Satanées caméras de surveillance, ces empêcheuses de méfaire en paix
Farid n'est pas stressé sur la route menant au tribunal. Pourtant, il aurait dû l'être un minimum.
- Publié le 24-03-2024 à 10h30
Farid (*), un nez à la Carlos Monzon (les moins de 55 ans iront sur Google pour apprécier) est pris la main dans le sac ou plus exactement par les caméras de surveillance. Devant un café du centre de la Cité du Doudou, il vide un portefeuille, en saisit le contenu avant de le balancer.
Auparavant, il avait pris "soin" de rectifier le "blair" de Youssouf (*). Le contentieux : un deal qui a mal tourné. "Il dit que c'est moi qui voulais lui vendre des stupéfiants mais c'est le contraire", affirme Farid. "Je lui ai donné une certaine somme d'argent et il a décrété - même si ce n'est pas exactement le terme que le prévenu a employé, on s'en doute - que ce n'était pas suffisant. J'ai donc voulu reprendre mon argent dans son portefeuille." Accessoirement en lui refaisant le portrait.
- "Vous parlez d'un échange de coups, mais vous n'aviez aucune trace de blessure", interroge la présidente.
- "Je voulais juste reprendre mon argent… Mais j'avais beaucoup bu et, depuis les faits, il n'y a pas un jour où je regrette mes actes."
De frimeur à enfant de chœur
Rétroactes : en rade de véhicule et fatigué par une courte nuit je (la première personne du singulier n'est pas l'usage journalistique paraît-il mais tant pis) suis un couple qui se dirige vers le tribunal. Elle est jeune et plutôt coquette, lui est enjoué, badin : "Purée, je n'aurais pas dû mettre cette chemise-là pour aller au tribunal, on dirait que je vais en vacances…."
Sans doute des parties civiles, me dis-je. Que nenni, c'était notre Carlos Monzon qui, de frimeur en rue, s'était mué en enfant de chœur une fois sur le banc des prévenus : "Il n'y a pas un jour où je regrette mes actes…" Visiblement un Robert De Niro en devenir.
"Je n'ai jamais profité de l'État"
Revenons au tribunal : "Deux mois après les faits, vous avez causé des troubles dans un café, violant ainsi les conditions qui auraient pu vous valoir un mandat d'arrêt", assène la présidente. Et aujourd'hui, où en êtes-vous ?"
- "J'essaie de m'en sortir, pour ma compagne et mes enfants."
- "Vous avez des revenus", interroge la présidente ?
- "Je n'ai jamais profité de l'état", argue Farid en bombant presque le torse. Sans doute un héritier ou gagnant de l'EuroMillions ou autre….
- "Et votre compagne, a-t-elle un revenu ?"
- "Elle est aux études, mais elle a un revenu qui provient… (il se retourne vers sa compagne, contrite). De quoi encore ?"
- "Du CPAS", avance-t-elle timidement.
La procureure du Roi met en exergue les déclarations à géométrie variable de Farid sur les faits : "Quand je buvais, des fois, il fallait plusieurs jours pour que je me souvienne de ce que j'avais fait". Pour le ministère public, les préventions sont établies et vu les antécédents judiciaires du prévenu, il requiert trois ans de prison, assortis d'un sursis probatoire.
Une aubaine pour l'avocate de la défense qui s'engouffre dans la brèche : "Mon client n'a jamais contesté les faits, il n'en a simplement pas le souvenir. Il buvait beaucoup, il en a pris conscience et consulte une psychologue. Son taux de Gamma GT est correct mais je mentirais si je disais qu'il est sobre depuis des mois. Il lutte contre son addiction mais il y a une prise de conscience de sa part."
Sursis épuisés
Le conseil s'engage dans la voie d'un sursis probatoire assorti d'un suivi psychologique, d'une formation pour la gestion de la violence tout en soulignant que son client vit désormais dans un cadre fixe avec compagne et enfants.
- "Vous demandez un sursis probatoire alors que vous en avez bénéficié d'un et qu'il a été révoqué", pique la présidente.
- "Je vais faire de mon mieux", rétorque Farid.
- "Ce n'est pas suffisant", conclut la présidente.
Jugement le 18 avril.
(*) Prénom d'emprunt

