"La grande majorité des écoles seront touchées par la grève": les syndicats d'enseignants maintiennent la pression sur le gouvernement MR-Engagés
Le front commun a appelé à une grève de 48 heures ces lundi et mardi. Des milliers de manifestants sont attendus à Bruxelles lundi. Dans leur viseur, les coupes budgétaires dans les filières qualifiantes et les projets du gouvernement en matière de statut.

- Publié le 26-01-2025 à 20h20
- Mis à jour le 27-01-2025 à 14h44
Le bras de fer entre les syndicats d'enseignants et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles se durcit. Le front commun syndical poursuit ses actions de protestation par une grève de 48 heures, ces lundi 27 et mardi 28 janvier. La journée de lundi sera marquée par une grande manifestation à Bruxelles. Des milliers de personnes sont attendues sur le coup de onze heures, à la gare du Midi. Elles défileront sous le slogan "L'enseignement est un droit pour toutes et tous". Les syndicats entendent maintenir la pression sur la coalition MR-Engagés, et particulièrement la ministre de l'Éducation Valérie Glatigny (MR) et la ministre-présidente Élisabeth Degryse (Les Engagés).
D'après les retours qu'il a du terrain, le président de la CGSP Enseignement (syndicat socialiste), Luc Toussaint, s'attend à ce que cette mobilisation soit un succès. Il table sur "de nombreux" milliers de manifestants. "La grande majorité des écoles seront touchées par la grève, parce que la plupart des enseignants se sentent concernés, affirme-t-il. Suite à nos précédentes mobilisations, nous avons été reçus par les ministres Glatigny et Degryse. Cela prouve que le mouvement est pris au sérieux. Mais si l'on ne peut pas infléchir les projets du gouvernement, cela ne sert à rien de discuter. C'est pour cela que nous voulons être le plus nombreux possible lundi."
La fin de la 7e année du qualifiant
Pour rappel, les griefs du front commun sont de deux ordres : la réforme de l'enseignement qualifiant, qui aura un impact dès la prochaine rentrée, et, à plus long terme, les projets contenus dans la déclaration de politique communautaire MR-Engagés, notamment la fin annoncée des nominations.
La coalition Azur a décidé, et voté fin 2024, une coupe budgétaire de 15 millions d'euros dans l'enseignement qualifiant pour l'année 2025. Ces économies seront effectives à partir de septembre. En année pleine, elles s'élèveront à 45 millions d'euros. Il s'agit de réduire de 3 % le nombre d'heures de cours dans l'enseignement technique et professionnel, de supprimer la 7e année qualifiante (en fin de 6e, les élevès sont détenteurs du CESS ou Certificat de l'enseignement secondaire supérieur) et de renvoyer les élèves majeurs en décrochage vers l'enseignement pour adultes (Promotion sociale, IFAPME, Forem,…).
Des centaines de pertes d'emploi
Le gouvernement Degryse estime que l'enseignement qualifiant doit être rationalisé. "Il y a 5 400 options, la moitié sont fréquentées par moins de 10 élèves. Et parmi ces 2 700 options, pour la moitié – environ 1 300 – il existe une offre à moins de 10 kilomètres", affirmait Valérie Glatigny en décembre.
Les syndicats ont fait leurs calculs. Pour eux, ces économies vont générer des centaines de pertes d'emplois, au moins 500. Le Secrétariat général de l'enseignement catholique (Segec) a évoqué entre 400 et 500 équivalents temps plein.
Des calculs que la ministre de l'Éducation réfute, sans pour autant convaincre ses opposants. Au Parlement, lundi, Mme Glatigny a qualifié ces chiffres "d'observations fragmentaires récoltées à la grosse louche", selon Belga. Elle a répété que les mesures dénoncées – dont la réduction de 3 % du budget du qualifiant – avaient toutes été décidées par les acteurs de l'enseignement eux-mêmes lors de la conclusion du Pacte d'excellence en 2017. L'enseignement qualifiant en Communauté française coûte aujourd'hui entre 9500 et 10 500 euros par an et par élève, soit un coût bien plus élevé que dans les autres pays, et ce pour des résultats finalement assez médiocres, ce qui justifie la nécessité d'une réforme, a estimé Mme Glatigny. Celle-ci a aussi réfuté que "des milliers d'élèves" seraient affectés par la fin annoncée de 7es années d'enseignement professionnel, chiffrant plutôt leur nombre à un peu plus de 800.
Notre volonté est de ne casser aucun parcours de formation. Mais nous voulons éviter de financer deux fois une même formation.
La ministre a encore indiqué que le cadastre des formations promis pour s'assurer qu'aucun élève ne se retrouvera demain sans formation était "en cours de finalisation". L'idée du gouvernement est d'orienter dorénavant les élèves majeurs vers l'enseignement pour adultes, plutôt que de les maintenir dans l'enseignement obligatoire. "Notre volonté est de ne casser aucun parcours de formation" a assuré Mme Glatigny devant les députés. "Mais nous voulons éviter de financer deux fois une même formation."