique guichet.
L'après-midi s'annonce relativement calme en termes d'affluence. "Il y a des périodes creuses en été, mais vous seriez venus hier matin, vous n'auriez pas eu le temps de me poser la moindre question", explique la guichetière. "Ce matin encore, ça n'a pas arrêté !"
Monique, 80 ans , est une habituée du bureau.
"Je suis très contente du service. S'il venait à disparaître, il faudrait courir jusque Marche, 15 kilomètres plus loin. Je connais de nombreuses personnes qui viennent ici et qui l'affirment : il faut soutenir le bureau de Nassogne" .
À partir de septembre pourtant, le bureau de poste de Nassogne sera accessible deux matinées en moins sur la semaine.
André Blaise, échevin à Nassogne et ancien secrétaire générale de la CSC Transcom, s'inquiète de l'avenir. "J'ai peur qu'en supprimant deux matinées par semaine dès septembre, on mette le doigt dans l'engrenage. Qu'en sera-t-il dans deux ans ? Si on ferme trop, alors la clientèle risque d'aller voir ailleurs et de déserter le bureau de Nassogne qui, in fine, sera de moins en moins accessible."
Gautier Calomne, député fédéral MR: "Il est nécessaire d'adapter les horaires"
"Comme en attestent les chiffres, bpost continue de se moderniser et de proposer de plus en plus de services, en particulier sur le net mais aussi dans les différents Points Poste. Résultat logique : certains bureaux sont moins fréquentés, avec une diminution de 24 % en l'espace de 5 ans. Il était donc nécessaire d'adapter les horaires d'ouverture, en limitant la durée pour ceux qui restent vides la majorité du temps, et en étendant en contrepartie la disponibilité de ceux où la demande est plus forte. Il s'agissait en résumé de suivre au mieux les évolutions de fréquentation. Le service s'améliore, tout en respectant la concertation sociale et en maintenant l'emploi, une proximité avec les clients et une bonne accessibilité (aussi le samedi et en dehors des heures de bureau)."
