Une mine sombre et une déception lors de la folle soirée à la N-VA
La Libre était au QG bruxellois de la N-VA ce dimanche, où les ténors du partis ont célébré la victoire. Une ombre est venue ternir le tableau... Reportage.
- Publié le 10-06-2024 à 12h49
- Mis à jour le 10-06-2024 à 15h04

Les sondages prédisaient une victoire écrasante du Vlaams Belang depuis plusieurs semaines. Pourtant, c'est une vague jaune qui a déferlé sur la Flandre. Pour célébrer cette victoire, quelque 300 militants et employés du parti se sont réunis à l'hôtel nhow, niché entre le quartier des affaires et Saint-Josse-ten-Noode.
18h : Le calme avant la fête
Une atmosphère feutrée règne dans l'hôtel situé à côté du Botanique. Les bruits de pas se dissipent dans une épaisse moquette tandis qu'un air de jazz accompagne les discussions et les premiers verres de vin. Les voix se mêlent en murmures, mais un brouhaha s'échappe d'un couloir proche. Il débouche sur une vaste salle qui accueille une scène et un mur où est projeté l'émission spéciale de la VRT, permettant de suivre les résultats en temps réel. L'ambiance est déjà à la fête. Pourtant, il n'est que 18 heures et les derniers bureaux de votes ferment seulement.
La pièce, habituellement blanche, est ponctuée de jaune pour l'occasion. Les premiers résultats au niveau bruxellois tombent. À l'annonce des 24 % de Groen, les militants huent et vocifèrent avant de se réjouir face aux 13 % de voix amassées par la N-VA. Des poings sont brandis vers le plafond et des cris de joie retentissent. Une joie renouvelée face à la déferlante libérale du côté francophone.

Nombreux sont ceux qui rafraîchissent frénétiquement la page des résultats électoraux en ligne. Quelques dizaines de minutes plus tard, c'est la stupéfaction. La N-VA caracole en tête avec 25,22 % des sièges au Parlement flamand, dépassant de plus de 3 % le score du Vlaams Belang. Des couples s'enlacent, les embrassades et les accolades fusent de toutes parts, quitte à ce que quelques brushings perdent de leur superbe.
Les pommettes se teintent progressivement de rouge, tandis que les résultats confirment l'inattendu : la N-VA reste le premier parti en Flandre. La pompe à bière, boudée au début de la soirée, est désormais incontournable. À quelque pas de là, dans une pièce adjacente, le député bruxellois Gilles Verstraeten affiche une mine sombre. Tiré à quatre épingles, comme à son habitude, il ne se livre à aucun commentaire. Il est presque 20 heures, et une ombre apparaît sur le tableau victorieux de la N-VA : le parti perd vraisemblablement un siège au Parlement bruxellois, se retrouvant alors avec seulement deux strapontins.
Il est 20h et Bart De Wever manque à l'appel
Les militants endimanchés ont les yeux rivés vers la scène qui devait accueillir le discours de Bart De Wever il y a déjà une heure. Devant l'hôtel, une horde de journalistes se presse pour guetter l'arrivée du bus transportant les ténors du parti. Des habitants mécontents affichent leur désapprobation en accrochant des pancartes à leurs fenêtres : "Niet onze stem, N-VA = associaal", peut-on y lire. Quelques clients désemparés tentent péniblement de se frayer un chemin jusqu'à l'accueil de l'hôtel. Les spéculations vont bon train : "Peut-être qu'il réécrit son discours", murmure un militant vêtu d'un costume bleu agrémenté d'un nœud papillon jaune.

À son arrivée, le patron des nationalistes est accueilli par des acclamations et applaudissements nourris. Il peine à atteindre l'estrade, tant les militants se bousculent pour l'apercevoir, lui serrer la main, voire lui décrocher un commentaire. "Chers amis, nous avons gagné ces élections, annonce-t-il sans fioritures depuis la scène, où sont regroupés les pontes du parti. "Avouez-le, vous ne vous attendiez pas à ça. Je tiens à tous vous remercier, les sondages n'étaient pas bons. Les faire-part de décès étaient déjà écrits, mais vous n'avez jamais baissé les bras. Ce qui fait que la N-VA est le premier parti en Flandre." La foule est en liesse, "Bartje premier", scande-t-elle tandis que les paroles "I'm still standing" d'Elton John font vibrer les baffles de la salle. Le président du parti appelle alors "les Flamands à unir leurs forces, pour donner à la Flandre le gouvernement qu'ils ont clairement choisi […] C'est notre devoir démocratique", martèle-t-il sans mentionner le Vlaams Belang.
Pour conclure ce discours, tous entonnent le Vlaamse Leeuw, l'hymne flamand. Mains sur le cœur, les militants et les candidats s'époumonent gaiement. En fin de campagne, la N-VA a assuré rejeter toute coalition avec le Vlaams Belang. "On ne changera pas d'avis concernant le Vlaams Belang", confirme Jan Jambon, le visage rubicond, lorsque La Libre lui pose la question. "Nous n'avons pas l'habitude de changer d'opinion après les élections. De toute façon, avec le nombre de sièges qu'ils ont obtenus, c'est impossible de former une majorité. Et même au niveau du contenu, c'est hors de question", réaffirme-t-il, avant d'enchaîner avec la mesure phare de son parti, la réforme de l'État.

"Ce qu'on a toujours dit, c'est que tout est bloqué au niveau fédéral dans ce pays", poursuit-il tandis que des gouttes perlent de son front. "On doit faire une vraie réforme institutionnelle, et ça prend du temps. C'est pour ça qu'on a besoin d'engagement de la part des partis avec lesquels on formera un gouvernement. Il est clair qu'on cherche des partis de centre droit, mais il est encore trop tôt pour parler des coalitions possibles. Ce soir, je ne passerai pas d'appel, je vais à Anvers pour fêter la victoire avec nos militants !", raconte-t-il en souriant de toutes ses dents. "On est très franchement surpris. Si on m'avait dit ça ce matin, je ne l'aurais pas cru. On rêvait déjà d'un score de 22 %. On dit un grand merci aux Flamands", conclut-il avant de saluer chaleureusement une candidate.
Il est 21h et la fête bat son plein… pour certains
Même son de cloche pour Theo Francken. "Je suis surpris par ce résultat mais je suis super content", explique-t-il à La Libre d'une voix ferme, le visage impassible. "Nous avons gagné, les Flamands ont fait le choix du réalisme. Il est très important de trouver un compromis avec les francophones et, vraiment, les résultats en Wallonie sont très intéressants. Maintenant, la priorité c'est de repousser l'immigration et de renforcer la sécurité", explique cet ancien secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations.
Évidemment, je suis déçue de notre résultat à Bruxelles. Il semblerait qu'on va perdre un siège, pourtant on a tout donné pendant cinq ans et on a fait une bonne campagne.
Plus en retrait, se tient Cieltje Van Achter, chef de groupe au Parlement bruxellois. "Je suis vraiment contente du résultat général. C'est une bonne nouvelle pour Bruxelles, cela va permettre de mettre de l'ordre au fédéral et d'avoir une communauté flamande forte pour investir à Bruxelles", positive-t-elle. "Évidemment, je suis déçue de notre résultat à Bruxelles. Il semblerait qu'on va perdre un siège, pourtant on a tout donné pendant cinq ans et on a fait une bonne campagne", nous assure-t-elle d'une voix douce, à peine perceptible à travers la musique tonitruante. "On aurait voulu être autour de la table pour assurer un budget en or pour Bruxelles, mais il faudra compter sur le MR pour ça. Et il est trop tôt pour envisager des coalitions, c'est Groen qui a le droit d'initiative du côté des listes néerlandophones…", regrette-t-elle en plissant ses yeux d'un bleu vif.
Le regard fatigué, elle explique : "C'est difficile d'analyser notre résultat à Bruxelles pour l'instant, il faudra attendre l'ensemble des dépouillements. Il y a eu aussi la surprise avec le parti Fouad Ahidar qui a obtenu un siège. On aurait voulu être autour de la table pour assurer un budget en or pour Bruxelles, mais il faudra compter sur le MR pour ça. Et il est trop tôt pour envisager des coalitions, c'est Groen qui a le droit d'initiative", dit-elle, l'air résolu.
La fête bat son plein, quelques jeunes engloutissent leurs bières, partout, les selfies s'enchaînent. On en oublierait presque que c'est un dimanche soir. Peu à peu, la salle se vide, chacun rentre chez soi. Les grandes figures du parti, elles, sont déjà rentrées depuis longtemps. Soit pour fêter la victoire à Anvers, soit pour se reposer avant les âpres conversations qu'augure la formation d'un futur gouvernement.
