Finances publiques : 2024, la petite éclaircie dans un ciel bien chargé
Les prochaines années s'annoncent (très) compliquées sur le plan budgétaire pour la Belgique. L'année 2024, qui connaîtra deux élections, fait cependant un peu figure d'exception, comme le montre aussi un rapport du Conseil supérieur des Finances.

- Publié le 01-04-2024 à 13h57

Ce doit être un hasard. L'état de nos finances publiques, c'est un secret de polichinelle, est dans la zone rouge depuis quelques années, mais l'année 2024, année d'élections, tire étonnamment son épingle du jeu… Plusieurs éléments confortent ce constat. Il y a d'abord eu la publication, en milieu de semaine, du dernier rapport des experts du Comité de monitoring, prélude à tout ajustement budgétaire à mi-parcours de l'année. Que dit ce rapport ? Que sur le plan du déficit et de l'endettement publics, la situation est conforme à ce qui était budgété. C'est même meilleur que prévu ! De quelques centaines de millions d'euros pour l'État fédéral (dont la sécurité sociale) et les entités fédérées. La secrétaire d'État au Budget Alexia Bertrand (Open VLD) pouvait ainsi se "réjouir". Le gouvernement fédéral est bien, selon elle, sur la bonne voie dans son "trajet d'assainissement des finances publiques". Pour l'entité I, qui comprend donc l'administration fédérale et la sécurité sociale, le Comité de monitoring prévoit un déficit budgétaire de 2,9 % du PIB pour 2024. C'est "conforme aux engagements pris vis-à-vis de l'Europe", indique la secrétaire d'État. C'est beaucoup moins enthousiasmant pour ses successeurs puisqu'à politique inchangée, pour le fédéral et les entités fédérées pris ensemble, le déficit attendu passerait de 4,4 % du PIB cette année, à 5,7 % en 2029. Même tendance lourde au niveau du taux d'endettement : le taux d'endettement monterait de 105,9 % du PIB cette année, à 118,9 % en 2029.
Investissements publics en baisse dès 2026
Un autre indicateur important pour les finances publiques, qui a fait l'objet d'une publication du Conseil supérieur des Finances (CSF) vendredi soir, va dans le même sens : la situation sur le front des investissements publics s'est améliorée, particulièrement pour l'année 2024, mais ensuite, c'est la décrue. Que disent les chiffres du CSF ? Le rapport sur "l'évolution des investissements publics de 2023 à 2029", montre que le ratio de la formation brute de capital fixe de l'ensemble des administrations publiques (en gros, les investissements que réalisent ces dernières) atteindra un pic de 3,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024 avant de baisser ensuite jusqu'à 2,8 % du PIB à partir de 2027. Ce taux de 2,8 % vaut aussi jusqu'en 2029. Bref, 2024, c'est une petite éclaircie dans un ciel bien chargé.
La Région wallonne, un cas à part
Pour le surplus, le CSF constate que la part des investissements publics logés dans l'entité I représente environ un cinquième de l'ensemble des investissements publics en 2023 et augmentera à plus d'un quart en 2028. L'entité II, et particulièrement les Communautés et Régions, représente une part significative de l'investissement public (près de la moitié) alors que l'entité I et les pouvoirs locaux (communes et provinces) ont des poids relativement proches. Sur les périodes 2023-2027 et 2023-2029, on constate que le ratio des investissements publics est relativement stable (légère baisse) mais que celui de l'entité I affiche une croissance de 0,2 % du PIB alors que celui de l'entité II affiche une baisse de 0,2 à 0,3 % du PIB. "L'évolution au niveau fédéral est en grande partie attribuable aux différents plans d'investissement de défense en infrastructures et équipements militaires, dont le "Plan STAR" et le "Readiness Plan", aux dépenses d'investissement liées à Infrabel et à la Régie des Bâtiments ainsi qu'au plan de relance et d'investissements fédéral post-pandémie", analyse le CSF.
À noter enfin que sur la période 2023-2029, la Région wallonne est le seul pouvoir public à voir baisser ses investissements publics en valeur absolue, de près de 470 millions d'euros (de 1,2 milliard en 2023 à 740 millions en 2029). Partout ailleurs, les dépenses d'investissement des entités fédérées tendent à croître d'ici 2029.