Face à la pénurie de médecins traitants en zones rurales, l'Université de Namur innove pour éveiller les vocations
La moitié des communes wallonnes sont en pénurie, voire en pénurie sévère, de médecins généralistes.

- Publié le 19-06-2026 à 14h20

À les entendre, ces trois semaines de stage en médecine rurale ont dépassé leurs attentes. "C'était très enrichissant, très diversifié, il n'y avait pas de routine", raconte Ilian, en troisième année de médecine (Bac 3) à l'Université de Namur (UNamur).
"C'était une découverte beaucoup plus large que la simple pratique en cabinet, entre les maisons de repos, la prison, les centres d'accueil des demandeurs d'asile, les centres de planning familial, développe Charlotte, sa camarade de fac. On a fait des biopsies cutanées, des points de suture… Des actes qu'on ne pensait pas que les médecins généralistes posaient. Je pense que ça, c'est propre à la médecin rurale. On est vraiment le point de contact avec les patients. C'est très riche. Et puis, j'avais cette idée reçue selon laquelle on ne faisait que d'énormes journées. Mais je me suis rendu compte qu'il est possible de combiner vie privée et vie professionnelle. Ce n'est pas parce qu'on est en milieu rural qu'on se consacre à 100 % aux patients et qu'on n'a pas de vie à côté."
Charlotte et Ilian font partie des 26 étudiants à avoir découvert le nouveau dispositif de stages mis en place dans onze communes wallonnes à l'initiative de leur université afin de leur faire découvrir la médecine générale en zone rurale.
Un Wallon sur dix sans médecin traitant
Il faut savoir que la moitié des communes wallonnes sont en pénurie, voire en pénurie sévère, de médecins généralistes. Ce qui signifie qu'elles comptent moins d'un généraliste pour 1100 habitants, voire moins d'un pour 2000 habitants (avec des modulations selon le nombre d'habitants par km²).
"Lorsqu'on les interroge, 10 % des Wallons nous disent qu'ils n'ont pas de médecin traitant et 25 % qu'ils ont du mal à en trouver un", expose le Dr Dominique Henrion, médecin généraliste et responsable du master de spécialisation en médecine générale de l'UNamur. En parallèle, "un médecin sur cinq en Wallonie n'accepte plus de nouveaux patients".
"Il n'est pas rare que des patients nous disent qu'ils ont appelé sept ou huit médecins avant d'arriver ici", illustre le Dr Tanguy de Thier, médecin généraliste à la maison médicale MediCi, à Ciney, qui a accueilli une stagiaire.
Beaucoup d'études scientifiques ont démontré que cette voie d'accès est efficace.
Les régions les plus touchées par la pénurie sont la Botte du Hainaut, la province de Luxembourg et le sud des provinces de Namur et de Liège. Autrement dit, les zones plus rurales. "Il n'y a que 22 % des nouveaux médecins qui vont dans ces territoires, reprend le Dr Henrion. Dans l'absolu, il manque de médecins généralistes. Mais il y a, en plus, un problème de répartition géographique qui aggrave la pénurie dans les territoires ruraux."
Mettre les étudiants dans un fauteuil
C'est ici qu'intervient le dispositif de stages mis en place par l'UNamur. L'objectif : éveiller des vocations et convaincre à terme les médecins en herbe de s'installer en zone rurale. Mais pour cela, explique Aurélie Strickaert, chargée de projet à l'UNamur, l'université a voulu simplifier la vie des étudiants en leur dégotant un lieu de stage, un logement mis à disposition gratuitement et en facilitant les transports.
Une attention particulière a aussi été portée au risque d'isolement. Pour éviter qu'un étudiant ne se trouve seul dans un patelin inconnu, chaque logement comptait au minimum deux étudiants. Ils étaient même sept à se retrouver ensemble au domaine provincial de Chevetogne, d'où les communes partenaires de Ciney, Houyet et Rochefort ont organisé les déplacements vers les cabinets médicaux.
"Les stages répétés en milieu rural augmentent fortement les chances qu'un jeune médecin choisisse ensuite de s'y installer, pointe Dominique Henrion. Beaucoup d'études scientifiques ont démontré que cette voie d'accès est efficace."
Charlotte se verrait bien exercer ses talents à l'étranger, une fois diplômée. Mais pourquoi pas se lancer un jour dans la médecin rurale, si l'occasion devait se présenter, dit-elle. "On a encore six ans devant nous. La première étape, ce sera de réussir les examens, sourit Ilian. Mais c'est vrai que c'est une opportunité. Ça ouvre une porte supplémentaire à laquelle je n'aurais peut-être pas pensé si je n'avais pas fait ce stage."