Namur : coup de pression sur la campagne électorale, le menu du conseil communal modifié en dernière minute
Le conseil communal de ce mardi 3 septembre 2024 devait se prononcer sur la reprise, par la Ville, de certains chemins agricoles privés. Un volet de l'ordre du jour qui a fait mousser les fermiers concernés. Une gueulante et la menace de retirer les affiches électorales disposées dans les champs ont suffi à faire en sorte que les points contestés soient retirés en dernière minute.
- Publié le 04-09-2024 à 15h00

Dans un conseil communal, l'ordre du jour n'est jamais figé. Des dossiers sont parfois ajoutés et débattus en dernière minute en raison de leur caractère urgent, souvent lié au calendrier. Certains points, générant des divergences importantes ou nécessitant des précisions, peuvent être ajournés d'un commun accord durant les débats. D'autres, enfin, sont tout simplement reportés. Il suffit alors d'un mot de la personne qui préside l'assemblée – un rôle endossé à Namur par Anne Oger (Les Engagés) – pour informer les conseillers du report avant le début des échanges. En général, ces derniers accueillent la nouvelle sans sourciller. Ce fut le cas lors de l'annonce du report des points 30 et 31, au lever de rideau du conseil communal de rentrée. "En raison de vérifications à opérer", a justifié la présidente. Comprenez entre les lignes: pour éviter de jeter de l'huile sur le feu.
Un chantage qui a payé
Les conseillers auraient ainsi dû entériner la reprise, dans le giron communal, de chemins agricoles situés dans les campagnes naninnoises afin qu'ils soient intégrés au réseau des sentiers. Une initiative qui peut sembler anodine pour le commun des mortels, mais qui a eu l'effet d'une bombe chez les fermiers propriétaires des chemins concernés. Ceux-ci s'estimaient unilatéralement dépossédés de leurs biens. Ils ont alors exprimé leur mécontentement par la voix de Pierre Piron, conseiller CPAS sous la bannière des Engagés et représentant namurois de la Fédération Wallonne des Agriculteurs (FWA). "La défense des intérêts des agriculteurs passe avant mon engagement politique, assène-t-il. Je n'ai donc pas peur de me disputer avec le bourgmestre." Ni de mettre un sérieux coup de pression sur ses pairs à un mois des élections communales, pour lesquelles il est par ailleurs candidat. "J'ai fait savoir que si des élus votaient en faveur de cette proposition, les affiches électorales qu'ils ont pu installer sur des terres agricoles seraient toutes enlevées", précise Pierre Piron. "J'admets que c'est du chantage, mais ça a marché." Notre interlocuteur précise avoir reçu plusieurs SMS dans la journée l'informant que le point ne serait finalement pas abordé.
L'argument de l'entretien
"Personnellement, si je vois un promeneur sur un de mes chemins, je le laisse passer", affirme Pierre Piron, qui craint toutefois que l'augmentation du trafic ne finisse par nuire à la propreté des sites et, in fine, au bien-être des élevages. "On risque de retrouver plus de déchets sur les abords. Si une bête ingère un fragment de canette, elle meurt. On a déjà assez de difficultés pour le moment avec la maladie de la langue bleue", développe-t-il. "Ce n'est pas tout de vouloir récupérer nos chemins, il faut aussi les entretenir. Et ça, la Ville n'en a pas les moyens", assure le représentant de la FWA.
Plutôt que de se lancer dans un bras de fer au timing délicat, le collège a donc choisi d'observer une courbe rentrante. Mais le sort des chemins de Naninne reviendra à terme sur la table des conseillers. Reste à savoir quand. Et Pierre Piron de conclure, une pointe d'ironie dans la voix: "Pas durant cette législature. Et pas sans que l'on soit associé aux discussions."