Une fusillade à Saint-Gilles fait deux morts et trois blessés, les personnes décédées sont vraisemblablement des victimes collatérales
Plusieurs sources expliquent à La Libre que les coups de feu sont liés à des règlements de compte dans le milieu de la drogue. Une terrasse de café a été ciblée, touchant des individus qui n'étaient pas concernés par l'affaire.

- Publié le 27-06-2024 à 18h11

Aux alentours de 1h du matin, ce 27 juin, deux personnes circulant sur un scooter ont fait feu en direction d'un café situé rue de l'Argonne, dans le quartier de la gare Bruxelles-Midi. La fusillade a fait cinq victimes.
Deux personnes sont décédées sur place. Il s'agit d'un homme et d'une femme, de 44 et 46 ans. Deux hommes de 42 et 49 ans ont été grièvement blessés par balles. Ils ont été soignés sur place avant d'être emmenés à l'hôpital dans un état critique. Leurs jours sont actuellement toujours considérés comme étant en danger. Une cinquième victime, un jeune homme de 31 ans, a également été blessée, mais plus légèrement.
Le parquet de Bruxelles a expliqué, par communiqué ce jeudi après-midi, que selon les premières constatations de l'expert balistique, une arme lourde – de type fusil d'assaut – aurait été utilisée au cours de la fusillade. "À ce stade de l'enquête, aucun suspect n'a encore pu être interpellé, précise le parquet. L'enquête suit son cours afin de tenter d'identifier et d'interpeller le ou les auteurs de ces faits, et d'en déterminer les circonstances exactes."
La Libre apprend par ailleurs que le scooter utilisé aurait, lui, déjà été retrouvé. Les auteurs sont, eux, en fuite.
Un magistrat de garde du parquet de Bruxelles a confié l'enquête à la division "Homicides" de la police judiciaire fédérale (PJF) de Bruxelles et a requis une juge d'instruction du chef d'assassinats et de tentatives d'assassinats. "Il a également requis un médecin légiste et un expert en balistique. Tous ces intervenants sont descendus sur les lieux des faits, accompagnés du laboratoire de la police fédérale", précise le parquet.
Un statut spécial pour la gare Bruxelles-Midi
Et le parquet d'ajouter : "on ne peut ni confirmer ni infirmer qu'il s'agirait de victimes visées de manière fortuite. Le mobile des faits est également toujours en cours d'investigation."
Plusieurs sources indiquent toutefois à La Libre qu'il s'agirait d'une énième fusillade liée au narcotrafic qui gangrène la Belgique et singulièrement Bruxelles depuis de nombreux mois. La rue de l'Argonne et une partie des établissements Horeca qui s'y trouvent sont d'ailleurs tristement réputées pour être des lieux de vente et de consommation de stupéfiants.
Nos sources ajoutent également que les deux victimes décédées auraient vraisemblablement été touchées de façon involontaire. Touchées par de tirs collatéraux, les victimes n'étaient donc pas les cibles initiales. Selon les dires de certains, il s'agirait même de lambda qui étaient installés sur la terrasse ciblée par les tirs qui visaient d'autres personnes également attablées.
Contacté, le bourgmestre de Saint-Gilles, Jean Spinette (PS) refuse de confirmer ou d'infirmer cette thèse. "Ce qui est certain, c'est que nous sommes tous préoccupés par la situation autour du quartier de la gare Bruxelles-Midi. Je passe régulièrement dans cette rue et je suis souvent interpellé par les problématiques liées aux deals. J'ai même demandé aux policiers de la zone d'y être davantage présents. Ce qu'il s'est passé me pousse à réinsister sur la demande faite il y a longtemps aux autorités fédérales. À savoir de donner à Bruxelles-Midi un statut international lui permettant de gérer la question sécuritaire autrement".
Il y a déjà eu des balles perdues à Bruxelles, mais sans victimes
Pour le reste, le bourgmestre invite à laisser le temps aux investigations pour obtenir davantage de réponses sur ce qu'il s'est passé ce 27 juin. L'enquête vient d'être ouverte et devra notamment déterminer si les auteurs de cette fusillade ont littéralement tiré dans le tas, ciblant l'un ou l'autre individu et en touchant donc involontairement. Et d'identifier si les personnes décédées sont bel et bien de simples lambda.
Si tel est le cas, ce drame viendrait conforter les riverains qui dénoncent depuis longtemps une escalade de la violence dans le quartier. Avec une crainte, celle de voir des échanges de tirs faire des victimes non plus uniquement au sein des organisations criminelles.
Car les balles perdues, il y en a déjà eu, à Bruxelles. Ce fut notamment le cas à la suite d'une fusillade survenue au milieu de la nuit, sur le parvis Saint-Antoine à Forest en mars. Des balles issues de la fusillade (qui n'avait pas fait de victimes) s'étaient échouées aux fenêtres d'un appartement au premier étage d'un immeuble situé face au parvis.
"Un accident, ça peut arriver. Que Dieu nous en préserve", avait réagi une Forestoise. Dans la nuit mercredi à jeudi à Saint-Gilles, ces deux personnes tuées n'ont, dans tous les cas, pas eu la chance d'être préservées d'un "accident".