Croquis de justice : Nancy cultivait du cannabis "par amour des plantes"
Dans la dèche, ils lancent leur petite entreprise familiale. Mauvaise idée.
- Publié le 16-11-2020 à 06h25
- Mis à jour le 18-01-2021 à 20h56

Une famille se présente, visiblement gênée aux entournures de se retrouver au milieu d'une escouade de femmes et d'hommes de loi. Le père de famille, Fabrice(*), affiche la cinquantaine penaude. Sans emploi et fauché à la suite d'une escroquerie dont il se dit la victime, il n'a rien trouvé de mieux que de cultiver du cannabis à domicile. En plus, la famille a détourné de l'électricité (une facture de 21 000 euros leur est réclamée) et possédait moult armes prohibées.
- "Que s'est-il passé ?" interroge la présidente.
- "J'ai cultivé du cannabis, je reconnais mon erreur."
- "C'est un peu court…"
- "J'ai voulu me refaire et je suis tombé dans cette merde."
- "Êtes-vous consommateur vous-même ?"
- "Quand je cultivais, je consommais."
- "Un peu comme quand on se retrouve dans un magasin de chocolats."
- "…"
- "Et pour les armes ?"
- "C'est pour me défendre, on vit dans une drôle de région."
Ouais. Fabrice n'est pas très loquace et visiblement prêt à prendre les coups pour sa compagne et son fils.
Quand on lui demande de préciser la nature de l'implication de Nancy(*) dans la "culture familiale", Fabrice dégaine l'argument qui tue : "Elle m'a aidé parce qu'elle a la passion des plantes (sic)." Et Florent(*), le fils, qui n'avait que 19 ans au moment des faits ? "Je ne vois pas ce qu'il vient faire ici."
Si Nancy nourrit une passion pour les végétaux, force est de constater qu'elle est dure de la feuille. Une bonne tactique pour éluder les questions de la présidente ?
Florent reconnaît fumer un joint de temps en temps avec ses copains "comme tout le monde" et admet avoir une seule fois "dépanné" son père dans le cadre d'une "livraison".
La quatrième prévenue, Jessica(*), est l'ex-petite amie de Florent chez qui les policiers ont découvert une boîte d'anabolisants. A priori, rien à voir, si ce n'est qu'aux questions de la présidente, la jeune fille, en sus de préciser qu'elle jouit d'une bonne situation, croit bon d'ajouter qu'elle est aussi "coach sportif".
- Il y a peut-être des clients qui vous demandent ces petites pilules ?" rebondit la présidente.
Jessica nie que cette boîte puisse lui appartenir. Le hic, c'est qu'elle a signé une déposition affirmant le contraire.
"Un homme brisé"
Face aux réponses évasives, le procureur insiste sur l'intention de lucre : "Ils étaient tous les deux au chômage et possédaient quatre véhicules immatriculés." Et le ministère public d'énumérer ce que la perquisition a permis de mettre au jour : les plants, le matériel de culture, de l'argent liquide, des pacsons, une balance de précision, des bombes lacrymogènes, des coups-de-poing américains, etc. Pour le procureur : "Cette famille n'est pas un modèle d'honnêteté et de vertu."
L'avocate de Nancy tentera, avec force de détails, de réduire la période infractionnelle tandis que le conseil de Fabrice décrira un homme brisé d'avoir entraîné sa famille dans cette folle aventure. "Il n'avait jamais fait de prison et il a subi le traumatisme de l'incarcération." Point positif, Fabrice ne consomme plus du tout et chercherait même du travail. Bref, pour son avocat, "cela lui a servi de leçon".
Quant à l'avocate de Florent, elle mettra en exergue le jeune âge de son client, un milieu familial qu'il subit et des faits matériels, notamment la téléphonie qui, en fin de compte, ne démontrent pas grand-chose.
Jugement le 11 décembre.
(*) Prénoms d'emprunt.
