Les cétacés du delphinarium de Bruges pourraient-ils se retrouver au parc Pairi Daiza de Brugelette ?
Chronique du Parlement. Ben Weyts (N-VA), le ministre flamand du Bien-être animal l'annonce : il n'y aura plus de dauphins en captivité en Flandre d'ici 10 ans. Mais que faire avec les cétacés du Boudewijn Seapark ?

- Publié le 27-03-2026 à 06h33
- Mis à jour le 27-03-2026 à 12h34

Mercredi, 10 heures au Parlement flamand. La commission de Bruxelles, de la périphérie bruxelloise et du Bien-être animal s'apprête à tenir une nouvelle séance. La réunion commence un peu en retard. La présidente de l'assemblée, Katia Segers (Vooruit) a sans doute un peu différé le début des débats pour permettre à d'éventuels retardataires de rejoindre la petite salle Jan Van Eyck, nichée sous les combes du bâtiment. Les travées ne sont pas moins restées fort clairsemées.
L'ordre du jour, il est vrai, ne comporte aucune question politique vraiment sensible. Les questions qui y doivent être débattues ne portent que sur le bien-être animal – l'une des marottes du ministre Ben Weyts (N-VA) dont il s'occupe depuis son entrée dans un gouvernement, en 2014, tout comme d'ailleurs la périphérie bruxelloise.
La séance sera assez courte – à peine une heure. Singularité : seules des femmes prendront la parole sauf, bien sûr, le ministre Ben Weyts.
Un centre d'accueil en Wallonie ?
La réunion débute par une polémique qui a eu lieu, quelques jours plus tôt, en… Wallonie. L'association de défense des animaux, Gaïa, avait prétendu que le gouvernement d'Adrien Dolimont (MR) a l'intention de permettre l'ouverture d'un delphinarium. Le ministre-Président wallon s'était vivement insurgé contre cette campagne. Il avait nié vouloir autoriser un delphinarium "avec des spectacles où on fait sauter des dauphins dans des cerceaux". Il avait par contre reconnu qu'une réflexion serait menée sur l'opportunité de créer un centre d'accueil et de recherche pour des dauphins en captivité dont les bassins fermeront dans les prochaines années. Et que ce centre pourrait être installé à Pairi Daiza. Le responsable du parc animalier de Brugelette avait appuyé la démarche en faisant valoir que des dauphins nés en captivité n'ont aucune chance de survie s'ils sont relâchés dans un milieu naturel.
Une durée de vie limitée
Le projet intéresse manifestement la Flandre. Et pour cause : elle compte sur son territoire, à Bruges très précisément, un delphinarium, le Boudewijn Seapark dont les jours sont comptés. Dans son programme politique, le gouvernement flamand a fixé l'échéance de sa fermeture à l'année 2037. Deux députées, Sofie Joosen (N-VA) et Gianna Werbrouck (Vooruit) demandent au ministre flamand du Bien-être animal ce qu'il pense de la démarche wallonne et si elle peut concerner les dauphins de Bruges.
Ben Weyts n'a pas l'air particulièrement emballé. Il avoue n'avoir été mis au courant du projet wallon que par la presse. Il insiste surtout sur l'importance du bien-être des animaux, qu'il place au-dessus de toute autre considération. "Je suppose qu'il y a également une intention commerciale derrière tout cela, déclare-t-il. Ce n'est pas un reproche. Pairi Daiza est une entreprise commerciale réussie et précieuse. Ils font probablement le raisonnement que les dauphins peuvent augmenter l'attrait de leur parc. C'est parfaitement légitime. Mais ce qui est central pour moi dans cette discussion, c'est bien sûr le bien-être des animaux." Et de ce point de vue, il exprime des réserves. "Le constat, poursuit-il, est que si les animaux sont transférés d'un aquarium à un autre, le gain en bien-être animal est limité, surtout compte tenu des risques liés au transport, particulièrement pour des animaux aussi sensibles au stress que les dauphins."
Des alternatives en mer
S'il ne rejette pas d'emblée le projet wallon, Ben Weyts ne cache pas non plus sa préférence pour des réserves naturelles où les dauphins en captivité seraient placés sous surveillance, le temps qu'ils retrouvent leur instinct de chasseur avant d'être éventuellement relâchés en haute mer. "Des alternatives existent ou sont en cours de développement, indique-t-il. Il y a des exemples de projets dans le golfe Tarente en Italie et sur l'île de Lipsi en Grèce. Ceux-ci sont souvent mentionnés comme de futurs centres d'accueil en mer. À l'heure actuelle, ces réserves européennes ne sont pas encore prêtes à accueillir, par exemple, les dauphins de Bruges, mais beaucoup de choses peuvent évoluer en dix ans."
Ce dont Ben Weyts est absolument sûr, c'est que le delphinarium de Bruges sera fermé en 2037. "Il est temps de dire adieu à la détention de dauphins en captivité", conclut-il avec l'assentiment des deux députées qui l'interrogent.