Vignette auto, barèmes des fonctionnaires, Kanal… : voici comment le gouvernement bruxellois compte économiser un milliard d'euros
La Libre a pu consulter les tableaux budgétaires du nouveau gouvernement bruxellois.

- Publié le 13-02-2026 à 19h43
- Mis à jour le 13-02-2026 à 21h01
Le décor est planté, et il est aride. Pour la nouvelle coalition bruxelloise, la lune de miel sera brève, balayée par l'urgence de redresser une trajectoire financière jugée insoutenable. Le cap est désormais gravé dans les tableaux budgétaires que La Libre a pu consulter : un retour à l'équilibre budgétaire à l'horizon 2029.
Optimiser les recettes fiscales
En pratique, le tableau budgétaire prévoit de réduire le déficit d'un milliard d'euros (999 millions d'euros selon le tableau budgétaire) en à peine trois ans et demi. Sur un budget annuel qui avoisine les 7 milliards d'euros, l'effort réclamé est colossal.
333 millions d'euros seraient ainsi économisés chaque année, à partir de 2026, et jusqu'en 2029.
L'accord prévoit ainsi que 80 % de l'effort sera réalisé via une réduction des dépenses, et 20 % avec l'optimisation des recettes fiscales.
Mais comment y parvenir ? Petit tour d'horizon, non exhaustif.
Lutte contre l'absentéisme
274 millions d'euros d'économies seront ainsi réalisés sur les effectifs de l'administration, via les fusions d'organismes et les départs naturels du personnel de l'administration, qui ne sera pas remplacé.
Le moratoire sur le personnel de l'administration est censé rapporter 50 millions d'euros en 2026, et jusqu'à 125 millions en 2029, pour 350 millions d'euros au total. 37 millions d'euros seraient obtenus par la réduction de l'absentéisme, 18 millions par le plafonnement des barèmes, et encore 10 millions par la rationalisation des primes et autres avantages.
La fusion des administrations (Talent, etc.) rapporterait 10 millions d'euros, en termes de personnel, et 30 millions d'euros en optimisation des ressources humaines pour toute la région, également grâce aux fusions.
281 millions d'euros seraient économisés en "ressources opérationnelles et en optimalisation" notamment des ressources IT. Il est prévu d'économiser 50 millions par an sur le milliard de frais annuels, sans que soit précisé sur quels points précis…
Jusqu'à 67 millions d'euros par an seraient notamment gagnés en frais de consultance, en 2029.
L'optimisation du fonctionnement de la Stib, via une modification du barème pour les nouveaux entrants, est censée rapporter 30 millions d'euros en 2029.
Autour de 250 millions d'euros d'économies doivent être obtenus via la révision à la baisse des subventions, des plans d'investissement, des aides, etc.
Le remplacement du matériel roulant tram et métro sera reporté en 2029, pour une économie 30 millions.
La réduction linéaire des subsides facultatifs rapporterait ainsi 25 millions par an, dès 2026.
25 millions d'euros seraient épargnés en réformant les subsides à l'emploi, dès 2026, et jusqu'à 60 millions d'euros en 2029. La suppression du commissariat à l'Europe rapporterait un million d'euros.
Kanal mis à la diète
Le musée Kanal, censé ouvrir ses portes cette année, verra sa dotation annuelle diminuer graduellement d'ici à 2029, passant de 28 millions d'euros en 2025, à 24 millions en 2027, et 10 millions d'euros en 2029.
Une économie de 210 millions d'euros serait également réalisée en augmentant certaines recettes.
"L'optimisation fiscale cache fort probablement des hausses d'impôts non encore explicitées", a pointé Olivier Maingain (Li.bre), qui avait négocié le précédent accord de gouvernement pour Défi.
17,5 millions d'euros seraient ainsi récoltés via la lutte contre la fraude fiscale, avec une prolongation de la période suspecte, et 20 millions de plus via "un meilleur recouvrement des droits de succession, 18 millions via des corrections cadastrales, 15 millions en supprimant la déductibilité des titres-services, 4 millions via une réforme des tarifs d'examen du permis de conduire".
Autre point qui concerne les familles: 9 millions d'euros seraient économisés via une modificiation du PRI (précompte immobilier). Le système de réduction actuelle, basé sur une progressivité par enfant, passera à une forfaitisation.
L'instauration d'une vignette auto
L'instauration d'une vignette auto, prévue aussi en Wallonie et en Flandre, doit rapporter 22 millions d'euros dès 2027 et 30 millions d'euros, en 2028.
50 millions d'euros seraient gagnés en transférant les moyens dédiés au Métro 3 (dont le projet est gelé) vers la réfection des tunnels bruxellois.
Les tarifs Stib seraient augmentés, de manière à économiser jusqu'à 20 millions d'euros par an.
80 millions d'effets retours… très incertains
Enfin, le gouvernement table sur 80 millions d'euros d'effets retours positifs (hausse de l'emploi, valorisation du marché immobilier avec la réforme de l'abattement). Ce type d'objectif, on l'a vu au niveau fédéral, conduit souvent à des projections incertaines… Certains estiment que cela permet souvent de combler artificiellement les déficits.
Le doublement de la prime Be Home coûtera en revanche 100 millions d'euros par an.
La création commissaire du gouvernement anti-drogue régional, prévue dans le tableau budgétaire, coûterait 1,5 million d'euros.
Un milliard de dette "délocalisée"
Ce retour à l'équilibre passe par ailleurs par une subtilité comptable.

En effet, le gouvernement s'imposera un plafond concret de trois milliards supplémentaire durant la législature.
Ce plafond se compose de deux milliards d'euros d'impact sur le budget régional et d'un milliard d'euros pour des participations stratégiques en investissement et prise de participation (opérations de Code 8). Par cette subtilité comptable, des investissements de 1 milliard d'euros seront "déconsolidés" de la dette bruxelloise. Ces montants n'apparaîtront plus du calcul du déficit du budget bruxellois.
Cela permettra d'injecter des moyens dans des structures comme Vivaqua (18 à 35 millions d'euros par), Hydria (32 millions), Citydev (15 millions d'euros), la SLRB (52 millions d'euros), en difficultés financières, mais aussi d'octroyer 66 millions de prêts à taux zéro par an pour la rénovation/isolation (un système qui remplacera les primes Renolution).
La mariée que présente le gouvernement est-elle trop belle ?
Quoi qu'il en soit, l'échelon fédéral observe la manœuvre avec méfiance. Jeudi soir, Bart De Wever (N-VA), Premier ministre, s'était déjà dit "sceptique" quant aux capacités du nouveau gouvernement bruxellois d'assainir ses finances. L'opposition bruxelloise ne dit pas autre chose?-.
Atteindre de tels objectifs sera, pour ce gouvernement bruxellois, un combat de chaque instant.