Yves Leterme et ses curieuses amitiés chinoises
L'ancien Premier ministre belge se retrouvait parmi les invités officiels à l'imposant défilé militaire organisé ce mercredi par le régime chinois. Comment est-il arrivé là ?

- Publié le 07-09-2025 à 08h13

Yves Leterme aura sans doute été le leader politique le plus surprenant que la Belgique a compté. En 2007, il récolte 800 000 voix aux élections fédérales, l'un des scores les plus élevés jamais atteints par un homme politique belge. Le candidat social-chrétien paraît sérieux et la population le croit en mesure de réformer le pays.
La carrière politique d'Yves Leterme ne sera pourtant, dès ce moment de gloire, qu'une suite de faux pas, de gaffes et d'échecs plus ou moins retentissants. Le 21 juillet 2007, alors qu'il tente de mettre sur pied un gouvernement fédéral sans les socialistes − la fameuse "orange bleue" − avec l'autre grand vainqueur du scrutin, le président du MR Didier Reynders, il entonne l'hymne national français au journaliste de la RTBF qui lui demandait de chanter la Brabançonne. Cette bourde le marquera comme au fer rouge dans l'esprit des francophones. Et augure d'un destin politique calamiteux. À deux reprises, le poste de Premier ministre lui sera accordé. Et à deux reprises, il se montrera incapable d'y rester plus d'un an sans vaciller de son siège. La première fois, du 20 mars au 30 décembre 2008, il tombera sur l'affaire Fortis. La seconde fois, du 25 novembre 2009 au 26 avril 2010, sur l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde que les Flamands voulaient scinder. Il ne sera cependant relevé de sa fonction que 541 jours plus tard, au terme de la plus longue crise politique du pays. C'est donc en tant que Premier ministre démissionnaire qu'il aura occupé le plus longtemps les bureaux du 16, rue de la Loi.
Le revoilà à Pékin
On n'a plus guère entendu parler de lui ensuite. Jusqu'en juin 2014, il a assuré la fonction de secrétaire général adjoint de l'OCDE. Puis, jusqu'en 2019, il a occupé le poste de secrétaire général de l'organisation intergouvernementale Idea pour la promotion de la démocratie et l'assistance électorale. Après quoi, il se lance dans la consultance auprès de différentes entreprises.
C'est donc avec un certain étonnement que le grand public le voit réapparaître, ce mercredi, parmi les invités officiels au défilé militaire en clôture du 25e sommet annuel de l'Organisation de coopération de Shanghai. Il y figure aux côtés du président chinois, de ses homologues russe et coréen du nord. Il est le seul Belge. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) avait décliné l'invitation comme tous les autres dirigeants occidentaux, à l'exception du Premier ministre slovaque Robert Fico et du président serbe pro russe Aleksandar Vucic. L'ancien Premier ministre belge comprend ce refus. "Que la Chine soit solidaire avec ces pays est problématique", a-t-il reconnu au Tijd. Mais il rajoutait aussitôt en guise de justification à sa propre présence au défilé : "C'est précisément pour cette raison que l'Europe doit s'opposer à la formation de blocs et garder tous les canaux de dialogue avec la Chine ouverts".
Des intérêts très personnels
Mais comment s'est-il retrouvé là ? Il faisait partie d'une délégation du Club de Madrid, une association d'anciens chefs d'État auquel appartiennent aussi Guy Verhofstadt et Herman Van Rompuy. D'autres anciens premiers ministres comme le Grec George Papandreou ou l'Italien Massimo D'Alema étaient également à Pékin. Mais Yves Leterme a un lien particulier avec la Chine. Il a travaillé comme conseiller du géant chinois des télécoms Huawei et il est actuellement administrateur de ToJoy, un holding chinois mettant en relation des entreprises.
Yves Leterme a donc sans doute surtout voulu, par sa présence au défilé militaire, soigner des intérêts très personnels. Pour le régime chinois, c'est du pain bénit.