Tueries du Brabant: 32 ans plus tard, un corps vient d'être exhumé
Jacques Hoebeeck est mort le 26 mars 1989, de cause naturelle. Il avait 32 ans.
- Publié le 19-10-2021 à 07h41

Au cimetière d'Ixelles, ils étaient étonnés de recevoir la visite de policiers. Ils l'ont encore été davantage d'apprendre que les enquêteurs étaient missionnés par un juge d'instruction de Charleroi, la juge Martine Michel. "Exhumation judiciaire", était-il écrit sur le réquisitoire portant la signature de la juge d'instruction en charge de l'enquête sur les tueries du Brabant.
Localiser la tombe de Jacques Hoebeeck n'a pas été une mince affaire. Trois clics de souris n'ont pas suffi. Les employés expliquèrent que la dépouille avait changé de place en 2015 quand la concession était arrivée à échéance.
Ce Jacques Hoebeeck est mort à la fin des années 80. Les premières années, la dépouille avait été inhumée dans une fosse ordinaire. Ensuite, elle avait été exhumée en 2000, à la demande de la famille qui avait souhaité prendre une concession de quinze ans. Celle-ci s'était achevée en 2015 et depuis lors, la nature achevait de faire son œuvre.
Les enquêteurs se rendirent à la pelouse 6, accompagnés d'un personnel outillé. Le moment les a marqués. Ils allaient déterrer ce qu'il reste d'un militant d'extrême droite mort jeune, il y a trente-deux ans.

Jacques Hoebeeck était facteur. Il habitait à Ixelles, au 452 chaussée de Boondael, un appartement à deux pas du cimetière. Il est mort célibataire, sans enfant. On se souvient de lui comme de quelqu'un qui n'a jamais joui d'une bonne santé. Il pâtissait d'un organisme qui ne fabriquait pas d'anticorps, à une époque où la médecine était impuissante. "Il racontait qu'il avait été l'un des premiers en Belgique auxquels le diagnostic avait été posé à la naissance. On connaissait la cause mais il n'y avait pas de traitement. Jacques Hoebeeck a eu la méningite notamment. En fait, il faisait maladie sur maladie".
On se souvient de lui comme d'un "solitaire mal dans sa peau", "renfermé" et qui "s'adonnait à la boisson". Des anciens collègues le décrivent aussi comme "xénophobe", "raciste", "prompt à stigmatiser les étrangers".
Hoebeeck avait rejoint le Front de la Jeunesse, une organisation belge d'extrême droite dont certains membres ultras avaient pris part en 1981 à la création du groupe néonazi Westland New Post.

À ce moment, Jacques Hoebeeck ne réside pas à Ixelles mais à Anderlecht, au boulevard Sylvain Dupuis, en face du Westland Shopping. Il est assidu aux réunions du Front. C'est l'époque où deux membres du Front sont impliqués dans le crime raciste de la Rotonde, le meurtre d'un Français d'origine maghrébine dans un café à Laeken.
D'autres membres seront impliqués ultérieurement dans l'incendie du bâtiment abritant les imprimeries du magazine Pour à la suite de révélations par ce dernier d'informations concernant les structures internes de l'organisation.
La piste de l'extrême droite reste privilégiée par les enquêteurs du Brabant wallon.
Jacques Hoebeeck est mort le 26 mars 1989, de cause naturelle. Il avait 32 ans. On rapporte cette anecdote qu'il avait reçu d'un membre du Front un exemplaire de Mein Kampf, en cadeau d'anniversaire. Apprenant son décès, celui qui le lui avait offert a réclamé en retour le livre à la famille.
Les enquêteurs du Brabant wallon ne lâchent pas la piste, et l'exhumation de la dépouille de Jacques Hoebeeck au cimetière d'Ixelles le confirme. Plusieurs anciens leaders ont donné leur ADN, Francis Dossogne et son frère Tony, Jean-Luc Van Campenhout, Jean-Marie Claus, Frédéric Saucez, Patrick Cocriamont. Des noms largement cités dans le dossier. Largement cités aussi sur le forum dédié aux tueries du Brabant. Celui de Jacques Hoebeeck n'y figure par contre pas, signe que l'enquête ratisse vraiment large, dans tous les coins.
Aux dernières nouvelles, les restes exhumés au cimetière d'Ixelles n'avaient pas été restitués.
