Un traquenard pour se débarrasser du père de son fils
- Publié le 05-03-2017 à 19h51
- Mis à jour le 05-03-2017 à 19h56

Une femme de 33 ans est accusée d'avoir commandité le meurtre de son ex. Le procès démarre ce lundi aux assises de Mons. Récit Annick Hovine Un traquenard - il n'y a pas d'autre mot. Le lieu et l'heure du faux rendez-vous d'affaires fixé à David Ervinckx dans la soirée du 28 mars 2013 ont été expressément choisis pour assurer la plus grande discrétion. Le comptable de 36 ans se rend à bord de son Alfa Roméo au nord de Charleroi, dans le village de Mellet. Un bout de papier retrouvé dans sa voiture mentionne l'adresse précise, écrite à la main : "rue de Wayaux, 21". On l'a contacté par téléphone. Il ne s'est pas méfié. Il aurait dû.
Vers 22 h 20, la police est avisée d'un accident de la route à Mellet. Les secours découvrent le conducteur inconscient. Il présente des blessures par balles à l'épaule et au thorax. Le comptable a été touché au moins à trois reprises. Il décédera dans la soirée. Un témoin déclare aux policiers avoir vu une BMW série 1 à côté de l'Alfa Roméo.
Le magistrat instructeur fait procéder à l'analyse du portable de David - qui lui a donné rendez-vous ? Le propriétaire du GSM dont le numéro a été identifié explique qu'un certain "Fayçal" lui a emprunté son appareil - c'est le cinquième accusé.
L'étau se resserre
L'enquête se dirige très vite vers Sophie Dery, 29 ans à l'époque, ex-compagne de David Ervinckx - c'est la première accusée. Un différend opposait la jeune femme et le comptable à propos de la garde de T., leur fils commun, âgé d'un an et demi. La jeune mère faisait tout pour priver David de son fils.
L'étau se resserre encore deux jours après les faits. Les policiers apprennent d'une de leurs "sources" que Sophie Dery a fait tuer David Ervinckx "contre une importante somme d'argent". Un acompte a déjà été versé.
Le tuyau, capital, relance une information parvenue trois mois plus tôt au parquet de Charleroi. Un indicateur affirmait qu'une dame avait commandité le meurtre de son mari. Il donnait des détails. La femme occupe une fonction à responsabilité dans une société de bandagisterie de Fleurus - Sophie Dery travaillait dans la société familiale "Fleurus médical". Le mari visé serait un comptable répondant au nom de "Hendrickx" - le malheureux David était précisément comptable. Mais le nom n'était pas correct. Les vérifications menées à l'époque n'avaient pas permis d'identifier la future victime…
"Un baraki de Charleroi"
Mais, rétrospectivement, voilà qui accable l'ex-épouse. D'autant que Sophie Dery avait évoqué devant des proches son projet de faire tuer le père de son fils; elle aurait même déjà recruté "un baraki de Charleroi". Ses confidences remontaient à Noël 2012. Ses amis n'y croyaient pas.
Elle avait pourtant mis son plan à exécution. Le "baraki de Charleroi", c'est Giuliano Di Iuliochiacchia, 35 ans, garagiste à Jemeppe-sur-Sambre, sans antécédent - c'est le deuxième accusé. Au cours de l'enquête, il explique qu'en juin 2012, Sophie Dery, une de ses clientes, est venue lui demander s'il connaissait quelqu'un pour "mettre une rame" à son copain. Le mois suivant, elle revenait mais cette fois, "c'était pour le faire tuer car il demandait la garde de son fils T." Les dates concordent : la première comparution des ex-époux devant le tribunal de la jeunesse de Namur remonte à mai 2012…
Le rôle du méchant
Le garagiste aurait flairé la bonne affaire : Sophie Dery avait promis 30 000 euros… Il lui présente Christophe Petit, 46 ans, chauffeur de poids lourds, comme un "dangereux criminel". Le troisième accusé, endetté, accepte de jouer le "rôle du méchant" dans le but de soutirer de l'argent à la jeune femme. Pour Di Iuliochiacchia et Petit, "on allait juste le passer à tabac, prendre l'argent et basta". Bref, "une belle arnaque".
Les deux laissent traîner les choses. Mais Sophie Dery met la pression, leur dit qu'elle a trouvé des Roumains pour faire le travail. Christophe Petit contacte alors Patrick Bastin, 43 ans. Le quatrième accusé est un chauffeur routier, criblé de dettes, qu'il a connu via le boulot. Christophe Petit lui présente l'ex-femme comme "une pigeonne"; il lui dit qu'il y a beaucoup d'argent à prendre. Patrick Bastin dira au juge d'instruction qu'ils voulaient uniquement "mettre une raclée" à David Ervinckx.
Les deux compères touchent un acompte de 4 000 euros, qu'ils se partagent. Christophe Petit fournit un pistolet et des munitions à Patrick Bastin. Mais ce dernier, plus très chaud, se dégonfle et engage un certain Fayçal - le cinquième accusé. C'est un jeune boxeur prometteur de 28 ans, qui gagne pourtant bien sa vie comme agent de sécurité - il touche 1 500 euros par mois - et avec les extras pour les combats qu'il gagne quasi chaque fois.
Trois jours après le drame, le garagiste, Petit et Bastin se retrouvent sur la place de Châtelineau : le premier remet une enveloppe contenant 10 000 euros aux deux autres. Mission accomplie.
Pas un traître mot
Il semble que, le jour des faits, Fayçal Boutuil et Patrick Bastin étaient seuls à bord de la BMW qui s'est arrêtée à hauteur de l'Alfa de la victime. Les deux hommes s'accusent mutuellement d'être le tireur. Une confrontation entre eux n'a pas permis d'élucider ce point. Au test du polygraphe, Fayçal a montré des réactions mensongères.
Et Sophie Dery ? Elle admet juste avoir demandé à un ami de trouver quelqu'un pour "faire peur" à David avant la première comparution devant le juge de la jeunesse. Elle affirme que Giuliano Di Iuliochiacchia était son amant depuis l'été 2012. Ce que le deuxième accusé conteste. L'examen médical auquel il s'est soumis démontre qu'il présente des particularités physiques reconnaissables par une personne qui aurait avec lui des relations intimes. Sophie Dery n'a pas été capable de les décrire.
Et les importantes sommes d'argent qu'elle a remises à son prétendu amant ? Le garagiste devait restaurer sa Fiat 500, prétend-elle. Et si on a retrouvé, dans le GSM de l'accusée, des traces de conversations téléphoniques avec Christophe Petit, c'est parce que ce dernier devait fournir des pièces détachées.
Une version dont le ministère public n'a pas cru un traître mot.
Le procès
Quatre semaines aux assises
Agenda. Le procès des cinq accusés de l'assassinat de David Ervinckx, le 29 mars 2013 à Mellet, démarre ce lundi devant la cour d'assises du Hainaut siégeant à Mons. Il est prévu pour quatre semaines.
Jury. Huit femmes et quatre hommes ont été tirés au sort jeudi dernier pour constituer le jury.
Accusés. Les accusés comparaissent libres - leur libération a été ordonnée en cours de procédure. Ils seront défendus par des ténors du barreau : Me Marc Preumont pour Sophie Dery; Me Jean-Philippe Mayence pour Giuliano Di Iuliochiacchia; Me Alexandre Wilmotte pour Christophe Petit; Me Fabian Lauvaux pour Patrick Bastin; Me Henry Van Malleghem pour Fayçal Boutouil.
Parties civiles. La famille de David Ervinckx sera représentée par Me Michel Bouchat. Le tuteur du petit T. (4 ans et demi) sera défendu par Me Caroline Lepied.