Croquis de justice: mais qui donc a acheté les Damart ?
Il y a des dossiers, comme celui jugé ce matin à Bruxelles, qui peuvent paraître a priori extrêmement simples. Mais qui, en raison de l'attitude des prévenus, qui tentent sans arrêt de noyer le poisson, deviennent illisibles.

- Publié le 12-05-2019 à 12h24
- Mis à jour le 12-05-2019 à 13h21

Ils sont jeunes, escrocs à la petite semaine et n'assument pas. Cela risque de leur coûter cher.Il y a des dossiers, comme celui jugé ce matin à Bruxelles, qui peuvent paraître a priori extrêmement simples. Mais qui, en raison de l'attitude des prévenus, qui tentent sans arrêt de noyer le poisson, deviennent illisibles.
Dans cette affaire d'escroquerie, le modus operandi est élémentaire. Les escrocs ont sévi deux fois avant d'être arrêtés. Ils réalisaient un achat dans un magasin Damart, pour plusieurs centaines d'euros. Ils réglaient avec de faux billets. Le lendemain, ils se présentaient dans une autre boutique Damart, pour se faire rembourser, soi-disant parce que la taille ne convenait pas.
Sur le banc des prévenus, il y a un garçon et une fille. Une deuxième fille - si elle n'avait pas eu 17 ans au moment des faits - serait avec eux sur le banc des prévenus. Elle est la seule installée sur les bancs réservés au public.
Une juge pédagogue
D'emblée, la présidente prévient les deux prévenus : "Je viens de relire le dossier, c'est incompréhensible. Ce que je vous conseille - mais je ne peux pas vous conseiller - c'est de dire les choses comme elles le sont. Si on dit des choses et que le tribunal pense que cela s'est passé autrement, cela ne fera pas bonne impression." C'est un avertissement : mieux vaut, pour espérer la clémence, prendre ses responsabilités…
Mais la jeune femme ne semble pas avoir compris. Son avocat arrive. Il veut s'installer sur un banc à sa hauteur, et pas derrière elle comme le veut l'usage.
La juge, pressentant que c'est pour que sa cliente lise les réponses dans ses yeux, demande à l'avocat de reculer. L'avocat s'entête : "Il n'y a pas de place prédéfinie", dit-il. La juge maintient : "Elle peut parler seule." L'avocat finit par s'incliner.
La jeune femme n'est vraiment pas coopérative. Impossible de savoir qui d'elle, du jeune garçon ou de la mineure - "ma sœur adoptive", dit-elle pour signifier que c'est la fille de la nouvelle compagne de son père - était présent lors de l'achat des Damart ou lors du premier remboursement.
Elle laisse entendre que cela pourrait être sa "sœur adoptive" qui a effectué le premier achat. Ce qui est bien commode car, mineure, elle n'est pas poursuivie. La juge n'en croit pas un mot : "Elle est arrivée de France deux jours avant le premier achat. Elle avait 17 ans. Et ce serait elle ? C'est logique ?" La grande sœur concède que non.
Le jeune homme n'est pas plus bavard. L'escroquerie a été éventée dans le deuxième magasin lorsque les sœurs ont été arrêtées. "Je n'étais pas au courant. J'étais dans mon lit et j'apprends qu'elles ont été arrêtées", dit-il.
Un mystérieux "black"
En cours d'enquête, il avait dit que c'était la grande sœur qui avait fourni les faux billets. Aujourd'hui, il désigne un "black rencontré à Clemenceau". Il n'a pas dénoncé cet homme car il avait peur des représailles, dit-il : par le passé, il a déjà été victime d'une personne qu'il avait dénoncée, justifie-t-il.
Ce qui ne convainc pas la juge : "Mais c'est plus grave et risqué d'accuser quelqu'un qui n'a rien fait", dit la juge. Et de conclure : "On a des cerveaux qui ne fonctionnent pas de la même façon."