Cette note, c'est la honte
Un édito de François Mathieu

- Publié le 14-06-2025 à 12h00
- Mis à jour le 16-06-2025 à 15h17

Bruxelles a chuté. Une nouvelle fois. Et cette chute, au-delà des chiffres et des acronymes – S&P, A+, A – est une claque symbolique, une gifle budgétaire que la Région, et avec elle la Belgique, tente de relativiser alors qu'elle devrait s'en indigner. Car cette note, c'est la honte.
La honte d'un naufrage politique lent et prévisible, auquel aucun capitaine n'a voulu opposer de gouvernail. À force de gouverner sans gouverner, Bruxelles a livré sa signature financière à la défiance des marchés. La dette flambe, le déficit s'emballe, les réformes sont suspendues aux humeurs d'égos incapables de dépasser leurs querelles partisanes. Et dans cette capitale européenne, vitrine supposée d'un État prospère et stable, on n'a même pas de budget pluriannuel crédible.
Cette dégradation n'est pas une surprise. Elle est une conséquence. Elle dit l'usure institutionnelle d'une Région en particulier, d'un pays en général, qui ont perdu le goût de la décision. Elle confirme ce que Fitch avait déjà diagnostiqué pour la Belgique : finances publiques en dérive, gouvernance fragilisée, paralysie chronique. Le symptôme devient pathologie.
Le plus grave n'est peut-être pas la note elle-même, mais ce qu'elle révèle d'un pays qui regarde la crise comme on contemple une pluie d'automne : en soupirant, sans ouvrir le parapluie. On annonce des mesures conservatoires, des moratoires, des gels d'investissements. Bref, on gère l'asphyxie à coup d'aspirines.
Pendant ce temps, les taux d'intérêt guettent. Les agences jugent. Et Bart De Wever, en embuscade, voit dans chaque point de moins une raison de reconfigurer Bruxelles, devenu un enjeu national, à sa manière. Il n'attend qu'une nouvelle secousse pour reconstruire sur les ruines.
Former un gouvernement n'est plus une manœuvre politique : c'est une urgence démocratique, une condition de survie. Ce n'est pas qu'une note qui est en jeu. C'est notre crédibilité. Et peut-être bientôt notre souveraineté.
Fin 2010, les marchés financiers avaient réagi tellement violemment - une montée des taux d'intérêt à 6% - que la Belgique avait subitement trouvé le bon chemin pour former un gouvernement. Si l'on n'y prend garde, la voie, toute tracée pour le PS et le MR à Bruxelles, avec d'autres négociateurs à leur tête, devra être arpentée dans les plus brefs délais sous peine de mettre une pression supplémentaire sur la maison "Belgique". Les taux d'intérêt pourraient - à plus long terme - dicter leurs lois, alors que cette tâche revient aux partis élus de plein droit au soir des élections du 9 juin 2024. C'était il y a un plus d'un an déjà...