Malgré "le déclin de la démocratie chrétienne", le CD&V entend rester "incontournable"
Son objectif : la troisième place en Flandre aux élections du 9 juin. Mais son avenir s'écrit en pointillé.

- Publié le 17-05-2024 à 14h20
- Mis à jour le 17-05-2024 à 22h03
Qu'elles sont loin les années 70 quand les chrétiens-démocrates flamands représentaient à eux seuls un quart du parlement et réunissaient près d'un million et demi d'électeurs. Depuis cette glorieuse époque, le CD&V subit une lente érosion. Aux élections de 2019, il n'a réussi à convaincre qu'un peu plus de 600 000 Flamands et ne décrochait que 12 sièges sur 150 à la Chambre. Même pas un sur dix.
"La démocratie chrétienne en Belgique et en Europe est en déclin structurel parce qu'elle a fondé le vote en sa faveur, d'abord, sur une identité religieuse, puis sur une identité sociale, deux aspects qui sont eux-mêmes en déclin", décrypte le politologue Jean-Benoît Pilet, de l'ULB.

Cette évolution s'est traduite de deux manières. "Soit la démocratie chrétienne est devenue la force dominante de centre-droit. C'est le cas de la CDU en Allemagne qui a convaincu de façon stable qu'elle est le parti de bonne gouvernance de centre-droit. De temps à autre, elle perd un peu. Mais le vote par défaut, c'est le vote CDU. Soit les concurrents de la démocratie chrétienne ont récupéré cet électorat de centre-droit. C'est ce qui s'est passé en Flandre avec la concurrence de l'Open VLD sur les questions socio-économiques, et celle de la N-VA sur le conservatisme et l'autonomie flamande."
La raison d'être du CD&V
Le Pr Pilet pense que le CD&V devrait se maintenir autour des 10-12 % aux élections du 9 juin car, au centre-droit, c'est plutôt l'Open VLD qui paie l'impopularité de la coalition Vivaldi, incarnée par le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD). Mais cela n'empêche pas que "le CD&V n'arrive pas à se dépêtrer de cette situation" de baisse tendancielle.
"Pour apparaître comme une option plus crédible aux yeux des électeurs, il peut jouer sur l'insatisfaction à l'égard des autres partis." Une cure d'opposition peut l'y aider, comme au début des années 2000. "Ou alors engranger des résultats au gouvernement, ce qui a été sa stratégie" depuis une quinzaine d'années. "Le problème, c'est que cette stratégie ne marche pas. Vincent Van Peteghem (vice-Premier ministre en charge des Finances) a sans doute fait un travail de qualité, mais on ne peut pas dire qu'il ait obtenu des résultats significatifs."
Ce qui manque au CD&V, selon le politologue, "c'est un déterminant structurel et stable du vote en sa faveur, sur lequel il n'est pas concurrencé. Tant qu'il n'aura pas réussi à définir cela, il fera l'objet de fluctuations électorales, parfois positives, parfois négatives."
Au CD&V, une recomposition du paysage politique flamand n'est pas du tout à l'ordre du jour. Pour la nouvelle génération incarnée par Sammy Mahdi, il est inconcevable de fusionner avec la N-VA.
Dans le futur, conclut M. Pilet, "il faudra voir si le CD&V va continuer à vivoter autour des 10 % en restant capable de monter dans les gouvernements. Ou si on va assister à une recomposition du paysage politique flamand, singulièrement au centre-droit. On se souvient de l'épisode du cartel CD&V/N-VA. S'il devait y avoir un nouveau grand parti populaire de droite conservatrice en Flandre, qui se positionnerait entre l'extrême droite et les socialistes de Vooruit, ne pourrait-il être dominant comme l'avait été la démocratie chrétienne en Flandre ?"
Objectif : la troisième place
Une recomposition ? Au CD&V, en tout cas, ce n'est pas du tout à l'ordre du jour. Le parti a connu un profond renouvellement de ces cadres ces derniers temps. De l'époque du cartel, il ne reste pratiquement plus personne, et des Wouter Beke ou Koen Geens ont perdu de leur influence. Pour la nouvelle génération incarnée par le président Sammy Mahdi, il est inconcevable de fusionner avec une N-VA dont les positions sur les enjeux sociaux, de santé ou sur l'avenir du pays, divergent tellement des leurs. "La question, ce n'est pas le nombre de partis, mais ce que ceux-ci veulent faire ensemble", résume un chrétien-démocrate.
"Les observateurs voient la montée de l'extrême droite en Europe. Mais il y a une autre tendance qu'ils ne voient pas, c'est la montée des partis centristes – au Luxembourg, en Pologne, aux Pays-Bas avec le NSC de Pieter Omtzigt, en Slovénie, en Slovaquie, en Grèce…" Selon notre interlocuteur, face à l'inquiétude suscitée par la poussée des extrêmes, une part croissante de la population est en demande de partis gestionnaires, capables d'allier des positions de centre-gauche sur le socio-économique (pensions, pouvoir d'achat, santé…), mais de centre-droit sur les enjeux socio-culturels, tels que la sécurité, l'immigration ou l'intégration.
"Notre ambition, c'est d'être troisièmes en Flandre", derrière le Vlaams Belang et la N-VA, comme en 2019, "et d'être incontournables pour la formation des gouvernements afin d'y peser un maximum".