Theo Francken ou la mue du trublion de la N-VA : "Il s'est beaucoup préparé pour le portefeuille de la Défense"
L'enfant terrible de la majorité "suédoise" semble avoir troqué la provocation pour plus de sérieux depuis son arrivée à la tête de la Défense. Porté par un budget en forte hausse, le nationaliste flamand occupe un poste au centre du jeu.

- Publié le 08-01-2026 à 06h26

Le temps aurait-il fini par assagir Theo Francken ? L'ancien secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration avait marqué la majorité "suédoise" (2014-2018) par une succession de dérapages qui en faisait l'enfant terrible du gouvernement. Il empoisonnait le quotidien du Premier ministre, Charles Michel, contraint de se justifier sans cesse suite aux foucades du turbulent nationaliste. Un épisode reste dans les mémoires : Theo Francken avait relayé sur les réseaux sociaux un montage dans lequel on le voyait placer une ventouse sur la tête d'un homme noir avant de l'expulser du territoire belge…
Mais depuis qu'il est devenu ministre de la Défense, en février 2025, un autre Theo Francken paraît avoir succédé à son propre personnage. À 47 ans, il aurait pris la mesure de ses lourdes responsabilités dans le cœur régalien de l'État et les assume avec loyauté.
Un homme de droite, surtout
Malgré son ADN nationaliste flamand, c'est surtout l'homme de droite, soucieux de sécurité, qui s'exprime désormais. Face au péril russe, le ministre de la Défense a même souligné le rôle stratégique de l'industrie wallonne dans la préparation de la Belgique au retour des impérialismes. "L'Armée belge a, par exemple, besoin de la FN Herstal pour remplir ses stocks de munition qui sont au plus bas. On a besoin de la Wallonie, de nouveaux contrats vont arriver rapidement", avait-il claironné quelques jours après avoir prêté serment au Palais.
Dopé par les milliards d'euros supplémentaires alloués à son département, Theo Francken fait partie des ministres "arizoniens" à l'abri de la cure d'austérité budgétaire. Un luxe politique qui tombe à point nommé pour ce fin connaisseur de la Défense, un portefeuille qu'il convoitait de longue date. Déjà durant la formation du gouvernement De Wever, alors négociateur pour la N-VA, il avait affirmé cette ambition personnelle.
"Il adore ses fonctions"
Dans les travées du pouvoir fédéral, l'adaptation de Theo Francken à ses nouvelles fonctions frappe les esprits. Les autres ministres confirment la facilité avec laquelle il a enfilé son costume. "Il a l'air d'avoir trouvé le bon ton, sans excès, analyse l'un d'entre eux. On sent qu'il adore ses fonctions. Tant mieux. Il y a eu un peu de polémique au début, il semblait vouloir faire la peau à Ludivine Dedonder mais cela s'est nettement apaisé."
Entre l'ancienne ministre de la Défense et Theo Francken, les relations ont en effet été électriques. En tant que député de l'opposition sous la précédente législature, le nationaliste ne lui laissait rien passer, allant jusqu'à railler son apparence vestimentaire. Sur son action ministérielle, il dénonçait une forme de nonchalance et l'avait comparée à Blanche-Neige attendant un baiser… Ludivine Dedonder s'en était offusquée et avait dénoncé cette saillie aux relents sexistes.
La passation de pouvoir donna lieu à un dernier règlement de comptes. Quelques heures avant de lui céder les rênes ministérielles, la socialiste avait posté sur X (ex-Twitter) une photo datée de 2023 où l'on voyait Theo Francken, en état d'ébriété, urinant en bord de route sur le boulevard Émile Jacqmain. "Votre nouveau ministre de la Défense…", avait ironisé Ludivine Dedonder. La réplique, cinglante, ne s'était pas fait attendre : "Votre niveau m'épate. Ne laissez pas votre rancœur vous aigrir, Madame. Ce n'est que de la politique."
Ces escarmouches lors de la mise en place de la coalition Arizona ont toutefois laissé la place à une dialectique majorité-opposition plus policée. Cet épisode paraît de toute façon anecdotique face au scandale qui avait entaché les débuts de la "suédoise" suite à la participation de Theo Francken au 90e anniversaire de Bob Maes, un ancien activiste pro-nazi et fondateur de la milice d'extrême droite VMO (Vlaamse Militanten Orde).
Les leçons de son premier mandat
Pour l'état-major de la N-VA, la première année sans faux pas du ministre n'étonne pas. "Theo est dans son élément, relève une source nationaliste. La Défense c'est son sujet de prédilection. C'est aussi un gros bosseur et il s'est beaucoup préparé pour ce portefeuille. Il a tiré également les leçons de son premier mandat au gouvernement fédéral. Le climat politique, à l'époque du gouvernement Michel, était aussi fort différent."