Pourquoi la lutte contre le trafic de cocaïne dans le port d'Anvers est un échec
L'opération Sky ECC et les collaborations accrues avec les pays exportateurs de cocaïne ne suffisent pas à enrayer la lutte contre la drogue qui se heurte à des problèmes chroniques et structurels comme la corruption, le blanchiment d'argent et le manque de moyens policiers.

- Publié le 01-08-2023 à 07h31
- Mis à jour le 01-08-2023 à 09h40

Malgré le démantèlement de la messagerie cryptée Sky ECC et les collaborations accrues avec les pays exportateurs de cocaïne, les autorités peinent à lutter contre le trafic de drogue. Des cargaisons remplies de cocaïne continuent d'inonder le port d'Anvers et les règlements de compte se multiplient. Ce weekend, une pizzeria a été endommagée dans le district de Berchem à Anvers. Depuis le début de l'année, plusieurs restaurants appartenant à des barons de la drogue ont été attaqués, ainsi que des habitations privées.
En janvier dernier, une attaque a notamment mené au décès d'une fillette de 11 ans, nièce d'un baron de la drogue bien connu retranché à Dubaï. Les attaques se font via des arsenaux de guerre impressionnants, allant de Kalachnikovs à des grenades. L'engrenage semble inarrêtable.
Selon les dernières données, pas moins de 54 tonnes de cocaïne ont été saisies au port d'Anvers durant les six premiers mois de l'année. Il s'agit d'une nouvelle prise record enregistrée sur un semestre. Bien que les saisies se multiplient grâce à une collaboration accrue entre la police fédérale et locale, le parquet d'Anvers et les pays exportateurs de cocaïne, force est de constater que des quantités impressionnantes de drogue continuent d'affluer. Les mesures prises ne semblent pas être en mesure d'inquiéter les narcotrafiquants qui, pour beaucoup, opèrent depuis des villes "intouchables" comme Dubaï.

Les raisons de cet échec sont multiples, à commencer par la corruption. À titre d'exemple, en septembre dernier, un agent de la police fédérale a été placé sous mandat d'arrêt pour avoir, en vain, proposé environ un million d'euros à des douaniers afin qu'ils l'aident à accéder à un conteneur contenant plusieurs centaines de kilos de cocaïne, qui est toujours sous scellés à Anvers.
"La corruption est toujours présente, que ce soit en matière douanière et administrative", explique le juge d'instruction Michel Claise. "On ne parvient pas à l'éradiquer car les montants sont considérables et les narcotrafiquants sont omnipotents sur le plan financier. Les gens menacés, dont beaucoup de dockers, n'ont d'autres choix que de céder à la corruption. Si un narcotrafiquant indique à un docker de placer tel conteneur à tel endroit sans quoi son enfant va en pâtir et dans la foulée, il touche 15.000 euros, eh bien il va le faire. Il faut dès lors créer d'urgence des cellules d'accueil pour les gens menacés."
"D'autres messageries cryptées ont remplacé Sky ECC"
Selon lui, le démantèlement de la messagerie cryptée Sky ECC a permis de démanteler des réseaux mais il faut aller encore un pas plus loin. "Sky ECC, ça a existé mais depuis lors d'autres messageries l'ont remplacée et on n'est jamais parvenus à les infiltrer. Il y a une demande sans cesse croissante en Europe et avec un gramme de cocaïne vendu à 50 euros, les narcotrafiquants continuent de faire fluctuer leur business. Sky ECC, ce n'est qu'une infime partie du phénomène. On commence seulement à négocier sur le plan international la vérification des importations mais il faut accélérer le travail si on veut tenter d'enrayer l'importation", conclut-il.