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DIRECT - Bart De Wever a détaillé son accord budgétaire: "Tout le monde va être impacté"
Le gouvernement fédéral a trouvé un accord sur le budget, voici tout ce qu'il s'est dit ce lundi matin.
- Publié le 24-11-2025 à 07h04
- Mis à jour le 24-11-2025 à 22h33

Le gouvernement fédéral a conclu à l'aube un accord budgétaire, mettant fin ainsi à des semaines d'incertitude politique. Au total, réparti sur les recettes et les dépenses, un effort de 9,2 milliards d'euros sera fourni d'ici 2029.
Parmi les mesures emblématiques, figure une augmentation progressive des accises sur le gaz naturel résidentiel en parallèle d'une diminution des accises sur l'électricité résidentielle. La TVA sur certains produits augmentera (nuitées en hôtel et camping, abonnement sportif, take away et pesticides) et diminuera sur les boissons non alcoolisées. Une taxe de deux euros sur les colis venant de l'extérieur de l'UE sera introduite, la taxe sur les comptes-titres sera doublée, des mesures seront prises sur les sociétés de gestion, etc. Un parquet financier verra également le jour.
Une conférence de presse a eu lieu au cours de laquelle Bart De Wever a détaillé ces mesures prises par l'Arizona dans le cadre de cet exercice budgétaire périlleux.
Retrouvez ci-dessous tout ce qu'il s'est dit ce lundi matin.
Pour la CGSP, le gouvernement fédéral cherche tout simplement à effectuer une coupe rase dans la fonction publique. Le syndicat socialiste des services publics consultera ses membres ces prochaines semaines et n'exclut pas de mener l'une ou l'autre action de protestation, a-t-il fait savoir dans la foulée de l'accord budgétaire.
"Depuis des mois, le gouvernement Arizona (N-VA, Vooruit, CD&V, Les Engagés et MR) opère une attaque organisée contre les services publics et en particulier la fonction publique fédérale. Cet accord budgétaire en remet une couche", commente la CGSP.
"L'accord de gouvernement prévoyait déjà que la fonction publique fédérale réduise la voilure de 1,63 milliard d'euros chaque année d'ici 2029", situe Tony Six, secrétaire fédéral de la CGSP. "Cela porte tant sur les moyens de fonctionnement que le personnel: 1,8% de personnel en moins chaque année, soit 9% sur l'ensemble de la législature. En chiffres absolus, cela représente 5.500 à 6.000 équivalents temps plein. Et cet accord budgétaire demande des économies supplémentaires."
"Si tu coupes dans les ressources, le personnel et les investissements des services publics, tu ne pourras plus fournir au citoyen le service auquel il a droit", analyse M. Six. "Au bout du compte, on finira par dire que la Belgique ne marche pas. Peut-être pour forcer la régionalisation. Serait-ce là l'objectif de De Wever?
"La pilule est assez amère pour la CGSP qui rappelle qu'il y a quelques années encore les services publics étaient qualifiés d'essentiels parce qu'ils maintenaient la société debout. Aujourd'hui, ils font partie des encombrants. "Crise après crise, on compte toujours à un moment donné sur les services publics. Mais à chaque fois après la crise, ce sont eux qui paient la note à cause du politique."
Une famille moyenne qui se chauffe au gaz naturel payera jusqu'à 80 euros de plus d'ici à 2029 en raison de la hausse des accises planifiée par le gouvernement fédéral, selon Joannes Laveyne, chercheur postdoctoral en énergie électrique à l'Université de Gand (UGent). La baisse des accices sur l'électricité va quant à elle faire baisser la facture moyenne d'électricité de 40 euros d'ici à 2029.
D'ici à 2029, le gaz naturel sera 40 à 80 euros plus cher tandis que l'électricité sera 30 à 40 euros moins chère, d'après les calculs de Joannes Laveyne. "Le chauffage aux énergies fossiles devient plus cher. Et la hausse des accises sur le gaz naturel constitue une nouvelle étape dans cette politique", explique ce spécialiste de l'énergie.
Par ailleurs, d'ici 2030, l'Europe souhaite augmenter la TVA sur le gaz naturel à 21%. La taxe carbone européenne contribuera également à pousser à la hausse le prix du gaz naturel. "Quiconque décide d'installer une nouvelle chaudière à gaz aujourd'hui le paiera cher", prévient Joannes Laveyne, "même si l'investissement semble bon marché aujourd'hui."
L'augmentation de la taxe sur les vols sera répercutée sur les passagers, estime la compagnie aérienne Brussels Airlines. Cette mesure avancée par le gouvernement fédéral dans son accord budgétaire va à l'encontre de la "tendance actuelle", ajoute l'entreprise.
Cette taxe sur les vols jusqu'à 500 kilomètres de distance s'élève actuellement à 10 euros. Pour les autres vols, on est passé à 5 euros en juillet. Le gouvernement a décidé de revoir le montant à la hausse.
En agissant ainsi, la Belgique va à l'encontre de ce qui s'est fait récemment en Italie et en Allemagne, qui ont réduit la taxe. La Suède l'a même supprimée, selon un porte-parole de Brussels Airlines. Il souligne que l'entreprise ne va pas pouvoir la payer de sa poche et qu'elle répercutera ce coût sur les voyageurs.
Brussels Airlines réitère son souhait de voir arriver au Brussels Airport des connexions de trains à grande vitesse fluides, ce qui permettrait, selon elle, de remplacer des vols courts courriers comme ceux reliant Paris et Bruxelles, par exemple.
Le syndicat chrétien voit de l'"intransigeance" plutôt que de la compassion dans l'accord budgétaire annoncé lundi à l'aube par la coalition fédérale Arizona, et dont tous les détails sont encore loin d'être connus. La grève qui a débuté lundi est "plus que jamais d'actualité", pointe le syndicat.
Il y a "double saut d'index", affirme la CSC, "auquel vient s'ajouter le blocage salarial résultat de la loi sur la norme salariale". "Indigeste". Le syndicat fait référence à l'indexation des salaires et des allocations qui ne sera que partielle en 2026 et 2028 pour tous les salaires et allocations au-dessus d'un certain montant brut (respectivement 4.000 et 2.000), même si les ministres eux-mêmes évitent les termes "saut d'index". "Près de la moitié" des travailleurs "vont une nouvelle fois devoir se serrer la ceinture". D'autres mesures qui toucheront directement le citoyen lambda: "le prix du gaz et du ticket modérateur pour toute visite chez le médecin va augmenter".
"Après une première facture du mois de janvier, la seconde est un nouveau coup dur. Nos trois jours de grève sont donc plus que jamais d'actualité", réagit la CSC. Le syndicat note cependant qu'il y a eu "quelques ajustements" qui pourraient être une conséquence des mobilisations syndicales: "La maladie sera finalement assimilée pour la pension, ainsi que la première année de carrière. Les sociétés de management devront également participer un peu plus à l'effort".
Le secteur hôtelier bruxellois voit d'un mauvais œil le doublement de la TVA, de 6 à 12%, sur les nuits d'hôtels, une mesure figurant dans l'accord budgétaire conclu la nuit passée par le gouvernement. Les hôtels de la capitale rappellent qu'ils doivent déjà affronter la concurrence de plateformes de location touristique qui passent bien souvent entre les mailles du filet sur le plan fiscal.
Ce doublement "brutal" pèsera sur la compétitivité de nos établissements dans un contexte international très concurrentiel, avec des conséquences sur l'emploi et sur l'attractivité de Bruxelles et de la Belgique, avertit la Brussels Hotels Association. "Il est paradoxal de voir le secteur formel, créateur d'emplois soumis à une TVA accrue alors que la concurrence 'informelle' et parfois illégale continue à bénéficier d'une fiscalité allégée", commente l'association en faisant une référence directe aux hébergements transitant par les plateformes de location touristique.
À Bruxelles, cette mesure s'ajoute à la hausse de la taxe hôtelière pour 2026 décidée au mois de juillet par la Région de Bruxelles-Capitale.
Considérant "cette absence de préavis comme une rupture de confiance vis-à-vis des opérateurs hôteliers", la BHA réclame une concertation urgente avec les autorités fédérale et régionale. Elle espère trouver des "mesures alternatives ou d'atténuation, une égalisation de la fiscalité entre les hébergements professionnels hôteliers et les plateformes de location touristique à travers un renforcement de la norme et des contrôles, afin de garantir une concurrence loyale et la pérennité de l'offre hôtelière structurée".
La taxe bancaire s'élevait déjà à plus d'un milliard d'euros et sera majorée de 150 millions d'euros par an à partir de 2026, détaille la Febelfin qui évoque une situation "sans précédent". "Avec cette augmentation considérable, le gouvernement s'en prend à nouveau à un seul secteur, alors que les banques jouent un rôle crucial dans le soutien aux ménages, aux entreprises et à l'économie belge en général."
La Febelfin déplore ce qui s'apparente à une sanction financière alors que le secteur investit actuellement "des millions d'euros et des milliers d'heures de travail" pour rendre possible la taxe sur la plus-value.
Et dans un contexte européen, la rentabilité des banques belges est plutôt faible. "Elle se trouve même désormais en queue de peloton en Europe, notamment en raison de la pression fiscale excessive qui écrase notre secteur en Belgique. Accroître encore cette pression par le biais d'une imposition récurrente est contre-productif et prive nos banques belges de toute leur force de frappe dans une Europe qui entend miser toujours davantage sur sa compétitivité et le renforcement de ses marchés de capitaux."
"Outre l'introduction déjà prévue de la taxe sur la plus-value, le doublement de la taxe sur les opérations de bourse va également à l'encontre de l'objectif de ce gouvernement de stimuler les investissements et d'activer les marchés des capitaux."
Ecolo, dans l'opposition, ne voit quasi rien à sauver dans l'accord budgétaire de l'Arizona annoncé lundi matin. Le parti écologiste y voit des mesures punitives, des décisions qui vont frapper la classe moyenne, sans souci de l'intérêt général ni de la nécessaire transition climatique. "Le gouvernement prétend que chacun doit faire sa part, mais c'est faux", tance l'élue Ecolo Sarah Schlitz.
Première mesure qui ne passe pas: l'augmentation des accises sur le gaz naturel résidentiel (tandis que les accises sur l'électricité résidentielle, quant à elles, baisseront). Les ménages se chauffant au gaz verront leur facture augmenter. Sans accompagnement, note Ecolo, c'est une mesure qui "ne modifie aucun comportement". Elle ne fait qu'alourdir la charge financière sur les ménages qui n'ont pas la possibilité de rénover et isoler leur logement. C'est certainement le cas pour ceux qui sont locataires, notent les écologistes.
Autre interrogation: la (re-)mise à l'emploi de 100.000 malades de longue durée (sur plus de 500.000 actuellement) d'ici la fin de la législature. Le gouvernement compte là-dessus pour renflouer les caisses, comme s'il s'agissait d'une "simple ligne comptable", observe Ecolo. On touche aussi à la santé en abaissant la norme de croissance, et en prévoyant d'augmenter la TVA sur les abonnements pour faire du sport, "alors que l'activité physique constitue l'un des piliers de la prévention et de la santé publique". Parallèlement, "aucune mesure n'est prévue pour prévenir les maladies professionnelles ou améliorer le bien-être au travail, alors que ces enjeux sont au cœur des difficultés vécues par les travailleurs", critique Ecolo.
La classe moyenne sera donc touchée dans ses factures de gaz, dans sa consommation quotidienne, dans ses loisirs (sport et divertissement) et ses vacances (la TVA sur les nuitées en hôtel et camping augmentera également), mais aussi dans son salaire, s'insurge Ecolo. L'Arizona a trouvé un compromis pour ne pas devoir parler de "saut d'index": l'indexation ne sera que partielle, en 2026 et 2028, pour les salaires qui excèdent 4.000 euros brut. Cette limite est légèrement inférieure au salaire mensuel brut moyen d'un employé temps plein (4.076 euros en 2022).
C'est "un saut d'index déguisé", résume Ecolo lundi. "Il réduira concrètement le revenu de près de 50 % des travailleurs".
Pour Sarah Schlitz, alors que le gouvernement prétend que chacun fait sa part, en réalité "l'essentiel des efforts est imposé à celles et ceux qui enseignent, qui soignent ou qui travaillent chaque jour pour faire vivre notre pays". "Pendant ce temps, aucune mesure n'est prévue pour accompagner la transition climatique, soutenir la santé publique, et protéger le pouvoir d'achat. Ce budget affaiblit l'État et tourne le dos à la population."
La Fédération des entreprises belges (FEB) se félicite que le gouvernement fédéral ait enfin approuvé un budget pluriannuel. Cependant, la principale organisation patronale du pays avait initialement exprimé "des réserves quant à un certain nombre de mesures qui, dans un contexte économique particulièrement fragile, ciblent une fois de plus des entreprises et des secteurs".
"La situation budgétaire s'améliore, mais certaines mesures restent difficiles", a déclaré le CEO de la FEB, Pieter Timmermans. "Nous nous réjouissons de la mise en œuvre de l'accord d'été, qui est extrêmement importante. Par ailleurs, nous allons prochainement étudier l'impact concret de plusieurs mesures délicates."
La FEB et son pendant flamand, le Voka, pointent notamment le "ralentissement du soutien à la recherche et au développement, au travail de nuit, et l'augmentation des taxes bancaires et la contribution supplémentaire des employeurs pour la réactivation des personnes en arrêt maladie de longue durée".
Le Voka déplore, de son côté, les économies faites sur les réductions de précompte professionnel. "Cette rectification par rapport aux coûts salariaux élevés avait permis à de nombreuses entreprises de poursuivre leur croissance ces dernières années, même dans un contexte économique difficile", commente le responsable du Voka, Frank Beckx.
L'augmentation de la TVA sur certains produits risque de se répercuter d'une manière ou d'une autre sur les entreprises, craint encore le Voka. "Les salaires devraient en effet être indexés plus rapidement que prévu et ce serait donc les entreprises privées qui paieraient indirectement les nouveaux tarifs TVA."
L'organisation patronale aurait également vu d'un bon oeil un saut d'index complet et non pas seulement un plafonnement de l'indexation automatique des salaires en 2026 et en 2028, qui octroiera tout de même un peu d'oxygène aux sociétés.
La norme énergie et une réduction sur les tarifs pour le réseau de transmission pour les grands consommateurs industriels sont par contre saluées par le Voka.
"La proposition d'un 'plafonnement limité' de l'indexation des salaires, qui n'indexerait intégralement que la tranche salariale jusqu'à 4.000 euros bruts, suscite une forte incompréhension", estime la CGSLB dans un communiqué.
"Le terme plafonnement limité est bien choisi : il laisse croire que l'impact restera limité pour les travailleurs, mais c'est tout le contraire", a déclaré Gert Truyens, président national de la CGSLB.
"De plus, le gouvernement intervient unilatéralement dans le mécanisme d'indexation et dans le dialogue social. Toucher à l'index, c'est toucher à la confiance. J'ai toujours dit que si la CGSLB faisait grève, c'est que la situation était grave. L'unilatéralité et le déséquilibre de cet accord en sont la parfaite illustration", ajoute-t-il.

