Un assassinat maquillé en double suicide au curare

Jacques Laruelle

Elle disait qu'elle avait voulu mourir avec lui et qu'elle s'était manquée.Elle était infirmière à la Clinique Reine Astrid de Malmedy. Il y était ambulancier. Ils effectuaient parfois leurs gardes ensemble. C'est dans ce cadre de travail que Magali Hermann et Christophe Briska ont appris à se connaître. Elle avait trois enfants et dix ans de plus que lui.

Ils ont commencé à sortir ensemble en cachette en février 2014. Elle a quitté son mari en août 2014. Ils ont emménagé ensemble à Stavelot.

Mais la lune de miel a été de courte durée. Profondément jaloux tous les deux, leur relation est devenue destructrice. Ils ont sombré dans la dépression.

Leur histoire s'est terminée tragiquement le 17 avril 2015. Un collègue de Christophe Briska est venu reprendre l'ambulance de service à 9h. Il y avait, sur la porte d'entrée, un mot qui disait d'appeler la police. La clé était dans la serrure. Il est entré. Il y avait du sang partout dans la cuisine.

Le couple était couché dans le divan. Un curieux montage, avec une perfusion médicale montée sur un cintre, était accroché à la pendule.

Christophe Briska était inconscient. L'ambulancier a pu réveiller Magali Hermann qui, dans un état second, n'a pu l'aider dans ses tentatives de réanimation de son compagnon. C'était trop tard.

Que s'était-il passé ? Selon Magali Hermann, c'était une double tentative de suicide. Le juge d'instruction en charge de l'enquête ne l'a pas crue. Il l'a inculpée d'assassinat par empoisonnement.

En janvier dernier, au cours de son procès devant le tribunal correctionnel de Verviers, elle s'est expliquée. Son compagnon aurait déjà tenté de se suicider la veille du drame. Il s'était manqué. Mais elle n'aurait pu supporter qu'il parte sans elle. Et ils auraient "opté pour la paix éternelle".

Prétendu double suicide au curare

Elle aurait volé des produits à la clinique. Et c'est lui qui aurait réalisé le montage. Lorsqu'elle s'est rendu compte que le dispositif ne permettait pas un suicide à deux, il a été décidé qu'il partirait le premier avec la perfusion au curare qui provoque une mort lente et douloureuse en raison de l'engourdissement des muscles.

Afin de rendre la mort plus douce, il était aussi convenu qu'elle leur fasse à chacun une piqûre d'anesthésiant. Ce qu'elle a fait. Mais lorsqu'elle s'est réveillée pour se mettre la perfusion au curare, il n'y avait plus assez d'anesthésiant. Et elle n'a pas osé s'injecter directement le curare, avait-elle dit.

Le ministère public voyait de son côté un "homicide réfléchi, calculé, prémédité". C'est la thèse qui a été retenue par le tribunal qui a condamné mercredi Magali Hermann à 12 ans de prison.

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