Le sol se dérobe sous la "super note" de Bart De Wever
Le projet d'accord de l'ex-formateur royal n'est plus une base de travail pour les négociateurs de l'Arizona. Analyse.

- Publié le 02-09-2024 à 06h35
- Mis à jour le 02-09-2024 à 12h59
L'adage politique est connu : tant qu'il n'y a d'accord sur tout, il n'y a d'accord sur rien ! Le hic dans la formation du gouvernement Arizona, c'est qu'un point de rupture a remis en cause bien d'autres mesures et compromis, par dizaines même. Et, à en croire les négociateurs qui se confient à La Libre, cette phase de dramatisation arrive beaucoup trop tôt dans le processus. Le blocage sur le projet de taxation des plus-values est ainsi devenu l'arbre qui cache la forêt. Seul le président du MR espère encore la conclusion d'un accord avant les élections communales. Mais, Georges-Louis Bouchez y croit-il vraiment ? Pour les autres négociateurs, cela semble impossible.
Le risque d'une Vivaldi II
Deux obstacles majeurs empêchent toute avancée, à commencer par une détérioration accélérée des relations entre présidents de partis. La confiance est particulièrement abîmée suite aux innombrables fuites de documents dans la presse. La divulgation des différentes notes et tableaux budgétaires a soulevé nombre de critiques et pressions, venant d'adversaires politiques, d'économistes, de syndicats et autres lobbys, mais elles émergent aussi au sein même des bureaux de parti. Chez Vooruit, Conner Rousseau ne serait plus en mesure d'assumer certaines concessions en pleine campagne en vue des élections communales. Ensuite, les présidents de partis, qui se retrouvaient ce dimanche soir autour d'une même table, doivent crever l'abcès en définissant un nouvel agenda et le cadre du projet de l'Arizona. Un cadre ambitieux et clair, loin du consensus flou et paralysant de la Vivaldi. Craignant le syndrome De Croo, le président du MR refuse de s'enfermer dans un accord minimaliste et donc politiquement suicidaire.
Plusieurs initiés reconnaissent qu'en accusant Georges-Louis Bouchez d'être l'unique responsable de la crise politique actuelle, la N-VA et Vooruit se protègent mutuellement. Et pour cause, les deux partis veulent conclure au plus vite la formation du gouvernement régional flamand. Là aussi, quelques fuites en matière d'enseignement et de fiscalité automobile ne facilitent aucunement la tâche du formateur N-VA Matthias Diependaele, et un échec pèserait lourdement sur la campagne des communales dans le nord du pays. Au-delà de cette considération régionale, Bart De Wever et Conner Rousseau espèrent aussi conclure des accords de majorité dans nombre de communes flamandes le mois prochain, à commencer par… Anvers. Les deux hommes ont de très bonnes raisons de s'épargner mutuellement le rôle peu enviable de valet noir (Zwarte piet). Pour autant, le président du MR refuse de se laisser entraîner dans ce piège. Il contre-attaque en martelant que la "super note" est déséquilibrée et que Conner Rousseau ferait bien de ne pas surestimer le poids de son parti au sein de la future coalition. Ambiance…
La crainte du triomphe de Bouchez
Devant des militants du Mouvement réformateur plus unis que jamais, Georges-Louis Bouchez a officiellement lancé la campagne de son parti ce dimanche midi. Parmi les négociateurs flamands, l'enlisement des négociations fait craindre le risque qu'une nouvelle victoire électorale du MR ne fasse revenir autour de la table un Bouchez plus triomphant et déterminé que jamais.
Ce lundi, le médiateur Maxime Prévot (Les Engagés) fera rapport des difficultés en cours au Roi. Le président des Engagés devrait notamment indiquer que la "super note" de Bart De Wever n'est plus une base de travail, mais que, pour autant, les partis confirment vouloir poursuivre les négociations en vue de former la coalition Arizona.
Ce lundi, le Palais royal a désigné Bart De Wever formateur, moins de deux semaines après sa démission à cette même fonction.