Charlotte Deborsu (MR) soupçonnée de plagiat dans sa vidéo-vérité : "Si vous voulez voler le travail, faites ça un peu plus intelligemment"
La dernière vidéo de campagne, "sans filtre", publiée par Charlotte Deborsu laisse un goût amer à un restaurateur namurois dont le spot diffusé en avril a été mis à la sauce de l'élue.
- Publié le 13-06-2024 à 10h08
- Mis à jour le 13-06-2024 à 12h12

Le jeudi 6 juin 2024, au soir, pour sa dernière vidéo de campagne, Charlotte Deborsu jouait son va-tout dans une séquence émotion dévoilant sa vie publique et privée, entre joies et coups durs qui vont de pair avec un engagement politique, notamment. Une communication sponsorisée par le MR de Namur et balancée largement sur les réseaux. Une parole tire-larmes, voulue sincère, authentique. Sauf que…
Parmi les 17 000 personnes qui ont vu le spot, léché, de celle qui allait devenir, quelques jours plus tard, la plus jeune élue francophone à la Chambre, quelques-unes n'ont pas été dupes. Le montage et le propos ressemblaient comme deux gouttes d'eau à un clip touchant et mis en ligne fin avril par Joseph Cassart, du restaurant Petit Pays, établi rue des brasseurs et récemment entré dans le guide Gault&Millau. Alerté par les internautes qui n'étaient pas tombés dans le panneau, le chef a tenu à réagir dans un nouveau montage reprenant des passages de sa propre vidéo (2min34s) et de celle plagiée de Charlotte Deborsu (2min49s).
Casser les codes ?
D'abord, des morceaux choisis de la version originale du restaurateur: "J'avais besoin d'un 2e terrain de jeux. J'ai 27 ans et je viens d'ouvrir mon 2e restaurant. Personne n'y croyait. […] Trois ans plus tard, vous êtes toujours là. On a osé casser des codes. On a été cuisiner partout et c'était magnifique. On a tout remis en question, j'ai tout changé tout le temps. C'est vraiment dingue. "
Ensuite, la version de la candidate. "J'avais besoin de quelque chose de plus grand. J'ai 27 ans et je rêve de devenir députée de mon pays. Personne n'y croyait. […] Six ans plus tard, je suis toujours là. C'était fou. On a cassé les codes. On a osé. […] Travailler avec nos agents communaux, ils sont fantastiques. J'ai tout remis en question, absolument tout. C'est fou, c'est un truc de dingue."
Pas une coïncidence
Il n'y a pas photo, on peut jouer au jeu des 7 différences mais aussi au jeu des 1 000 ressemblances, rien n'est une coïncidence (Charlotte Deborsu avait d'ailleurs liké en son temps le clip initial).
À la fin de son remontage (supprimé entre-temps), le patron de Petit Pays y va de son ressenti face à ce plagiat en bonne et due forme: "J'avais pas trop envie de parler de ce truc. Vous avez été beaucoup à m'envoyer cette vidéo et je n'ai pas envie de parler de politique sur le restaurant. L'idée, c'est pas de critiquer, j'ai pas envie de me rabaisser à ce genre de truc ou de créer un bad buzz mais juste de passer un petit message. On est indépendants, on fait 10 000 métiers différents. C'est pas la première fois que ça arrive qu'un politique reprenne notre travail. On a à peine le temps de faire de la communication. Vous vous avez une équipe de com' derrière."
"[Vous reprenez cette vidéo] sans nous demander l'autorisation, sans même nous prévenir. Imaginez si les politiques repartageaient ma vidéo en disant "waow, trop bien, voilà un commerçant, un indépendant qui se lance, j'aime sa vision des choses, je travaille pour ces indépendants, ces gens-là, on va avancer ensemble." C'est un peu mon message: cultivez votre différence. Si vous voulez voler le travail de quelqu'un, faites ça un peu plus intelligemment et mettez-le en avant. Surtout que c'est votre rôle de fédérer, de montrer qu'il y a des choses qui bougent à Namur. "
Une vidéo-thérapie
Le témoignage face-caméra de Charlotte Deborsu a sans doute contribué à la porter vers les sommets (14 785 voix de préférence, le 3e score de notre province). Du côté de Xavier Gérard, président de la section namuroise du MR, on nous dit. "J'ai vu la vidéo du restaurant Petit Pays. Je suppose que Charlotte a contacté Joseph pour s'excuser. En tout cas, elle a corrigé le tir sur sa vidéo hier. Pas d'autre commentaire de notre part."
En effet, après avoir été épinglée par l'enseigne, la jeune politicienne a quelque peu modifié le commentaire accompagnant d'un "merci Petit Pays Restaurant pour l'inspiration. Ton histoire a fait écho à la mienne." En l'occurrence, c'est plutôt l'inverse. Et au sein d'un parti qui défend le travail et notamment celui des indépendants, ça doit faire un peu tache.
Joseph Cassart n'a pas souhaité s'exprimer plus. "Il n'y a pas de drama." Charlotte Deborsu, elle, nous a indiqué par SMS : "Je connais très bien Joseph, le restaurateur en question, depuis l'école primaire. On s'est d'ailleurs appelé hier et il a supprimé sa vidéo. Je lui avais envoyé un message au moment de poster ma vidéo le 6 juin, pour le remercier car sa vidéo m'avait aidée à sauter le pas de la sincérité, en parlant à cœur ouvert. Message auquel il n'a jamais répondu. C'est mon histoire, mes images, ma musique, j'y fais mon coming out. Faire cette vidéo fut une thérapie, elle me ressemble à 100 %. C'est la mode sur les réseaux, Instagram, TikTok, de faire sa version de choses existantes." Si la méthode, vue par certains comme indélicate, a pu susciter la désapprobation dans les rangs du MR? "Je ne suis pas au courant et n'ai eu l'écho de personne."