En Flandre, des prisons refusent d'accueillir de nouveaux détenus : "La sécurité ne peut vraiment plus être garantie à cause de la surpopulation"
Le front commun syndical des agents a déposé samedi un nouveau préavis de grève de 24 heures pour tous les établissements pénitentiaires le jeudi 14 mars à partir de 22h.

- Publié le 03-03-2024 à 16h44
- Mis à jour le 03-03-2024 à 16h45

Malgré l'augmentation substantielle de capacités dans les établissements pénitentiaires, les prisons continuent de déborder. En date du 1er mars 2024, 12 316 personnes étaient détenues pour un total de 10 743 places, selon les statistiques les plus récentes du SPF Justice. Ce qui représente une surpopulation de près de 15 %.
Ces chiffres s'expliquent notamment par l'augmentation de la durée de la détention provisoire ; l'exécution, en prison, des peines inférieures ou égales à trois ans et un nombre plus élevé d'internements, indique le SPF Justice. La hausse est sensible dans toutes les catégories de détenus : les suspects en détention préventive, les condamnés, que ce soit à des peines de courte ou à de longue durée, les internés…
Rien n'y fait : le nombre de détenus augmente
Des nouvelles prisons ont été ouvertes ; des vieilles geôles ont été retapées ; quelques dizaines de places ont été créées dans des maisons de détention (pour les courtes peines) ou de transition (pour les condamnés en fin de peine) ; on a rajouté 281 lits supplémentaires dans les cellules existantes… Autant d'initiatives qui ne suivent pas le rythme de croissance de la population carcérale, se désole le SPF Justice. La problématique mériterait d'être davantage abordée sous l'angle la "surincarcération" : en Belgique, on recourt assidûment (on peut même dire trop…) à la peine de prison.
Il reste que, dans l'intervalle, cette surpopulation carcérale a des effets délétères au sein des établissements. Pour les détenus qui sont soumis à des conditions de vie détestables et inhumaines : promiscuité, manque d'hygiène, maladies… Actuellement, 250 d'entre eux dorment à terre, sur un matelas posé au sol, où courent les rats et grouillent les punaises.
Des mesures immédiates pour ramener le nombre de détenus en dessous de 12 000
La situation est aussi invivable pour les agents pénitentiaires. Samedi, le front commun syndical annonçait une grève de 24 heures pour toutes les prisons du pays le jeudi 14 mars à partir de 22h. Pour le syndicat chrétien flamand (ACV), "la sécurité ne peut vraiment plus être garantie". Il évoque le chiffre de 12 359 personnes actuellement détenues, soit "environ 400 de plus en deux mois", selon ses calculs. Dans certaines maisons d'arrêt (où les personnes suspectes attendent leur procès), la surpopulation atteint même 90 %, dénonce l'ACV. Outre la sécurité, "sur le plan humanitaire, tous les voyants sont au rouge".
Le front commun syndical exige que le ministre de la Justice, Paul Van Tigchelt (Open VLD), prenne ses responsabilités et décide de mesures immédiates pour ramener la population carcérale sous les 12 000 détenus.
Tache d'huile en Flandre
Sans attendre la grève du 14 mars, la prison de Hasselt a déjà pris une décision : elle n'accueille plus de nouveaux détenus depuis samedi à 6h30, en raison du refus du personnel d'augmenter encore une surpopulation déjà intenable (643 détenus pour 420 places).
L'action entamée samedi à Hasselt commençait à faire tache d'huile dimanche en Flandre : les prisons d'Anvers, de Malines et de Turnhout ont à leur tour refusé d'écrouer de nouveaux détenus.