"J'ai peut-être pris son téléphone sans le faire exprès mais je ne l'ai pas volé"
Ahmed, en séjour irrégulier et sans revenus déclarés, était sous influence de l'alcool quand il a subtilisé le GSM de sa victime. Sur le moment, l'homme ne s'est rendu compte de rien…

- Publié le 07-01-2024 à 09h07
- Mis à jour le 07-01-2024 à 22h28

Dans cette chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, la justice essaie d'accélérer le pas. On y traite les "petits" dossiers en tentant de faire comparaître rapidement les auteurs présumés. C'est le cas pour Nordine (prénom d'emprunt), interpellé pour un vol à la gare du Nord, à Bruxelles, le 5 avril 2023.
Il a été convoqué une première fois par la police, qui lui a remis une citation à comparaître pour le 11 mai 2023, soit à peine cinq semaines après les faits. Mais Nordine ne parle pas le français et ne comprend pas ce qui est écrit sur le bout de papier. Un interprète lui aurait téléphoné pour lui donner les explications – ce que dément formellement le prévenu.
La veille de l'audience, Nordine est convoqué chez le procureur du Roi. Il est arrêté, avant d'être relaxé le lendemain. Au moment de le libérer, on lui aurait signifié qu'il était attendu au tribunal à 14 heures. Ce que conteste tout aussi énergiquement le trentenaire. "Il me l'aurait dit, je serais venu !, s'exclame-t-il par l'entremise de l'interprète. Mais je n'aurais pas pu être là à temps. La prison ne m'a relâché que dans l'après-midi."
Condamné par défaut à dix mois de prison
Résultat : le prévenu a été jugé en son absence et condamné par défaut à 10 mois de prison pour ce vol. Aujourd'hui, il vient faire opposition. Le parquet n'est pas contre, vu les problèmes de notification de la citation. Nordine, détenu à la prison de Haren depuis six mois, peut donc s'expliquer sur le fond.
Ce jour-là, à la gare du Nord, il s'est approché d'un homme en train de fumer, un gros sac de voyage à ses pieds. Un complice a accosté la victime pour faire diversion ; lui s'est emparé du sac. "C'est le type qui est venu vers moi pour me proposer le coup. Je n'avais pas d'argent. J'ai été tenté", explique le prévenu. "Il ne faut pas vous pousser beaucoup pour passer à l'acte", rétorque la présidente. Qui lui rappelle une précédente condamnation, avec sursis, déjà pour des faits de vol. "Oui, je reconnais." Cette fois-là, c'était pour de la drogue. Nordine dit qu'il veut arrêter tout ça et retourner aux Pays-Bas, où il est boulanger.
"Il devra de toute façon aller à fond de peine"
En Belgique, il est en situation irrégulière, sans papiers, sans logement et sans revenus officiels. On a ici l'exemple classique de la délinquance acquisitive pour subvenir à ses besoins, à laquelle se rajoute un problème de stupéfiants, entame l'avocate de la défense. "C'est une situation hyperproblématique. Je ne sais pas quand il va sortir de prison. Il devra de toute façon aller à fond de peine… Je vous demande de prononcer la plus petite peine pour un vol simple : un mois de prison. Il l'a déjà fait…" Nordine sera fixé fin janvier.
Ahmed (prénom d'emprunt) affiche le même type de profil : séjour illégal, pas d'adresse officielle, problème de dépendance… Il doit s'expliquer sur des faits qui se sont produits il y a juste un mois, le jour de la Saint-Nicolas. Un automobiliste, qui vient de se garer, observe un homme apparemment paumé s'appuyer sur le capot. Il s'adresse gentiment à lui pour l'informer des différentes aides possibles. L'échange, cordial, se termine par un check, pied contre pied, selon la technique foot.
Des problèmes d'alcool et de stupéfiants
Mais, une minute plus tard, en voulant prendre son GSM dans sa poche, le bon samaritain constate que son portable a disparu. Ni une, ni deux, il fait le lien avec l'inconnu assis sur sa voiture et appelle les services de police qui entreprennent un ratissage du quartier. Entretemps, la victime retrouve son voleur dans un café. Ahmed lui rend son téléphone sans protester. Deux policiers entrent à leur tour dans l'établissement. Le prévenu sait qu'il a été condamné par défaut à 15 mois de prison, trois ans plus tôt. Il se lève, bouscule un des agents (un fait qualifié de rébellion) et tente de prendre la fuite. Il est rattrapé et menotté.
Depuis les faits, Ahmed, qui travaillait (en noir) aux abattoirs, est incarcéré. Devant le tribunal, il indique avoir des problèmes d'alcool et de stupéfiants. Il ne se souvient pas très bien de ce qui s'est passé ce jour-là. "J'ai peut-être pris son téléphone sans le faire exprès parce que j'étais sous influence de l'alcool." Mais il se défend de toute violence, envers quiconque. "La victime ne s'est même rendu compte de rien !", argumente l'avocat de la défense. Mais pour le parquet, Ahmed ne s'est pas remis en question après les faits de 2020. La substitute requiert 4 mois. Le prévenu attendra son jugement en prison.