Filip Dewinter pourrait freiner le Vlaams Belang sur son chemin électoral
Les contacts douteux du vice-président de l'assemblée flamande avec des dignitaires chinois et russes pourraient sans doute décrédibiliser l'extrême-droite à quelques semaines du scrutin du 9 juin.

- Publié le 28-03-2024 à 18h55
- Mis à jour le 28-03-2024 à 20h13
La campagne du Vlaams Belang va-t-elle s'enrayer ? Selon une enquête des médias Humo et Apache, l'élu d'extrême-droite Filip Dewinter (62 ans) aurait été rémunéré pendant des années par les renseignements chinois en travaillant pour eux comme "conseiller politique". Lobbying ou espionnage ? L'intéressé, qui ne cache pas sa sympathie pour le régime de Xi Jinping, a contesté la plupart des faits avancés. Mais il admet avoir rencontré des personnalités chinoises tout en affirmant "qu'il n'était pas question de politique au cours de ces discussions".
La cerise sur le gâteau, c'est que le député de Brasschaat a également donné une interview à "Voice of Europe", un média en ligne contrôlé, semble-t-il, par un ami richissime du président Poutine. Le site en question aurait comme objectif non seulement de renforcer l'influence russe en Europe, mais aussi d'y créer la division. Le média avait d'ailleurs titré l'article en citant Dewinter : "Si nous n'arrivons pas à stopper le flux migratoire, ce sera la fin de la civilisation occidentale".
La pensée anti-woke
Comment expliquer ces "flirts" successifs de Filip Dewinter, il y a des années, avec Bachar El Assad, le dictateur syrien, plus récemment avec plusieurs hautes personnalités chinoises et avec des proches de Poutine ?
Nicolas Bouteca, politologue à l'université de Gand, estime que la droite dure converge de plus en plus aujourd'hui autour de thématiques comme l'anti-wokisme, cette pensée cherchant à stigmatiser certaines idées associées à la gauche. Ceci expliquerait, en partie, le rapprochement entre le Vlaams Belang et des partis radicaux ou d'extrême droite à l'étranger. C'est le cas avec Marine Le Pen (Rassemblement national) en France, mais aussi avec Thierry Baudet aux Pays-Bas (Forum voor de démocratie) qui, lui aussi, admire Poutine.
Indéboulonnable dans son parti
Notons également que l'inoxydable Filip Dewinter est un cas à part au sein de son parti. Son prétendu "parler vrai" interpelle. Il a traversé des tempêtes, certes, mais il a aussi contribué à faire grandir le Vlaams Blok (ancien nom du Vlaams Belang) depuis la fin des années quatre-vingt. Son slogan contre la gauche "Linkse ratten, rol uw matten" ("Gauchistes, dégagez !") est entré dans la mémoire collective. Et puis, sa longévité étonne. Il occupe toujours une place importante dans son parti qui lui doit tant. Le Vlaams Belang n'est dont pas prêt à lâcher ce poids lourd toujours très populaire dans la ville portuaire.
Filip Dewinter est aussi vice-président du Parlement flamand. Et là aussi, ses fréquentations douteuses ne sont pas vraiment un obstacle majeur à l'exercice de son mandat. D'ailleurs, Liesbeth Homans (N-VA), la présidente de l'assemblée, a rappelé, mercredi, qu'à ce stade, le règlement ne permet pas de contraindre l'élu à la démission.
Le caillou dans la chaussure de Tom Van Grieken
Les contacts compromettants du bouillant Dewinter auront-ils néanmoins des conséquences pour son parti qui, à en croire les sondages, pourrait renouveler son score historique du 24 novembre 1991 ? "Dewinter est le caillou dans la chaussure de Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang", résume Bart Maddens, professeur en sciences politiques à la KULeuven. "Et c'est gênant parce que l'ambition du Vlaams Belang est de réaliser un score électoral frisant les 33 %. C'est gigantesque. C'est ce qu'avait obtenu la N-VA en 2014", poursuit-il.
Depuis des mois, l'extrême-droite flamande caracole en tête dans les sondages successifs. Le parti estime que son heure est proche, il veut "tout donner" ("alles geven") comme on dit en Flandre. "Pour franchir cette barre des 33 % des voix en Flandre, le Vlaams Belang doit nécessairement puiser dans le vivier des partis centristes. Ce qui ne va pas de soi, car des figures telles que Filip Dewinter pourraient être un frein pour ces électeurs 'modérés ou hésitants' n'appréciant pas trop les extrémistes jugés dangereux", analyse Bart Maddens qui précise que les faits et gestes des élus Vlaams Belang seront suivis de très près pendant la campagne électorale.
"Ajoutons également que de nombreux électeurs du Vlaams Belang ont déjà franchi le Rubicon. Le noyau dur a déjà fait son choix", observe Bart Maddens. Ces électeurs-là se moquent des déconvenues de Filip Dewinter. "À leurs yeux, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ces affaires anciennes sortent maintenant, à quelques semaines du scrutin", poursuit-il. "Dans les rangs du parti radical, on prétend qu'il s'agit de tentatives pour décrédibiliser l'extrême-droite", renchérit Nicolas Bouteca.