Les profs pourront bientôt faire des heures sup'
- Publié le 09-03-2018 à 06h57
- Mis à jour le 09-03-2018 à 11h33

Les enseignants francophones pourraient dès la rentrée prochaine prester des heures en plus de leur plein-temps. C'est une première depuis au moins les années 80 : un certain nombre d'enseignants francophones pourront dès la rentrée prochaine se voir proposer par leur établissement des heures supplémentaires rémunérées. Une mesure prévue dans le Pacte d'excellence dont l'introduction sera encadrée par un certain nombre de balises, et que les pouvoirs organisateurs attendent avec impatience en raison de la pénurie frappant durement la profession.
L'introduction de ces heures sup' s'inscrit dans un contexte plus large : celui de la remise à plat du temps de travail des enseignants comme le prévoit le Pacte d'excellence. La suppression de la plage horaire est ainsi aussi au programme. En d'autres termes, deux temps plein auront obligatoirement le même nombre d'heures. En secondaire, aujourd'hui, le nombre varie ainsi de 22 à 24 dans l'inférieur et de 20 à 22 dans le supérieur. En septembre prochain, le nombre d'heures sera homogénéisé et abaissé à 22 dans le premier cas et à 20 dans le second.
Pour les syndicats enseignants, la question reste sensible. Et si les heures sup' vont bel et bien faire leur apparition, les balises seront nombreuses et le budget peu élevé, insiste la CSC Enseignement. "Le budget estimé de la mesure vient de la suppression des plages horaires et est de 4,8 millions d'euros. C'est une mesure qui doit rester exceptionnelle si on veut ne dépenser que cette somme", indique son secrétaire général Eugène Ernst.
Au final, ces 4,8 millions d'euros pourront financer 2.400 heures de cours en plus ou le traitement de 100 équivalents temps plein de profs sur un total de 100.000 en Fédération Wallonie-Bruxelles, veut encore relativiser la CSC Enseignement. "Il y aura en tout cas différents cas de figure. Par exemple, un prof dans le secondaire supérieur qui a déjà 16 h et acceptera de donner un cours de français de 5 h ou un prof en horaire complet qui prend des heures en plus durant quelques semaines en cas d'absence d'un collègue", explique Eugène Ernst.
Un deuxième cas de figure qui pourrait finalement revenir assez souvent au regard de la grave pénurie d'enseignants et des difficultés pour les écoles à leur trouver des remplaçants en cours d'année. Pour certains réseaux scolaires, l'objectif est d'ailleurs d'augmenter l'enveloppe budgétaire dévolue si l'introduction se passe bien.
"On est en pénurie de profs. Donc, pour nous, ce serait bien si on pouvait intensifier cette mesure. Il ne faut pas oublier qu'il y a certaines économies qui sont faites actuellement du fait que certains emplois ne sont pas couverts. Après une première année, il devrait y avoir une évaluation. On pourra voir si c'est nécessaire d'augmenter le budget", explique Roberto Galluccio, administrateur-délégué du réseau des communes et provinces (CPEONS).
"C'est en fonction des enseignants qui sont volontaires pour le faire"
BRUXELLES "Ce sera en fonction des possibilités, des disponibilités et des situations de terrain. Ce sera particulier pour chaque école. Il n'y a donc pas de clé de partage pour les réseaux. C'est en fonction des enseignants qui sont volontaires ou non pour le faire. On sera en tout cas dans un système encadré", explique Roberto Galluccio, du réseau des communes et provinces (CPEONS). Celui-ci rappelle d'ailleurs que les enseignants pouvaient déjà faire des heures sup' jusqu'il y a près de 40 ans. "Avant 1977, il était possible pour un enseignant de travailler avec des heures supplémentaires, et même d'avoir de nombreuses heures en plus en promotion sociale. Cela s'était arrêté parce qu'on était entrés dans une crise économique. Il y avait une crise des moyens financiers."
Pour le reste, si la mesure est censée entrer en vigueur dès septembre prochain, un retard n'est pas à exclure.
Les syndicats, les pouvoirs organisateurs et les réseaux n'ont pas encore réussi à s'entendre sur les balises à mettre en place. "Le travail est en cours et il est prématuré de s'exprimer à ce sujet", expliquait pour sa part le cabinet de la ministre de l'Enseignement Marie-Martine Schyns (CDH).
"Une piste face à la pénurie de profs de langues"
Pour le député Laurent Henquet (MR), face à la pénurie de profs de langues, la piste des heures supplémentaires doit être envisagée
La Fédération Wallonie-Bruxelles fait face, depuis plusieurs années, à une importante pénurie de professeurs de langues germaniques. Fin 2017, un certain nombre de classes de secondaire attendaient toujours leur premier cours d'anglais ou de néerlandais. Une situation d'autant plus inquiétante que le nombre d'élèves va augmenter de manière significative ces prochaines années. Face à ce constat, le député Laurent Henquet (MR) demande à la ministre Marie-Martine Schyns (CDH) d'envisager à court terme la piste des heures supplémentaires.
Une proposition qui n'est pas en lien direct avec les mesures prévues dans le Pacte et qui ne concernerait que les enseignants disposant d'un titre requis et sur base volontaire.
"Le Pacte d'excellence préconise notamment de renforcer l'enseignement des langues pour tous les enfants dès la P3. Ce souhait a été chiffré : il faudrait pour implémenter la mesure engager 500 équivalents temps plein. Si un budget a été prévu à cet effet, il n'en demeure pas moins vrai qu'un réel phénomène de pénurie existe pour ces matières. Or votre analyse de la situation et les solutions que vous énoncez fréquemment dans la presse me semblent assez légères en regard de l'acuité du problème", insiste, dans une question écrite adressée à la ministre, cet ex-directeur d'école.
"Votre souhait de revaloriser au travers du Pacte l'image de l'enseignant, sa fonction et par là même d'attirer plus de candidats me laisse perplexe, car au mieux ces mesures ne peuvent produire un effet qu'à long terme. À très court terme, une piste me semble toutefois intéressante, celle de permettre aux profs qui le désireraient de prester des heures supplémentaires rémunérées", conclut-il.