Un projet de décret contre le harcèlement scolaire avant l'été
Le texte que prépare la ministre Désir prévoit des actions minimales à réaliser mais s'appuie sur les forces de chaque école. Exemple à Liège.

- Publié le 17-05-2022 à 19h41
- Mis à jour le 17-05-2022 à 19h44

Laetitia a 13 ans. Elle est en deuxième secondaire quand un des éducateurs de son école constate un brusque changement dans son comportement. L'ado multiplie les retards. Elle s'isole de son groupe classe, n'est jamais choisie quand on fait les équipes au sport, se réfugie seule sous l'arbre dans la cour de récréation où elle cherche la présence d'un adulte.
Immédiatement, les "référents harcèlement" de l'école - entre 10 et 15 éducateurs, enseignants, membres du personnel d'entretien, de cuisine ou de direction, volontaires et spécialement formés à la problématique - se mettent au travail. En équipe. Objectif : mettre ensemble tous les éléments, vérifier le plus vite possible s'il y a harcèlement. Sans entrer dans les détails, c'est le cas. Brimades et rejet se répètent, encore et encore. Alors l'équipe fait baisser la pression, montre à l'élève qu'on a vu ce qui se passe, qu'on l'a entendue. Et c'est ensemble que l'équipe passe à l'action à plusieurs niveaux. Auprès de Laetitia, dans la dynamique du groupe, et vis-à-vis des parents. Dans une boîte à "outils" bien fournie, on choisit la stratégie qui convient le mieux à la situation.
Grâce au dispositif "Pesh" ("Pour une école sans harcèlement") lancé en 2019 par la Province de Liège dans ses 14 écoles secondaires, Laetitia a retrouvé l'apaisement. Elle a été écoutée, elle a vu que les adultes ont fait ce qu'ils avaient dit qu'ils feraient. Elle a pu rester dans son école.
"Le harcèlement, c'est un défaut de communication, un problème de groupe, pas individuel, insiste Maxime Cornet, coordinateur du projet "Pesh" au sein du département Enseignement de la Province de Liège. L'important est que les agents aient les armes et la créativité nécessaires pour réfléchir par eux-mêmes, réagir en fonction de chaque situation. Car il n'y a pas de solution miracle."
Courant 2023 dans 200 premières écoles
Pour la députée en charge de l'Enseignement provincial liégeois, aussi, le secret, c'est l'équipe : "La meilleure façon de faire est de rendre les écoles autonomes, constate Muriel Brodure (PS). Chez nous, une grosse centaine de référents sont formés et opérationnels. Et on a dû en refuser : 20 % des équipes étaient partantes."
La ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS), prépare un avant-projet de décret relatif à une politique structurelle de prévention du harcèlement et d'amélioration du climat scolaire. Le texte devrait être déposé en première lecture d'ici l'été pour entrer en vigueur courant 2023 dans 200 premières écoles (en priorité dans les écoles primaires et au premier degré du secondaire, où la situation est la plus problématique). "Nous avons redéfini les conditions à offrir aux écoles pour leur permettre de déployer une action cohérente et durable, a-t-elle détaillé mardi, à l'occasion de sa rencontre avec les acteurs de "Pesh". En s'appuyant sur des outils et un accompagnement externe adéquat pour le réaliser, les écoles développeront un programme qui comprendra des actions minimales à réaliser (par exemple des cercles de paroles régulés et une procédure de signalement) et d'autres choses à étoffer d'elles-mêmes en fonction de leurs réalités propres. L'idée n'est pas d'imposer une recette toute faite d'en haut mais de s'appuyer sur les forces de chaque école." Dans la lignée de ce que développe "Pesh" aujourd'hui.