Le gouvernement flamand veut imposer un "totaalplan" pour l'apprentissage du néerlandais : "Cela risque de se transformer en mécanisme d'exclusion"
Le gouvernement flamand fait de l'apprentissage du néerlandais le fer de lance de sa politique d'intégration sociale. Mais pour l'historien Vincent Scheltiens (UAntwerpen), la politique linguistique de l'exécutif pourrait être confrontée à un dispositif d'apprentissage trop limité.

- Publié le 24-10-2024 à 06h34
- Mis à jour le 24-10-2024 à 09h17

L'importance du néerlandais est un élément clé pour le nouveau gouvernement flamand. C'est même le fil rouge du programme politique intitulé "Samen werken aan een warm en welvarend Vlaanderen" ("Ensemble, la mise sur les rails d'une Flandre chaleureuse et prospère") que l'exécutif N-VA-Vooruit-CD&V souhaite appliquer au cours des cinq prochaines années.
"Les Flamands ont en commun leur langue et certaines valeurs", lit-on page 7 dans le chapitre "Samen voor Vlaanderen". On y trouve aussi ce passage : "Une bonne connaissance du néerlandais est une condition nécessaire en vue d'une bonne intégration des nouveaux arrivants. La maîtrise de la langue véhiculaire est indispensable pour réussir son parcours scolaire et professionnel."
Nederlands !
Dans ce domaine, le gouvernement du ministre-président Mathias Diependaele (N-VA) annonce vouloir mener "une politique globale, active et ambitieuse dans l'intérêt des Flamands." Au chapitre "Enseignement", on trouvera un intertitre "Nederlands !" (p. 135) avec un point d'exclamation, comme pour mettre spécialement en exergue la connaissance de la langue, élément fédérateur qui nous permet de progresser dans la vie. "Si les élèves maîtrisent le néerlandais, les enseignants peuvent se concentrer sur les matières à enseigner et les élèves peuvent alors en extraire le maximum", lit-on par ailleurs.
Concrètement, en voulant imposer le néerlandais à l'école, le gouvernement N-VA-Vooruit-CD&V incite les établissements scolaires à prendre des sanctions à ceux qui ne respectent pas les règles linguistiques en vigueur. Le gouvernement Diependaele veillera aussi à établir une réglementation linguistique dans le secteur des soins et de la Petite Enfance. Des tests de langues sont envisagés afin de vérifier si le personnel s'exprime correctement en néerlandais. Par ailleurs, pour bénéficier d'une aide financière pour la garderie, les parents d'enfants en bas âge seront contraints de suivre un cours de néerlandais.
L'exécutif prévoit par ailleurs de déployer un "plan global néerlandais" qui sera d'application dans les communes de la périphérie bruxelloise. "Quoi de plus normal que de s'exprimer dans la langue véhiculaire, il faut faire l'effort et s'adapter", lit-on dans l'accord flamand.
Dispositif d'apprentissage trop limité
Ce "Totaalplan Nederlands" du gouvernement flamand aura des conséquences pour les non-néerlandophones vivant en Flandre. "Ce plan langue est le fer de lance des nationalistes flamands et de ses partenaires Vooruit et CD&V," appuie Vincent Scheltiens, docteur en histoire à l'Université d'Anvers et spécialiste de l'identité flamande.
Certes, la maîtrise de la langue est essentielle pour l'intégration sociale et pour le progrès individuel.
"Or, la politique linguistique du gouvernement actuel risque de se transformer en mécanisme d'exclusion", souligne l'historien qui estime que le gouvernement devrait davantage faciliter l'accès au cours de néerlandais pour les publics précaires.
Notre interlocuteur précise : "Dire que les nouveaux arrivants refusent d'apprendre le néerlandais est un préjugé tenace qui ne correspond pas à la réalité du terrain. La grande majorité souhaite améliorer ses connaissances linguistiques", s'indigne Vincent Scheltiens, lui-même bilingue néerlandais-espagnol et scolarisé en Flandre. "Dans le Brabant flamand, des milliers de candidats figurent sur une liste d'attente. Le dispositif d'apprentissage est beaucoup trop limité. Et il y a trop peu de cours organisés et trop peu de centres de langues", juge-t-il.
Il y a aussi le fait que ces cours de langues sont souvent inabordables pour des personnes à faibles revenus. Notre source souligne que beaucoup de ces personnes n'ont pas les moyens financiers pour s'inscrire au cours de néerlandais. "Le résultat est que le fossé se creuse encore davantage entre ceux qui suivent des cours de néerlandais et d'autres qui finissent par jeter l'éponge. Est-ce vraiment l'objectif du gouvernement flamand ?" s'interroge l'historien.