Testachats porte plainte contre LinkedIn, la plateforme aurait déjà fait machine arrière
Tout comme X et Meta, LinkedIn fait l'objet de plaintes en Europe. L'entreprise exploiterait des données personnelles de ses utilisateurs en vue d'entraîner son intelligence artificielle.
- Publié le 09-08-2024 à 09h50
- Mis à jour le 09-08-2024 à 15h15

Testachats dénonce une modification de la politique de confidentialité de LinkedIn, datée du 26 mars. Cette plateforme de réseautage professionnel a pour vocation de mettre en relation des employeurs et des employés. Ce jeudi, l'association de protection des consommateurs annonce avoir porté plainte auprès de l'Autorité de Protection des données belge pour non-respect du RGPD (Règlement général sur la protection des données)." Sans vous demander votre consentement, LinkedIn s'arroge le droit d'utiliser toutes vos recherches, photos, publications et même vos messages privés pour entraîner son intelligence artificielle", dénonce Jean-Philippe Ducart, manager et porte-parole de Testachats.
Cette plainte est le fruit d'une collaboration avec deux autres associations de consommateurs, l'une italienne, l'autre portugaise. L'autorité de protection des données (APD) nous confirme avoir reçu la plainte." Nous allons l'analyser avec sérieux, commente Aurélie Waeterinckx, porte-parole de l'APD. LinkedIn est suspecté de ne proposer aucune solution aux utilisateurs qui refusent que l'utilisation élargie de leurs données personnelles, si ce n'est de supprimer leur compte. Pourtant, le RGPD oblige les entreprises à offrir la possibilité aux utilisateurs de s'opposer, limiter, ou restreindre l'utilisation de leurs données personnelles. Et ce, à tout moment.
LinkedIn fait machine arrière ?
Le réseau social propose bien un formulaire d'opposition à disposition des consommateurs comme le RGPD l'exige. Dans les faits, il s'agirait d'un simulacre de conformité avec ce règlement européen. "Les services d'aide de LinkedIn n'y répondent pas, le rendant inefficace", s'insurge Testachats. Une stratégie qui n'étonne en rien Axel Legay, professeur de cybersécurité sécurité à l'UCLouvain. "Souvent, les plaintes ne sont pas traitées, ou le temps de traitement est très long. Normalement, durant le processus, les données de l'utilisateur ne peuvent plus être utilisées. Mais il y a fort à parier qu'elles le sont", s'inquiète-t-il.
Récemment, Meta et X ont fait l'objet de plainte pour ce même type de pratique – l'utilisation de données personnelles pour entraîner une intelligence artificielle. Quelques jours après le dépôt de onze plaintes émanant toutes de pays différents, Meta a retiré ses fonctionnalités d'intelligence artificielle en Europe. LinkedIn lui aurait-il emboîté le pas ? Il semblerait que ce soit le cas. Sa politique de confidentialité a été modifiée le 31 juillet 2024. Depuis lors, aucune mention n'est faite de l'utilisation de données personnelles en vue d'entraîner son intelligence artificielle.
Les réseaux sous pression européenne
En tout cas, "ces plaintes auprès des autorités de protection des données constituent des moyens de pression importants", explique Malik Aouadi, avocat spécialisé en droit des technologies. Dernièrement, l'Union européenne a mis en place un arsenal législatif puissant et ambitieux. On peut citer le RGPD, mis en place en 2018, le Règlement européen sur les services numériques en 2022, et le petit dernier, la législation sur l'intelligence artificielle introduite en mars. Difficile de suivre tous ces changements, comme en atteste Aurélie Waeterinckx, porte-parole de l'APD. "Pour l'instant, les législations qui régissent les nouvelles technologies, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle, peuvent faire l'objet de différentes interprétations de la loi. L'application législative se précisera au fur et à mesure que des cas de manquement seront traités", positive-t-elle.
Il n'existe pas d'alternative européenne à LinkedIn. La Commission européenne est fainéante à cet égard.
Ces changements sont applaudis par les acteurs qui se positionnent en faveur d'une meilleure protection des utilisateurs. Mais certaines critiques subsistent." L'Union européenne fait de très bons règlements, mais commet des erreurs fondamentales, assène Axel Legay. Comme pour de nombreux autres services, il n'existe par exemple pas d'alternative européenne à LinkedIn qui, avec son milliard de membres, est un outil quasi indispensable. La Commission européenne est fainéante à cet égard. C'est bien de faire des règlements, mais il ne faut pas oublier la loi de l'offre et de la demande".
L'expert de l'UCLouvain plaide pour une union des autorités de protections des données au niveau de l'Union européenne. "Il y en a même une par région en Belgique", regrette-t-il. L'autorité de protection irlandaise est souvent jugée complaisante vis-à-vis de Meta, dont le siège social est sur son territoire, en raison des impôts qu'elle perçoit du groupe.
