Pour le MR, les écologistes sont la cible à abattre dans cette campagne électorale (comme d'habitude)
Tinne Van der Straeten (Groen), la ministre fédérale de l'Énergie, menace Georges-Louis Bouchez, le président du MR, de poursuites judiciaires pour l'avoir accusée d'avoir menti dans le dossier de la prolongation de deux réacteurs nucléaires. Cette passe d'armes constitue un nouvel exemple de l'animosité qui oppose les libéraux aux écologistes.

- Publié le 10-05-2024 à 15h23
- Mis à jour le 10-05-2024 à 15h59
Déjà pendant la campagne qui avait précédé les élections du 26 mai 2019, l'opposition farouche entre libéraux et écologistes avaient provoqué des gerbes d'étincelles. De lourdes accusations avaient été lancées contre Écolo : les verts francophones comptaient "taxer la viande", affirmaient les libéraux dans une vidéo mettant en scène, à la ferme et dans une boucherie, l'ancienne ministre Sabine Laruelle. "Fake news !", avaient dénoncé les écologistes au sujet de cette tentative de désinformation du MR.
Avec plus de réussite, les libéraux avaient également bombardé Écolo suite à la distribution d'un tract électoral jugé "communautariste" dans la commune de Laeken. Afin de tenter de séduire l'électorat musulman, les verts se vantaient dans ce document d'être en faveur de l'abattage des animaux sans étourdissement dans le cadre des rites religieux ou encore de défendre le port du voile islamique au guichet des administrations publiques.
Polémique avec Groen
Cinq après, le schéma est identique. À un mois du scrutin, la cible privilégiée du MR a un nom : l'écologie politique. Et les critiques libérales, qui font suite à une législature passée dans les mêmes gouvernements, commencent à agacer sérieusement les verts. Ce vendredi, dans De Standaard, la ministre fédérale de l'Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), a annoncé qu'elle avait demandé à son avocat d'entreprendre les démarches judiciaires nécessaires contre des propos de Georges-Louis Bouchez, le patron du MR.
En début de semaine, ce dernier avait estimé qu'une commission d'enquête était nécessaire pour se pencher sur la façon dont la prolongation de deux réacteurs nucléaires a été gérée par la ministre. Selon le président du MR, des mensonges ont été proférés par l'écologiste flamande afin de tenter une sortie du nucléaire malgré la décision du gouvernement De Croo prise en mars 2022.
Se débarrasser des verts
La liste des piques venant du MR est longue. Dans une récente interview croisée dans nos colonnes, Sammy Mahdi, le président du CD&V, et Georges-Louis Bouchez annonçaient leur alliance en vue de la formation d'une majorité de centre-droit après le 9 juin. Les deux présidents de parti ne pouvaient cacher leurs réticences à embarquer à nouveau les deux formations écologistes, Écolo et Groen, dans une future coalition fédérale. Dans un entretien précédent, également publié dans La Libre, le président du MR appelait les électeurs à lui donner "un mandat pour gouverner au centre-droit et de préférence sans les écolos".
D'où vient cette opposition systématique du MR aux verts ? La raison profonde est idéologique. La politique est une guerre culturelle pour imposer ses vues par le jeu des élections et de l'exercice du pouvoir. Et, dans cette partie, les libéraux estiment que les écologistes divergent sur trois points essentiels : le rapport à l'économie ; le rapport à la technologie ; la conception du "vivre ensemble".
Productivisme ou décroissance ?
En matière économique, le MR est une formation "productiviste". Pour les réformateurs, la croissance est désirable car elle est un vecteur de progrès humain, de bien-être. La doctrine libérale explose d'ailleurs à la fin du XVIIIe siècle avec les débuts de la révolution industrielle. Face à cette foi en l'initiative privée et en l'entreprise, l'écologie politique, arrivée bien plus tard dans l'histoire des idées politiques, est plus réservée : la croissance, si elle met en péril l'environnement, la capacité des êtres humains à habiter la planète, n'a pas d'intérêt. C'est pour cela que les écolos reçoivent souvent le reproche de prôner la "décroissance" économique.
L'opposition est également frontale en matière technologique. L'" écologie bleue", c'est-à-dire la vision qu'a le MR de l'environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique, est clairement technophile. Pour les libéraux – et surtout pour leur président –, l'innovation contribuera de manière décisive à la résolution des déséquilibres engendrés par l'activité humaine sur la planète. Les verts, à l'inverse, estiment que la technologie ne pourra suffire, nos sociétés devront aussi et surtout changer de mode de production, adapter les comportements individuels et collectifs.
Enfin, sur le plan sociétal, le MR flingue régulièrement Écolo pour son supposé "wokisme". Pour Georges-Louis Bouchez, les verts constituent notamment le Cheval de Troie de l'islam politique par leur volonté de se montrer "inclusifs" avec toutes les communautés. Les libéraux voient dans Écolo, surtout à Bruxelles, un parti qui met en avant les identités ethniques ou religieuses comme autant de facteurs devant déterminer la prise de décision politique. À l'inverse, les libéraux francophones se présentent comme les champions de l'universalisme : un citoyen est un citoyen, peu importe la couleur de sa peau.
Les verts ripostent
Face à ce rouleau compresseur, les écolos rendent les coups, naturellement. Les coprésidents d'Écolo, Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane, dénoncent régulièrement le conservatisme de Georges-Louis Bouchez et son attitude jugée agressive. Par l'une de leurs formules, ils associent fréquemment les lettres "MR" à "Mouvement réactionnaire" au lieu de "Mouvement réformateur"…
Les verts ont intérêt à se défendre sur le plan des idées mais aussi pour des considérations tactiques. Dans le dernier baromètre politique de La Libre et de la RTBF, il apparaissait que, le 9 juin, Écolo risque de perdre un peu plus de 10 électeurs sur 100 au profit des Engagés en Wallonie, dont l'un des paris était de récupérer un électorat centriste attiré par les verts il y a cinq ans. Si le mouvement de Maxime Prévot est le principal adversaire électoral des verts au sud du pays, une fuite de suffrages est également possible vers le MR (un peu plus de 8 électeurs sur 100 ayant voté Écolo en 2019). Il convient donc d'endiguer cette menace.
À Bruxelles, en outre, le possible transfert de voix d'Écolo vers les libéraux est plus net : 10 électeurs Écolo sur 100 se disent tentés par un vote MR. Dans la Région-Capitale, le parti de Georges-Louis Bouchez constitue la principale menace pour les écologistes. Comme en 2019, verts et bleus n'ont pas fini de se chamailler…