Des problèmes de chauffage, d'électricité, de propreté, des plafonds qui s'effondrent : la police fédérale souffre et cela se répercute sur le travail
Mercredi, les locaux de la police judiciaire fédérale à Liège ont été fermés à cause de la vétusté des lieux. Un problème qui touche 80 % des locaux de la police fédérale, dénoncent des syndicats policiers. Qui ont peur des conséquences.

- Publié le 10-08-2023 à 20h00
- Mis à jour le 10-08-2023 à 20h03

"C'est totalement indigne. Il y a des bâtiments dans lesquels les collègues n'osent plus entrer. C'est insalubre, insécurisé et ça dure depuis des années" s'exclame, d'entrée de jeu, Eddy Quaino, représentant de la CGSP Police (syndicat socialiste). Si le Liégeois évoque longuement le cas de la police judiciaire fédérale (PJF) de Liège, il explique que la vétusté des locaux touche, dans les faits, l'ensemble de la police fédérale. "Liège est emblématique d'un problème bien plus vaste, 80 % des bâtiments sont concernés", précise Vincent Gilles, du SLFP Police (syndicat libéral).
Pour rappel, on apprenait, mercredi, que 43 bureaux de la PJF à Liège ont été fermés au terme d'une réunion de concertation entre des représentants de la PJ, les syndicats policiers et l'administrateur général de la Régie des Bâtiments. Une première réunion avait eu lieu il y a une dizaine de jours, après la chute d'une plaque de plâtre du faux plafond. Une évaluation pointait 71 bureaux problématiques, dont 43 avec un risque plus élevé en raison de la vétusté. Mercredi, les syndicats ont exigé une fermeture provisoire des locaux qui posent problème.


Une décision sera prise sur une éventuelle prolongation de la fermeture d'ici vendredi. "Ce qu'on veut exprimer aujourd'hui, c'est un ras-le-bol général", dénonce Eddy Quaino.
Des opérations reportées
Général, car d'autres bâtiments de police sont concernés. Charleroi, Namur, Dinant, dans une moindre mesure Anvers et Bruxelles, mais aussi Vottem où était péniblement installée l'Académie nationale de la police fédérale, avant d'être déplacée dans les anciens bureaux de Belgacom, à Jemeppe-sur-Sambre. "Les locaux, à Vottem, c'est simple : ce sont des containers, installés dans les années 70 pour une durée de vie de trente ans. Nous sommes en 2023, donc je vous laisse faire le calcul", peste Eddy Quaino. "C'est un vestige de l'après-guerre, des préfabriqués dans lesquels des policiers devaient rester provisoirement, mais qu'on a installé là-dedans sans trop se préoccuper de leur sort ensuite", confirme Vincent Gilles.
Le reponsable du syndicat libéral évoque aussi des locaux qui, en apparence, sont plus modernes mais sont problématiques. C'est notamment le cas du RAC à Bruxelles (siège de la PJF de Bruxelles), et du Portalis, où l'on retrouve notamment le parquet du procureur du Roi de Bruxelles. "Au RAC, nous n'avons aucune garantie quant à l'entretien du système d'aération. Au Portalis, les cellules ne sont pas nettoyées régulièrement, ce qui signifie que nous sommes confrontés à de véritables risques sanitaires." Et d'ajouter : "A Charleroi, il y a une toilette pour trente personnes. À Eupen, les locaux ont dû être momentanément fermés à cause d'un incident électrique. À Anvers, ils n'ont plus de cuisine, et la liste est longue ! "

Entre les problèmes de chauffage, d'électricité ou de propreté, les plafonds qui s'effondrent, les murs qui se fissurent et les connexions Internet désuètes, la police fédérale souffre, martèlent les syndicats. Et cela se répercute sur le travail de terrain. "La PJF de Liège, c'est la troisième police judiciaire du pays. Avec le grand banditisme et la guerre contre la drogue, il y a énormément de travail. Mais comment voulez-vous travailler dans un tel contexte ?, interroge Eddy Quaino. On nous demande d'éviter la psychose, mais la psychose vient des plafonds qui s'écroulent et des murs qui se fissurent, pas de nous."
Héritage un peu vieillot de la gendarmerie
Pourquoi donc la police fédérale est-elle si mal lotie ? Pour le comprendre, il faut remonter à la réforme des polices des années 2000. "C'est un héritage de l'ancienne gendarmerie, dont les bâtiments n'étaient déjà pas très glorieux. Après la réforme des polices, il y a eu des réparations, des rafistolages ici et là, mais rien de significatif", explique Vincent Gilles.


Par ailleurs, la police fédérale n'est pas propriétaire de ses bâtiments et dépend, pour cela, de la Régie des Bâtiments. Qui est débordée. Entre les palais de justice (dont celui de Bruxelles et de Liège), les prisons et les locaux de police à rénover ou construire, il y a du boulot. Et une enveloppe budgétaire fermée et limitée. On évoque même un déficit de 34 millions d'euros. "En temps normal, on dit qu'il y a un gâteau à se partager. Ici, on peut carrément parler d'une petite tartine tant les moyens sont rikiki. Et puis, il y a eu des choix qui font réagir certains policiers, poursuit Vincent Gilles. Par exemple, c'est très désagréable pour les collègues d'apprendre que 15 millions ont été trouvés pour le manège de la police. Tant mieux pour la cavalerie et les chevaux, mais quel est le message envoyé au reste ?"
Et Vincent Gilles de conclure : "La police est la vitrine des services publics. La situation reflète bien l'état de déliquescence de ce service public".
Contacté, le cabinet du secrétaire d'État Mathieu Michel (MR), en charge de la Régie des Bâtiments, a réagi. "Je regrette très clairement cette situation (à Liège) qui est un cas malheureux, comme beaucoup d'autres, héritage du passé ; un dossier précédent qui n'avait pas été pris en charge correctement. Je n'ai d'ailleurs pas attendu avant de réagir, explique le cabinet Michel. Nous savons très clairement que le travail de la Police judiciaire fédérale est important, fondamental et essentiel pour notre sécurité et qu'il est de mon devoir de leur garantir de bonnes conditions de travail. C'est pour cette raison que nous travaillons à court, moyen et long terme. Cela commencerait, temporairement, avec la mise à disposition de deux étages de la Tour des Finances (de Liège, NdlR) et une migration progressive vers les Blocs M et E dès qu'ils seront réaménagés en respectant les règles de conformité."

