Des tensions, des mensonges et un doudou : les dessous de "Het conclaaf", l'émission qui réunit pendant un week-end des ténors politiques
Les participants visiblement tendus n'étaient guère enthousiastes à l'idée d'entrer dans le château loué par VTM. Alexander De Croo et Tom Van Grieken s'y sentaient particulièrement mal à l'aise.

- Publié le 16-05-2024 à 17h05
- Mis à jour le 16-05-2024 à 19h08

Ils ont beaucoup hésité. Vraiment beaucoup. Ils n'ont cependant pas pu refuser. L'invitation n'était pas franchement attractive, mais elle fait partie de celles qui ne se déclinent pas. Pour doper l'audimat de VTM et leur propre visibilité auprès d'un public populaire, sept politiques flamands de haut rang se sont enfermés mi-avril, pendant un week-end, dans le château Jemeppe à Hargimont (province de Luxembourg), dont Sam Baro, le nouveau président du club de football de La Gantoise, est devenu le propriétaire. Au programme : discussions, parfois en petits comités, sur ce qui les sépare et les rapproche. Le casting final démontre l'effet d'attraction de l'émission Het conclaaf, dont le premier épisode est diffusé ce jeudi soir sur la chaîne privée.
On y voit cohabiter et débattre Alexander De Croo (Open VLD), Bart De Wever (N-VA), Tom Van Grieken (Vlaams Belang), Petra De Sutter (Groen), Raoul Hedebouw (PTB/PVDA), Sammy Madhi (CD&V) et un inattendu Conner Rousseau (Vooruit). Le tout est produit et (très) fortement scénarisé par le journaliste Eric Goens, le même qui mit en scène le coming out de Conner Rousseau sur sa bi-sexualité.
Les participants, visiblement tendus, semblent guère enthousiastes à l'idée d'entrer dans le château. Alexander De Croo et Tom Van Grieken s'y sentent particulièrement mal à l'aise. Heureusement pour le Premier ministre, son agenda chargé lui permet de quitter les autres convives après seulement 3 heures d'enregistrement. Bart De Wever, lui, a pris son doudou lion avec lui.
Tout au long de ce premier épisode, les élus s'envoient des petites piques, parfois cinglantes. En la matière, Bart De Wever manie l'humour et le cynisme comme aucun de ses concurrents. De quoi souvent détendre l'atmosphère, pour un millième de seconde seulement… Les nombreuses mésententes personnelles démontrent que certains d'entre eux auront du mal à rester longtemps autour d'une même table.

Échange tendu entre De Wever et Van Grieken
Voir le socialiste Conner Rousseau, l'extrémiste Tom Van Grieken et le nationaliste Bart De Wever cuisiner ensemble a de quoi surprendre les francophones. Une telle scène serait inimaginable en Wallonie. Mais en Flandre, voir ces opposants politiques s'invectiver ou divertir le public ensemble n'a rien de neuf.
Dans le premier épisode, le journaliste Eric Goens réunit rapidement les deux hommes forts de Flandre – De Wever et Van Grieken – dans un des salons. Selon les sondages, une alliance Belang-N-VA serait possible à l'issue des élections du 9 juin, une alliance qui, selon des études, aurait les faveurs de 53 % des électeurs du parti nationaliste. Cassant et pragmatique, Bart De Wever dévoile sa théorie. "Je ne crois pas en un scénario à la catalane où les Flamands décrèteraient leur indépendance de manière révolutionnaire, assène-t-il. Personne n'y croit, pas même Tom Van Grieken, car cela relève de l'absurde. On déclarerait notre souveraineté pour ensuite abandonner Bruxelles et quitter l'Union européenne ? Ce serait de la folie !"
Un autre passage marque les esprits des téléspectateurs lorsque Bart De Wever affirme qu'il se réjouirait que le scrutin offre une majorité absolue à la N-VA et au Belang, car "cela nous rendrait incontournables aux yeux des autres partis", avec qui il affirme déceler davantage de points communs qu'avec le Belang. "Mais les chances de conclure un accord de coalition avec le Belang sont quasi nulles ! Il ne se passera rien !"."Quel cynisme !" s'offusque Tom Van Grieken, qui semble étonné par une telle franchise. "Non, rétorque le patron de la N-VA, c'est une stratégie politique tout à fait légitime que de vouloir que personne ne puisse faire de majorité en Flandre sans moi !" L'échange a le mérite de pousser les deux présidents de parti à développer leurs arguments. Dans ce dialogue sur le séparatisme, la stratégie de Bart De Wever paraît plus étudiée et rationnelle que celle du Vlaams Belang. Mais, surtout, les deux visions semblent incompatibles.

Ce "show télévisé" offre aussi un tête-à-tête tendu entre Alexandre De Croo et Bart De Wever. Cet échange, totalement inédit depuis 2019, montre à quel point les deux hommes éprouvent du mal à respirer le même air. Le rejet est physique. Les deux hommes mettront d'ailleurs un terme à leurs échanges de peur de dire quelque chose qu'ils ne pourront que regretter après les élections.
Het conclaaf ressemble à une sorte de Loft Story politique, dont il faut reconnaître la redoutable efficacité, mais qui reste bien éloigné des apparitions audiovisuelles auxquelles se livrent les politiques français. Les présidents de parti francophone se situant dans un juste milieu, avec quelques apparitions en pyjama ou un entretien dans une attraction de Walibi pour les besoins de la télévision.