Marc Becker (CSC) : "Je crains que le gouvernement enterre l'assurance autonomie"
Marc Becker, le patron de la CSC wallonne livre ses craintes pour les politiques sociales en Wallonie. Entretien.
- Publié le 12-05-2017 à 14h24

Juste avant le congrès de la CSC wallonne qui se tient ces vendredi et samedi à Houffalize, le secrétaire national du syndicat, Marc Becker livre ses inquiétudes sur certains projets annoncés par le gouvernement wallon (PS-CDH).
Comment va la CSC wallonne ?
Nous avons pris beaucoup de temps avec les centrales et les régionales pour préparer le congrès. Nous avons été surpris parce qu'on sent que les gens ont besoin d'autre chose, d'air frais. Ils veulent des ruptures par rapport au passé. On sent que notre modèle arrive à sa fin et qu'il faut autre chose. Un modèle basé sur le "mieux-être" plutôt que sur le "plus avoir". La question de la transition écologique revient tout le temps et le mode de vie basé sur une consommation excessive doit changer. Avant on n'entendait pas cela. On nous parle d'économie circulaire, de circuits courts ou d'économie sociale. Le tout ancré dans une société numérique. Les militants nous demandent de faire un pacte social avec le gouvernement wallon pour qu'il intègre ces réalités. Il y a une lame de fond que le monde politique doit absolument comprendre. S'ils ne donnent pas les bonnes réponses, ce sont les extrêmes qui récolteront….
Vous êtes aussi très attentif à l'assurance autonomie que le gouvernement wallon veut mettre en place. Vous êtes confiant ?
Il semble que ce projet ne répondrait qu'aux problèmes liés à la grande dépendance. Alors que l'objectif était d'élargir à toutes les dépendances. Nous voulons le projet ambitieux qui est inscrit dans la déclaration de politique régionale. Mais il semble qu'au sein du gouvernement wallon, ce projet ne soit pas la tasse de thé d'un des partenaires.
Il y a des freins ?
Je ne sais pas mais je crois que c'est un projet qui se monnaie au sein du gouvernement. C'est pourtant maintenant qu'il faut le faire. Il reste deux ans et ce genre de projet met du temps pour être mis en place. Je crains que si cette coalition ne le fait pas, on ne le fera jamais, alors que nous n'avons pas la pire des coalitions.
Vous avez peur qu'on enterre le projet ?
Oui tout à fait. Il y a clairement un risque. Et nous ne voulons pas non plus d'un truc de bric et de broc. Ils doivent trouver les moyens financiers pour y arriver. Cette demande va devenir notre principale priorité. Nous allons enfoncer le clou là-dessus continuellement.
Les allocations familiales vous inquiètent aussi ?
Le modèle a été adopté par le gouvernement. On aurait pu faire mieux mais soit. Il aurait fallu proposer des montants de base plus bas et des suppléments sociaux plus importants. Nous avons eu un chiffre qui dit que 25 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté et que grâce aux allocations familiales, ce chiffre est ramené à 11 %. Cela veut dire qu'elles jouent un rôle fondamental contre la précarité infantile. Le gouvernement dit l'inverse. Nous craignons aussi le timing. Le nouveau modèle doit entrer en vigueur le 1er janvier 2019. Au niveau du transfert du personnel qui vient du fédéral, à ma connaissance, il n'y a pas dix informaticiens qui veulent venir travailler à Charleroi pour mettre en place le modèle. C'est inquiétant. Est-ce qu'il ne faudrait pas continuer avec l'ancien modèle durant encore une année et démarrer le nouveau en 2020 ? Il serait vraiment grave que lorsque le nouveau système entre en vigueur, il y ait des problèmes avec les paiements.