"Pratiquement aucune ambition pour la nature et le climat": les critiques des associations sur le volet climat de l'Arizona
Les six pages consacrées au climat et à l'environnement dans l'accord du gouvernement fédéral peinent à convaincre les associations de préservation de la nature.
- Publié le 03-02-2025 à 18h37
- Mis à jour le 04-02-2025 à 17h13
Sur les 208 pages qui constituent l'accord du gouvernement Arizona, seules six sont consacrées au climat et à l'environnement, bien-être animal compris. Si, sur le fond, l'Arizona réaffirme sans ambiguïté les engagements de la Belgique dans l'accord de Paris, dans l'accord de Montréal sur la biodiversité, dans le Green Deal et dans les objectifs européens en matière de climat et d'énergie, il veut conditionner la transition verte du pays à la compétitivité des entreprises. Une mise en balance entre climat et économie qui inquiète les associations environnementales. Celles-ci considèrent, de manière plus générale, que le volet climat et environnement de la note Arizona n'est pas à la hauteur des enjeux.
Pour le WWF (World Wide Fund for Nature ou Fonds mondial pour la nature), l'accord du gouvernement fédéral ne montre ainsi "pratiquement aucune ambition pour la nature et le climat". "L'élimination progressive des subsides aux combustibles fossiles, une mesure que l'Europe réclame depuis des années, est à peine évoquée dans l'accord de gouvernement. Cet accord passe ainsi à côté de 14 milliards d'euros. C'est d'autant plus étonnant en période de difficultés budgétaires, et ces milliards auraient pu être investis pour rendre notre économie plus durable", dénonce l'ONG qui ne se montre pas plus enthousiaste concernant les annonces du nouveau gouvernement en matière de biodiversité. "Le gouvernement fédéral réaffirme bien ses engagements internationaux en matière de biodiversité, mais le texte reste vague et très pauvre. En ce qui concerne les mesures de restauration de la nature, le gouvernement fédéral déclare bien son intention de restaurer 20 % des zones marines, mais la loi européenne sur la restauration de la nature n'est mentionnée nulle part dans l'accord. Aucune mention non plus de la législation européenne sur la déforestation, une législation qui pourrait pourtant devenir un outil majeur dans la lutte contre la déforestation à travers le monde", relève l'ONG.
"Les mesures climatiques sont toujours mises en balance avec la compétitivité. Mais si on veut une transition verte il faut aussi réorienter l'économie. J'ai un peu peur de cette opposition qui est faite entre le Green Deal et la compétitivité", abonde Carine Thibaut, directrice générale d'Amnesty International Belgique.
"Il y a des éléments positifs dans la note comme la réduction de la TVA pour installer des pompes à chaleur (celle-ci devrait passer de 21 à 6 % NdlR). Mais est-ce que ce sera suffisant pour réduire de manière drastique les émissions de gaz à effet de serre de notre pays, sachant qu'il y a des secteurs très émetteurs comme la mobilité qui stagnent ?", pointe-t-elle également.
Un peu court vu l'urgence climatique
De son côté, Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer au CNCD-11 11 11 se montre mitigé. "On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Pour le positif, on peut souligner que pour la première fois, un gouvernement où la N-VA est présente accepte les objectifs européens climatiques. Le problème, c'est qu'il y a peu d'initiatives nouvelles là derrière. Le nouveau gouvernement dit qu'il est prêt à faire une série de choses pour le climat, à condition que ça ne nuise pas à la compétitivité des entreprises. Ça risque d'être un peu court vu l'urgence climatique."
Selon M. Van Nuffel, un autre élément positif de la déclaration gouvernementale est l'intention manifeste d'améliorer la tuyauterie institutionnelle belge. "C'est plutôt une bonne nouvelle. Nous avons toujours défendu le fait qu'il faut aller plus loin que les accords de coopération et qu'une loi climat est nécessaire, détaille-t-il. Pour le reste, mon impression, c'est qu'on a obtenu le strict minimum. C'est toujours mieux que la Suédoise où c'était peau de chagrin, mais c'est clairement un retour en arrière par rapport à la Vivaldi."
De son côté, la coalition climat se montre inquiète. "Il y a une réaffirmation des objectifs européens qu'est la neutralité climatique pour 2050, mais il n'y a aucune ambition dans l'accord. On pourrait par exemple mettre l'accent sur les subsides aux énergies fossiles. Il y a une petite mention d'une évaluation des soutiens financiers au secteur des énergies fossiles et d'une suppression éventuelle, mais ce n'est pas du tout en phase avec la décennie critique dans laquelle nous entrons. Nous ne pouvons pas attendre cinq ans. Si nous voulons atteindre la neutralité d'ici 2050, nous devons être plus ambitieux dès maintenant", déclare Nadia Cornejo, porte-parole de la coalition qui regroupe 90 associations actives dans le domaine climatique.
En revanche, la nomination de Jean-Luc Crucke (les Engagés) en tant que ministre de la Mobilité et du Climat est vue d'un bon œil par le secteur. "Le fait d'avoir un ministre expérimenté qui a fait ses preuves au niveau wallon est une bonne nouvelle. Je pense sincèrement que Jean-Luc Crucke va y aller avec beaucoup de motivation et de compétence. Mon espoir est qu'il arrive à faire avancer les choses, même si ses partenaires de gouvernement sont peut-être moins convaincus que lui. Avec lui, on peut notamment espérer qu'il y ait plus de coopération et de cohérence entre les entités", estime Nicolas Van Nuffel.
