Politiques, avocats, journalistes, ces fonctions à risque qui nécessitent de plus en plus une protection policière: mais qui décide de quoi?
Menacé, Philippe Henry (Écolo) est placé sous protection policière. Comment se décide un tel dispositif de sécurité ?

- Publié le 28-07-2022 à 19h18
- Mis à jour le 29-07-2022 à 11h16

Le 26 juillet, nos confrères du journal Le Soir dévoilaient que le vice-président du gouvernement wallon et ministre du Climat, Philippe Henry (Écolo) était placé sous protection policière à la suite de menaces jugées graves et sérieuses.
Trois acteurs centraux sont au cœur d'un tel processus : le Centre de crise national ; l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace, l'Ocam ; et la police fédérale. Chacun de ces trois acteurs assume un rôle particulier.
Analyse d'abord, actions ensuite
Il y a tout d'abord un travail d'analyse qui sera effectué et qui varie en fonction du type de menace. "S'il s'agit d'extrémisme ou de terrorisme, c'est l'Ocam qui interviendra. Mais s'il s'agit, par exemple, de criminalité, ce sera plutôt la police", explique une porte-parole de l'Ocam. "L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace intervient à chaque fois qu'il est sollicité par ses partenaires que sont le Centre de crise et la police, mais aussi les services de renseignements ou de sécurité. Nous recevons des informations tous les jours et la situation est continuellement analysée puisque cela peut changer tous les jours. Par exemple, il peut arriver que nous ayons des informations, aujourd'hui, et selon lesquelles nous estimerons que la menace ne nécessite aucune mesure de sécurité. Ce qui pourrait changer le lendemain. Car tout peut changer au fil des informations qui nous sont transmises et qui sont réévaluées constamment. Mais c'est le Centre de crise qui décide, avec la police, d'une protection policière, pas l'Ocam", précise-t-on.
Sur la base des données analysées qui lui seront donc transmises, le Centre de crise national va décider du type de mesures à mettre en place et coordonnera le reste de la procédure. "Très peu de personnes savent très concrètement comment se décline la protection d'une personne et combien de temps cela va durer. Ces informations sont tenues secrètes pour des raisons évidentes de sécurité", explique Pauline Remience, porte-parole du Centre fédéral de crise.
Enfin, la police intervient également pour les missions de protection de terrain. Un travail confié à la Direction de la protection, structure qui prend en charge l'ensemble des missions de protection spécialisées de la police fédérale. La Direction de la protection est composée de trois entités dont la Direction centrale. Ce sont les agents membres de cette unité qui assureront la protection des personnes menacées.
Sven Mary, Marc Van Ranst, Tim Verheyden
Bien qu'il s'agisse d'une mesure de sécurité exceptionnelle, la protection policière est de plus en plus souvent mise en place et peut être enclenchée pour toute personne faisant l'objet de menaces graves dans le cadre de sa profession.
Les personnes qui en bénéficient sont majoritairement des personnalités politiques ou les VIP lorsqu'ils sont sur le territoire belge. Charles Michel (MR) ou Elio Di Rupo (PS) ont déjà été soumis à une protection policière accrue lorsqu'ils étaient à la tête du gouvernement fédéral. Le bourgmestre d'Anvers, Bart de Wever (N-VA), a également fait l'objet de nombreuses menaces, issues notamment des milieux criminels.
Magistrats et avocats sont également, très souvent, la cible d'attaques et de menaces nécessitant une protection rapprochée. Ce fut le cas de Bruno Dayez, lorsqu'il était le conseil de Marc Dutroux, ou encore de Sven Mary lorsqu'il représentait Salah Abdeslam. Mais l'avocat avait refusé la protection policière.
En 2021, le virologue Marc Van Ranst avait dû carrément être placé dans un lieu secret et sous protection policière après la cavale de Jürgen Conings, ex-militaire aux accointances extrémistes, qui avait menacé de mort le scientifique.
Enfin, les journalistes sont également régulièrement menacés. En 2018, Tim Verheyden, le journaliste de la VRT auteur du reportage sur le groupe d'extrême droite Schild&Vrienden avait été placé sous le niveau 2 de menace (sur une échelle de 4) par l'Ocam. Un niveau qui implique des mesures de protection comme la surveillance de la part de patrouilles et la communication de lignes téléphoniques directes auprès des services de sécurité.