En Europe, cinq princesses se préparent à monter sur le trône: "Le parcours d'Elisabeth inspire d'autres cours"
Une vague de féminisation inédite de la fonction royale s'apprête à déferler sur les monarchies d'Europe, que ce soit en Belgique, en Espagne, en Suède ou encore aux Pays-Bas. De quoi moderniser la fonction royale ?

- Publié le 05-01-2024 à 06h30
- Mis à jour le 05-01-2024 à 09h41

C'est la fin d'une ère, mais aussi, bientôt, le début d'une nouvelle.
Après 52 ans de règne, la reine du Danemark Margrethe II va abdiquer. C'est son fils aîné, le prince héritier Frederik de Danemark, âgé de 55 ans, qui lui succédera.
Margrethe était devenue en septembre 2022 la dernière monarque d'Europe encore en fonction après le décès de sa cousine Elizabeth d'Angleterre, et l'abdication en 2013 de Beatrix des Pays-Bas.
Dans deux semaines, tous les monarques d'Europe seront donc des hommes.
Cette situation, paradoxalement, ne sera qu'une parenthèse.
Car une vague de féminisation inédite de la fonction royale s'apprête à déferler sur les monarchies d'Europe, que ce soit en Belgique, en Espagne, en Suède, ou encore aux Pays-Bas. Dans cinq des sept monarchies d'Europe, à l'exception du Royaume-Uni et du Luxembourg, c'est une femme qui devrait hériter, à terme, de la couronne.
Ce vent nouveau, en Belgique, est déjà perceptible.
La princesse Elisabeth de Belgique, qui termine actuellement ses études à Oxford, poursuit l'écolage qui doit, à terme, l'amener à développer ses aptitudes linguistiques, ses réseaux, ses compétences pour succéder à son père et devenir la première reine de l'histoire de notre pays (NdlR : la loi salique n'a été abolie chez nous qu'en 1991). En mars dernier, la princesse a effectué son premier voyage officiel en Égypte.
"Étant l'aînée de sa génération, il semble que le parcours de Elisabeth inspire d'autres cours européennes. Après son passage à l'Atlantic Collège, on y a vu la princesse Alexia des Pays-Bas et Leonor d'Espagne rejoindre cette école galloise. La princesse Leonor a récemment décidé de suivre aussi une formation au sein de l'armée espagnole à l'instar de ce que Elisabeth a fait au sein de l'École royale militaire", analyse Vincent Dujardin, professeur d'histoire contemporaine à l'UCL, qui tempère cependant. "Ce n'est pas demain, toutefois, que vous les verrez sur le trône. Aux Pays-Bas et en Belgique, les rois Willem-Alexander et Philippe sont beaucoup plus jeunes qu'en Suède et n'ont que 10 ans de règne. En Espagne, Felippe n'aura que neuf ans de règne cette année", précise-t-il.
Car c'est probablement au nord de l'Europe qu'une Reine montera le plus rapidement sur le trône.
Victoria de Suède devrait être la première
"Victoria de Suède devrait être la première des princesses actuelles à prêter serment, dans la mesure où son père a déjà plus de 50 ans de règne. À bientôt 47 ans, elle est bien préparée. Pour le moment, elle est plus populaire que son père (le roi Carl XVI Gustaf)", souligne Vincent Dujardin.
Victoria sera en outre la première reine de Suède depuis trois siècles. Elle ne devrait pas être la dernière puisque sa fille Estelle, 11 ans, occupe actuellement la deuxième place dans l'ordre de succession au trône de Suède.
Pour les autres, il faudra encore patienter.
Catharina-Amalia des Pays-Bas, en effet, est de deux ans la cadette de la princesse Elisabeth, qu'elle connaît bien.
La fille aînée du roi des Pays-Bas Willem-Alexander et de la reine Maxima est destinée à régner sur les Pays-Bas après son père, dont la popularité, à l'inverse du roi Philippe, s'est érodée depuis qu'il est monté sur le trône. "Dans certains pays, le soutien ou la confiance aux régnants ou à la famille royale a chuté. Le cas le plus spectaculaire est celui du roi des Pays-Bas, confirme Vincent Dujardin. En 2017, 80 % des Néerlandais disaient encore faire confiance à leur roi. En avril 2023, ils n'étaient plus que 46 %. Il est vrai qu'il y a une ambiance anti-establishment aux Pays-Bas qui ne vise pas la seule monarchie (NdlR : en Belgique, le roi Philippe conserve, selon les sondages, la confiance de la majorité de la population). Pour autant, les monarchies européennes ne semblent pas en danger pour le moment. Mais elles n'ont pas intérêt à se sentir trop sûres d'elles-mêmes. "
Pour Catharina-Amalia des Pays-Bas, la route pour succéder à sa grand-mère Beatrix est par ailleurs semée d'embûches.
La jeune princesse des Pays-Bas, qui vient de fêter ses 21 ans, a été menacée par la mafia de la drogue, et a dû être sous haute protection. Elle ne peut pour l'instant plus mener une vie d'étudiante normale…
Leonor, princesse et futur reine d'Espagne
Un vent nouveau s'apprête également à souffler sur la monarchie espagnole, qui en aura bien besoin. L'infante Leonor de Bourbon, fille aînée du roi Felipe VI et de la reine Letizia, a fêté ses 18 ans en octobre.
Son accès au trône, plus de 150 ans après Isabelle II, serait un évènement. L'Espagne vit en effet toujours sous le règne suranné de la primogéniture masculine qui exige que ce soit l'aîné des garçons du monarque qui hérite du pouvoir. Ce n'est donc que parce qu'elle n'a pas de frère que Leonor pourrait accéder au trône. Elle aura fort à faire pour sortir la monarchie espagnole de l'ornière dans laquelle elle se trouve, 10 ans après l'abdication du roi Juan Carlos, dont les frasques ont affaibli la Cour.
Une femme devrait aussi monter sur le trône en Norvège, mais cela ne sera pas pour tout de suite. Le prince héritier Haakon de Norvège (50 ans) est appelé à succéder à Harald V de Norvège (86 ans). Sa fille, la princesse Ingrid Alexandra de Norvège (18 ans), est la suivante dans l'ordre de succession au trône.
"Favoriser l'unité du pays"
"Les monarchies nordiques se portent toutes bien, reprend Vincent Dujardin. Elles y sont vues comme un symbole du pays et bénéficient de solides appuis populaires, même si elles sont moins nécessaires sans doute là-bas que dans un pays compliqué sur le plan communautaire comme le nôtre, par exemple, ou l'Espagne. En Espagne, Felipe et Leonor sont tous deux populaires et la monarchie est clairement perçue comme pouvant favoriser l'unité du pays. Mais elle a tout de même été fort secouée par les scandales autour de Juan Carlos. En Belgique, l'avenir de la monarchie est directement lié à celui de la Belgique."
Peut-on dire qu'Elisabeth II, par exemple, a davantage modernisé la fonction royale que tous les rois de sa génération ? Je ne le pense pas. Chez nous, le roi Philippe a déjà pu donner des touches de modernité à son règne. Quant au roi Charles, s'il veut éviter des remous croissants, il devra, à mon sens, moderniser la monarchie britannique."
Faut-il s'attendre, avec la montée de ces femmes sur le trône, à un vent de modernité, voire de réforme ? "Dans plusieurs monarchies voisines, avoir une reine sur le trône, ne constituera pas une nouveauté, à commencer par nos voisins hollandais. Ce sera certes le cas chez nous. Mais il me semble que ce qui compte davantage, c'est la vision que le nouveau roi ou la nouvelle reine aura de la fonction royale, conclut Vincent Dujardin. Peut-on dire qu'Elisabeth II, par exemple, a davantage modernisé la fonction royale que tous les rois de sa génération ? Je ne le pense pas. Chez nous, le roi Philippe a déjà pu donner des touches de modernité à son règne. Quant au roi Charles, s'il veut éviter des remous croissants, il devra, à mon sens, moderniser la monarchie britannique dans différents domaines, à commencer par celui de son financement par exemple."